‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 27 sur 43 · SIS IV FEMME · texte numérisé non relu

SIS IV FEMME

et du plaisir, c'est la vieille ritournelle de l'enfantillage

et de la sénilité erotiques. Ce nouveau livre de M. Michèle!, aussi bien que le premier, n'a qu'une explication possible, qui en est en même temps l'excuse: l'auteur n'est pas dans son sang-froid. Il fait de la médecine comme on faisait au moyen âge de l'alchimie; il se jette à corps perdu dans les arcanes de la nature et il s'y noie; il a bu, subitement et trop tard, le vin capiteux de la science, et il en est positivement ivre. Il voit double; il voit danser et tournoyer dans ses rêves des rondes de squelettes, et des essaims de petits cerveaux voltiger devant ses yeux comme des farfadets. Le voici à Clamart, et là je me le ligure comme Hamlet ramassant le crâne de Yorick et faisant de la philosophie avec les fossoyeurs. 11 tombe dans une contemplation profonde devant un calcul trouvé dans une femme; et ce caillou devient pour lui l'image de l'Ara* bie-Pétrée. Le cerveau d'un enfant lui fait l'effet « d'un large et puissant camellia, veiné d'un rose délicat, et ailleurs d'un pâle azur.)» Quand M. Michelel entre dans le chapitre des enfants, il y laisse ce qu'il lui restait de sérieux. 11 joue à la poupée, à la visite, à la dînette, au petit jardin; il entame des dialogues d'enfants de cinq ans : « Bonjour, madame, comment vous portez-vous? » et désormais, si on donnait le portrait de l'auteur en tête du livre, il faudrait le représenter en bonnet et en tablier de nourrice.

M. Michelet croit très-sincèrement, nous n'en doutons pas, n'avoir que des pensées vertueuses, et c'est à cause de cet aveuglement qu'il arrive, sans s'en apercevoir, à des pensées criminelles. Il nous donnera, sur certains arrangements de famille, des explications qui réellement en font la chose la plus naturelle du monde. li vous montrera la mère encore jeune, qui va marier sa fille et lais-

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ser sortir du nid ce pauvre oiseau qu'elle y a si longtemps réchauffé; il vous la montrera passanl par les plus étranges capitulations pour faire elle-même l'éducation deson gendre el l'appropriera son nouvel état. Tout le monde connaît le récit que fait Jean-Jacques Kousseau, dans les Confessions, de la première leçon que lui donna madame de YYarens; nous ne citerons pas tout-, quelques extraits suffisent :

« Quoi qu'il en soit, dit-il, maman vit que pour m'arracher au péril de ma jeunesse il était temps de me traiter eu homme, et c'est ce qu'elle fit, mais de la façon la plus singulière dont jamais femme se soit avisée en pareille occasion. Je lui trouvai l'air plus grave et le propos plus moral qu'à son ordinaire... Elle me proposa une promenade au petit jardin pour le lendemain. Nous y fûmes dés le malin. Elle avait pris ses mesures pour qu'on nous laissât seuls toute la journée. Klle l'employa à me préparer aux bontés qu'elle voulait avoir pour moi, non, comme une autre femme, par du manège et des agaceries, niais par des entretiens pleins de sentiment et de raison... Par une singularité qui tenait à son esprit systématique, elle prit la précaution très-vaine de faire ses conditions; mais, sitôt que j'en vis le prix, je ne les écoutai pas même, el je me dépêchai de consentir à tout...

« Qu'on n'imagine pas que pour dix ou douze ans que j'avais de moins qu'elle, elle fût vieillie ou me parût l'être... Elle a toujours été charmante pour moi, et l'était encore pour tout le monde...

« J'étais parfaitement sûr que le seul soin de m'arracher à des dangers autrement presque inévitables, et de me conserver tout entier à moi et à mes devoirs, lui en faisait

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