‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 16 sur 43 · M II A Y DON · texte numérisé non relu

M II A Y DON

mière révolution, ils se sont conduits conuik' tlos hôtes Féroces échappées à leurs chaînes... Aujourd'hui ils se conduisent comme des hommes justes. Mais je crains encore leur caractère. .Nous verrons, i 11 rencontre dans Londres un Français avec une cocarde Incolore, et il dit : « Ces Français se donnent des airs intolérables. Attendez un peu qu'ils se soient mis en règle et se soient fait reconnaître par l'Europe; et si les grandes nations ne sont pas obligées de les partager avant cent ans. je n'entends rien à la politique. Eux, rester tranquilles! C'esl absurde. Ils ne peuvent pas être tranquilles, ils ne le pourront jamais; et avant peu nous les entendrons demander le Rhin et la Belgique. » Nous avons déjà plusieurs fois signalé chez Ilaydon ces éhullitions du vieux sang anglais; c'est ainsi qu'à ceux qui lui demandaient pourquoi il ne quittait pas l'Angleterre, il répondait :

« Parce que je l'aime; parce que je suis fier de son bœuf, de sa carrure, de sa hoxe. C'est le devoir de tout Anglais de rester chez lui et de combattre les préjugés de ses entêtés compatriotes. Leurs vertus menus font lenrs vices. Ce fonds invincible de résistance qui les a fait vaincre les Français à Waterloo fait qu'ils se préparent à recevoir une innovation comme une charge de cavalerie. Une réforme leur fait l'effet d'un cuirassier. Ils recevront à la pointe de la baïonnette un indiscret qui leui dira qu'ils pourraient se tenir plus gracieusement, puis, quand ils l'ont tué et qu'il continue à crier jusqu'au dernier moment, alors ils commencent à admirer sa persévérance et ils font tout ce qu'il avait dit. Il en sera toujours ainsi; Fox disait qu'il fallait du temps pour faire entrer une vérité dans la cervelle épaisse de John Bull...

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Les Anglais ont les plus larges épaules et les bras les plus forts de toutes hs nations du monde; et, bien qu'ils payas-1 sent moins de mine que tous les soldats alliés réunis à Paris, ils tenaient plus de place sur le terrain que les gigantesques gardes russes. Cela tenait uniquement à la largeur de leurs épaules. »

Sir Robert Peèl lui (it à cette époque la commande de son Napoléon à Sainte-Hélène, que la gravure à popularisé. A celte occasion, il cite une description de la personne de L'Empereur faite par un Irlandais qui l'avait vu à l'ile d'Elbe, et qui nous a paru très -pittoresque :

« C'est, disait-il, la figure la plus carrée que j'aie jamais vue, et cela est d'autant plus apparent qu'il ne porte pas de favoris. Cette particularité, jointe à son étrange petit chapeau et à des habits très-simples, lui donnerait l'air (1 un personnage vulgaire, sans son allure militaire et sa manière de marcher, qui est ferme, théâtrale et un peu rude, car il frappe le sol du pied à charpie pas et se dandine un peu. 11 a le cou court, les épaules très-larges, la poitrine très-ouverte, les traits remarquablement mâles, réguliers et bien formés; la peau épaisse, sans rides et liàlée; ses yeux ont une fierté naturelle et non affectée, qui est lapins extraordinaire que j'aie jamais vue; ils sont pleins, brillants et de la couleur de l'airain. Il m'a regardé en face, et son regard est le plus profond que j'aie jamais rencontré. C'est quand il vous regarde qu'on peut remarquer la singulière expression de ses yeux : pas de froncement, pas de colère, pas d'affectation de paraître terrible^ mais L'expression naturelle et simple d'un caractère de fer, inexorable. r>

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llaydon avait néanmoins pour Napoléon une admiration d'artiste; la lecture du Mémorial le grisait :

« C'est, disait-il, comme de l'alcool. Passer à autre chose après, c'est comme de passer de l'eau-de-vie à l'eau. »

La Révolution de 1850 avait donné une vive impulsion à la cause de la réforme en Angleterre et renversé le ministère du duc de Wellington. llaydon, comme toujours, se jeta dans la mêlée politique; il y avait en lui un mélange de l'aristocrate et du radical, ainsi que chez presque tous les artistes. Celte année fut mémorable aussi dans sa vie, parce que lord Grey, alors premier ministre, lui commanda le tahleau du Banquet de la Réforme, et qu'à celte occasion il fut mis en rapport avec les principaux hommes politiques du temps. Vaniteux comme il était, il se trouvait flatté de causer familièrement avec des personnages célèhres; et en même temps une commande de l'État était comme une justice rendue aux opinions qu'il avait soutenues toute sa vie en matière d'art. On pense hien que ce fut aussi pour lui une occasion de faire de ces opinions une propagande plus active que jamais, et que, lorsqu'il tenait en face de lui, sur la sellette, des hommes comme lord Melbourne, lord Brougham, lord Palmerston, etc., il se gardait bien de les libérer avant de les avoir prêches et endoclrinés jusqu'à satiété.

Le jour du banquet on lui réserve une place dans la salle, et de là il fait son esquisse. Il est au comble du bonheur, car il est en vue, il pose. Des grands seigneurs L'envoient inviter à prendre du vin, à la mode anglaise;

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ces petites familiarités lui causaient toujours des joies d'enfant. Lord Grey, lord Lansdowne, lord John Russell, sir James Graham, les principaux réformistes, lui donnent successivement séance, et pas un n'échappe à l'inévitable démonstration sur la nécessité d'encourager la peinture d'histoire. Haydon développait ses théories avec son impétuosité habituelle, et le froid et hautain lord Grey le contemplait avec une certaine stupéfaction, « comme il eût regardé, disait Haydon, un grain de poudre à canon qu'il aurait laissé entrer chez lui. »

C'est toujours lord Melbourne qui est le plus aimable et le plus gracieux de tous; Haydon l'admirait en artiste; il était allé l'entendre à la Chambre des lords, et il dit de lui dans son journal : « Il agitait sa main blanche avec l'élégance naturelle deTalma, regardait son adversaire en face comme un beau lion, et le terrassait avec toute la grâce de Paris, p

Le voici chez O'Connell :

« Il a l'air, dit-il, jovial et de bonne humeur; mais il a le regard rusé. lia un œil de belette... On m'avait d'abord fait entrer dans sa chambre. Une chemise à chauffer devant le feu, un miroir pendu à la fenêtre, des papiers, des brosses, des serviettes, des souliers sales, le tout ensemble annonce la chère Irlande. O'Connell fait irruption avec une robe de chambre, une cravate noire attachée, Dieu sait comme, autour de son cou, une perruque, et une toque bordée d'un galon d'or. Son premier mot, c'est : « Monsieur Haydon, entendons-nous. On me dit qu'il faut « que je paye pour ce portrait. — Pas le moins du monde, «monsieur. » Alors il s'assit, et je fis son esquisse... Il a une tête joviale, mais son nez et ses yeux annoncent

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la rouerie. Sa voiï est mélodieuse et persuasive; et il a

dans l'esprit une certaine poésie naturelle qui le rend intéressant. »

Ilaydon passe plusieurs années à faire ce tableau. Mais au milieu de tous ses travaux, la misère le poursuivait toujours. Son journal devient affreusement triste; sa vie est une lutte vulgaire et incessante contre les dettes criardes; il perd successivement trois petits enfants qu'il adorait; il met tout ce qu'il possède en gage; il va en prison, et il frappe chaque jour à toutes les portes, sans scrupule, sans honte, mais souvent sans succès, car il avait fatigué toutes les générosités.

A cette époque, vers 1855, il se créa une nouvelle ressource en faisant des cours publics. Si l'on considère les études profondes et consciencieuses qu'il avait faites, son admirable perception du beau et du vrai dans les arts et aussi dans les lettres, sa familiarité avec tous les grands poètes anciens et modernes, depuis Homère jusqu'à Byron, et son sincère fanatisme pour ce qu'il appelait la grande peinture, on comprendra qu'il devait se montrer un maître du premier ordre, et il parait en effet que cette carrière fut celle dans laquelle il eut le plus de succès et de popularité.

Il avait un goût très-pur et en même temps très-exercé; on peut le voir par son appréciation passionnée de l'art grec, et de temps en temps dans son journal on rencontre des touches de critique magistrale. Il n'était pas, et il s'en fallait de beaucoup, un enthousiaste de Michel- Ange; ce qu'il admirait surtout, c'était l'harmonie et la proportion j telles que les marbres du l'arlhénon les lui révélaient. Un jour il achète deux gravures de Michel-Ange et il dit :

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