GRANDEUR ET DÉCADENCE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Janvier 18o9.
Il a été nommé une commission académique pour fixer le diapason musical de la France. Cette commission est, assure-t-on, à la veille de terminer ses travaux, et nous saurons bientôt, sinon sur quel pied nous devons danser, au moins sur quel ton nous devons chanter. On ajoute qu'on doit baisser le ton, ce qui ne sera pas un médiocre soulagement pour les ténors qui sont à bout de voix, et ce qui sera une salutaire sourdine mise sur les instruments de cuivre. Dans tous les cas, on nous promet pour bientôt un petit instrument destiné à donner législativement ce qu'on appelle le la à toute la nation.
Cette mesure ne pouvait trouver sa place qu'en France. Le peuple français, qui, par amour-propre, s'est donné la réputation d'être capricieux et impatient de l'ordre, est au fond le peuple le plus disciplinable et le plus uniforme de la terre. L'unité est son idéal, et tous ses gouverneinents,.monarcliie, révolution, empire, l'ont cherchée avec une égale frénésie de logique. Il n'y avait que la France où un ténor chantant plus ou inoins haut pût être considéré comme un éternel ennemi de l'ordre, de la religion, de la famille et de la propriété. Nous ne serons contents que lorsque nous nous ferons habiller, débarbouiller, raser