‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 28 sur 43 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

enfreindre an qu'elle ne regardait pas du même œil que les autres femmes... k force de l'appeler maman, à force d'user avec elle de la familiarité d'un fils, je m'étais accoutumé à me regarder comme tel...

« Ce jour, plutôt redouté qu'attendu, vint enfin. Je promis tout et je ne mentis pas. Mon cœur confirmait mes engagements sans en désirer le prix. Je l'obtins pourtant... J'étais comme si j'avais commis un inceste... »

Avec M. Hichelet, celte éducation du jeune homme par la maman devient une vertu de famille. Madame de Warens se donne à Jean-Jacques pour le conserver, dit-il, à lui et à ses devoirs ; chez M. Miehelet, la belle-mère s'empare de son gendre pour l'asservir à sa fille; c'est le triomphe de l'amour maternel. Voyez plutôt:

« Grâce, madame, soyez moins belle ! Ne voyez-vous pas « qu'on se trouble et qu'on ne sait plus ce qu'on dit?... » Elle voit qu'il ne tient qu'à elle d'envelopper le jeune homme, d'en faire tout ce qu'elle voudra... Elle lui ferait (à sa fille) jour par jour — que ne peut une femme d'esprit? — un bon mari, doux, docile... 11 faut le conquérir, ce gendre. Et la voilà, jeune encore, qui, à l'étourdie, se lance dans d'imprudentes coquetteries. Elle croit pouvoir s'arrêter, se retirer à volonté. Qu'arrive-t-il? Il perd la tête, parfois veut des choses insensées... Comment se tirer de là?... La mère aime tant sa fille que, pour la bien marier, il lui arrivera de subir les plus étranges conditions... »

On a dit quelquefois que tous les crimes avaient pour origine une vertu. Telle mère brûlera un petit enfant pour

Page 1