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nant ma lumière solitaire au-dessus, au-dessous, autour! J'ai placé nia lumière vacillante à terre, au-dessous du dos puissant de Thésée, et une large, vaste et silencieuse ombre, profonde et noire, s'est étendue ù travers toute la salle, pendant que ça et la quelque forme saillante, ou une tête brisée, ou une figure de lutteur, comme animées de la vie, tremblaient à la lumière et paraissaient prèles à se mouvoir, tant la vie et la circulation y resplendissaient d'évidence, s
Mais, ainsi que nous le disions, Haydon prêchait dans le désert. Il attaquait Y Apollon, il attaquait ['Antinous et ces morceaux de l'antique qui, disait-il, inondaient l'Europe depuis trois siècles; il attaquait l'Académie et les académiciens, et les amateurs; et il avait suscité une ligue puissante contre les intrus du Partbénon. Haydon avait besoin, pour vivre, du patronage des académiciens et des amateurs, et cependant il n'hésita pas à entrer en campagne contre eux, et à défendre ses cbers marbres. Le gouvernement anglais était alors en marché avec lord Elgin, et il avait nommé, comme on le fait partout et toujours, une commission pour débattre le prix. Haydon se jeta à corps perdu dans la lice, c'est-à-dire dans la presse, et il prit en main la cause du Partbénon avec une admirable éloquence. Nous voulons reproduire ici un passage de son apologie :
« C'est, disait-il, c'est cette union de la nature avec le beau idéal qui met les marbres d' Elgin au-dessus de toutes les autres œuvres d'art dans le monde. La plus belle forme que l'homme ait jamais imaginée, ou que I)ieu ait jamais créée, a dû nécessairement être formée
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sur ces principes éternels. Les marbres d'Elgin renverseront le vieil antique, tout autant qu'un système de philosophie en renverse un autre. Si les marbres d'Elgin étaient perdus, il y aurait dans l'art une aussi grande lacune que dans la philosophie si .Newton n'avait pas vécu. .. C'est à ces objets divins (pie je dois ce que je possède des principes de l'art ; je n'entre jamais au milieu d'eux sans m'incliner devant le grand esprit qui les anime; chaque jour je remercie Dieu de m'avoir fait vivre dans le temps où ils sont arrivés, et je l'en remercierai jusqu'à la fin de mes jours. La renommée soufllera sur leur grandeur un tel souffle, que l'écho en grandira à mesure que le temps marchera; et les nations aujourd'hui plongées dans la barbarie, et les siècles qui ne sont pas encore nés seront tour à tour éveillés par son tonnerre et ravis par son harmonie, et des coins les plus éloignés de la terre les pèlerins viendront se réchauffer à ce foyer et se rafraîchir à cette beauté. »
Après avoir lu l'apologie de Haydon, Lawrence lui dit : « Vous avez sauvé les marbres, mais vous vous êtes perdu. » Les marbres, en effet, furent achetés par le gouvernement, mais lord Elgin perdit sur le marché quelques centaines de mille francs.
Ce fut ainsi que les dépouilles du Parthénon allèrent s'installer dans les galeries du Musée Britannique. Sans doute ces nobles marbres, habitués à l'air tiède de l'Attique, doivent avoir froid dans la brume de L'Angleterre, et pourtant nous nous consolons en songeant que cette humide hospitalité les a probablement sauvés des coups de fusil des Turcs et des mutilations des touristes anglais. Déracinés de leur sol natal, ces types de l'immortelle
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beauté font aujourd'hui le tour du monde et accomplissent leur œuvre de propagande tout autant que les principes de la Révolution française, et ce n'est pas la faute de lord Elgin si Mahomet a remplacé Périclès et si l'Angleterre n'a pas de soleil.
Ce succès de Haydon ne rendit point sa vie plus heureuse. Le poids qui l'écrasa toujours, le besoin d'argent, ne faisait qu'augmenta*; le malheureux tomba entre les mains des usuriers.
« Je n'oublierai jamais, dit-il, le tremblement que j'éprouvai la première fois que je passai le seuil d'mi prêteur d'argent, et que je m'arrêtai dans cette double porte où l'on peut s'effacer jusqu'à ce qu'on vous ait ouvert, et que connaissent bien le voleur, le meurlrier, le dissipateur, le séducteur et le pauvre honteux. J'avais résisté à la tendresse prévoyante d'un père et d'une mère, j'avais sacrifié tout à la passion de l'art; et, après onze années de travail, après avoir acquis une grande réputation, j'étais là, à la porte d'un usurier, comme un coupable... Après tout ce que j'avais fait, pas un gouvernement en Europe ne m'aurait laissé une heure dans le besoin. Mais il en est autrement de la rigide Angleterre. J'avais fait ce que j'avais voulu, comme si j'avais été riche. Eh bien, puisque vous faites comme les riches, nous supposons que vous pouvez vous passer de nous... »
.Nous ne nous arrêterons pas aux négociations du malheureux artiste avec les prêteurs d'argent; elles ressemblant à celles de tout le monde : ce sont les mêmes histoires d'un peu d'argent et de quelques vieilles toiles, ou d<' dents d'éléphant, ou de peaux d'ours échangées contre la
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- dure et la liberté d'un homme. Le plus triste, c'est que cette lutte contre les nécessités et les vulgarités de la vie commençait à émousser chez lui le sens moral, le sons de la délicatesse et de la dignité. Un des plus puissants écrivains de notre temps, Balzac, demandait sérieusement que les hommes de génie fussent entretenus par le public, et qu'il y eut une création de maréchaux de France littéraires. Hiydon tassa, lui aussi, toute sa vie à démontrer que l'État devait encourager la grande peinture. Mais comme, en Angleterre, l'État ainsi considéré n'existe pas. c'étaient l'aristocratie et les rient qui étaient tenus d'en remplir les fonctions et de pensionner les hommes de génie. De raisonnement en raisonnement, ILiydon en était donc arrivé à regarder les riches comme ses tributaires naturels; il avait absolument logé cette conviction dans sa tête, et s'était ainsi dépouillé de cette honte qui l'empêchait d'abord de tendre la main. Nous le verrons, le malheureux, descendre de cette manière tous les degrés qui mènent à la mendicité. Du reste, son premier appel fut noblement entendu, car M. Coutts, le célèbre banquier, lui prêta en une seule fois dix mille francs. La lettre de M. Coutts est caractéristique: c'est un modèle de bonté désabusée.
« Monsieur, disait-il, j'ai lu attentivement votre lettre, et j'avoue que bien que je me dise que je ne devrais pas accéder à votre requête, en considérant le grand nombre de demandes de ce genre qui sont devant mes yeux... cependant je me sens disposé à mettre entre vos mains une somme de quatre centsliv. st., dans l'espoir flatteur que vous aurez par là les moyens d'achever votre tableau, d'établir votre fortune de la manière que vous avez dépeinte, et de