‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 19 sur 43 · HAYDON · texte numérisé non relu

HAYDON

propos de quelques observations de Ilaydon sur une de ses statues, il lui répond :

« Le duc de Wellington présente ses compliments à If. Ilaydon. Le duc est de tous les hommes d'Angleterre celui qui a le moins affaire avec l'objet de la lettre de M. Ilaydon. »

Une autre fois qu'il lui avait demandé de poser, le duc répond :

« Le duc de Wellington a reçu la lettre de M. Ilaydon. Il posera dés qu'il pourra. En ce moment on pourrait aussi bien lui demander dix jours qu'une demi-heure. »

Un autre jour encore il répond :

« Le duc de Wellington présente ses compliments à M. Ilaydon. Le duc est membre de la commission pour le monument de lord Nelson. Il n'est point la commission; il n'est point le secrétaire de la commission; par-dessus tout, il n'en est point le secrétaire correspondant. »

Mais le pauvre duc était mal tombé avec un correspondant de la force deHaydon; il devait rencontrer à son tour un plus fort et plus obstiné que lui. 11 avait beau répondre ses petites notes : Le duc présente, etc. Il espère que M. Haydon voudra bien suspendre sa correspondance... » Haydon écrivait toujours; il demandait la tète du duc, il demandait ses habits, il demandait son chapeau, il demandait ses bottes, ses éperons, son cheval; et, de guerre lasse, le vieux due écrivait:

BAYDON, 211

« Le duc de Wellintong présente ses compliments à M. Ilaydon. Il posera pour son tableau. La composition regarde l'artiste regarde la commission, regarde tout le monde, excepté la personne qui pose. Le duc réclame la liberté, non-seulement de ne pas en être responsable, mais même de ne pas savoir de quoi il est question. Quand il pourra recevoir M. Ilaydon, il le lui fera savoir, mais il désire qu'il soit bien entendu qu'il n'a aucune idée du tableau pour lequel il devra poser, excepté qu'il est fait à la requête de plusieurs personnes de Liverpool, qui ont désiré que lf duc posât pour .M. Ilaydon. »

Rien n'est plus divertissant que de voir le héros de Waterloo occupé à se retrancher et à se défendre comme une place assiégée. On avait tant de fois spéculé sur lui, qu'il était devenu très-méfiant, et il se refusait, même à laisser poser son chapeau. 11 aimait mieux venir poser lui-même avec son uniforme que de le laisser aller sans lui, et il entrait dans des colères noires quand ses domestiques prêtaient ses habits. Il avait déjà posé plus de deux cents fois, disait-il, et c'était assez; mais au fond, el en dépit de celte pruderie, il eût été bien fâché qu'on le laissât tranquille. A la fin, il s'humanise avec l'infatigable Ilaydon, et il l'invite à le venir voir au château de Walmer, sa résidence d'automne. Cette visite est un des grands souvenirs de Ilaydon; il exprime sa joie avec un enthousiasme qui tombe dans la puérilité. C'est pour cette fois que le duc pose! Son peintre l'observe dans toutes ses attitudes : le duc parlant, le duc mangeant, le duc buvant, le duc priant, le duc bâillant, le duc de face, de profil, de trois quarts! Ilaydon recueille au passage des fragments de conversation qui ne manquent pas d'intérêt:

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