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mes se mordent les lèvres pour les faire paraître rouges. Oh! les bêtises qu'on est obligé de dire! la drogue qu'on est obligé de peindre ! . . . »
Il disait encore :
« Le portrait ira toujours. La vanité, la bêtise et la richesse voudront toujours se faire peindre. Le portrait est indépendant de l'art, et n'a rien à faire avec lui. C'est une des manufactures nationales de l'Angleterre. Partout où va l'Anglais, partout où il colonise, il portera toujours avec lui l'institution du jury, les courses de chevaux et la peinture de portrait. »
11 est momentanément tiré d'embarras par quelques commandes, mais c'était le tonneau des Danaïdes. A travers tout, il poursuivait son idée du patronage de l'État; il accablait de lettres et de pétitions les ministres et les Chambres. Le duc de Wellington venait d'entrer au pouvoir, en 1828, et nous voyons s'établir entre Haydon et lui une correspondance qui devait durer près de vingt ans. 11 n'y a rien de plus curieux et quelquefois de plus comique que de voir le vieux duc et son style lacédômonien aux prises avec la faconde intarissable et l'importunité sans scrupule de l'artiste. Le duc, qui n'aimait pas à perdre son temps, et qui néanmoins se faisait une consigne rigoureuse d'accuser réception de toutes les lettres qui lui étaient adressées, dut se repentir plus d'une fois d'avoir répondu à la première missive de Haydon; il ne savait pas à quoi il s'engageait. Haydon lui exposait avec sa prolixité habituelle des plans d'encouragement pour les arts, et le duc répliquait par une de ces petites notes si célèbres en Angleterre : « Le duc de Wellington présente ses compli-
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ments à M. Hàydon. Il demande la permission de réserver son opinion jusqu'à ce qu'on lui ait montré un plan praticable. . . » Ces brèves réponses exaspéraient l'irascible artiste. Un lui disait : « 11 faut attendre que le pays soit tranquille. » Et il s'écriait : « Est-ce que Florence était jamais tranquille? Et Rome? et Venise? et Pise? et Athènes? Non; elles étaient toujours en bataille, et cependant les arts y Mûrissaient avec éclat! » Tour reprendre courage, il s'inspirait des sujets de ses tableaux. Il composait alors Xcnophon et la Retraite des Dix Mille; et il se jetait à genoux, faisait une prière, et la terminait ainsi :
« Que Dieu te protège! Si tu perds courage, rappelletoi Xènophon après la mort de Cyrus, et Corlez en Amérique. »
Puis, aussitôt après :
* Je viens d'achever un misérable portrait, une pitoyable, pâle et maigre créature qui se mordait les lèvres pour y appeler la couleur, qui arrangeait ses cheveux et me demandait si je ne lui trouvais pas l'œil bon. »
Arrive la Révolution française de 1830, et llaydon, à ce propos, retrouve tous ses vieux sentiments d'Anglais : « Ce qu'il y a à craindre, dit-il, c'est que la vanité incorrigible des Français ne les entraîne encore à troubler l'Europe uniquement pour recouvrer leur ancienne gloire militaire. » Quelques jours après, il ajoute : « Dieu merci, les Français ont pris une résolution, et voici le duc d'Orléans roi. Quel progrès pour la liberlé'du monde! Comme les Français sont devenus sages et judicieux! A leur pre-