‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 36 sur 43 · DE LA LASGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA LASGUE FRANÇAISE

par le gouvernement, et nous ne désespérons pas de voir le jour où tous les Français chanteront en mesure, voleront en mesure et penseront en mesure. Dans un état de société si bien organisé, si bien réglementé, si bien assermenté, on doit quelquefois éprouver le besoin de remuer ses bras et ses jambes et d'essayer son ut de poitrine. Qui n'a pas eu l'envie irrésistible d'éternuer au milieu d'un sermon, ou de marcher sur la tèle au milieu d'une réunion silencieuse?

Celte question n'ayant pas été portée devant le Congrès; nous ne savons si elle sera l'objet d'un concert européen, et si le diapason de la France devra passer les frontières. Dans tous les cas, nous connaissons un peuple qui ne voudra pas l'accepter, et nous serions curieux de savoir comment on s'y prendrait pour empêcher les Anglais de chanter faux.

Il fut un temps où la France avait un autre diapason avec lequel elle régnait sur toutes les nations. C'était elle alors qui donnait le ton à la pensée humaine. Ce signe de l'autorité, ce symbole du commandement, c'était la langue française.

Toujours la pensée humaine a eu une langue d'élection, une langue privilégiée dans laquelle elle s'est pour ainsi dire incarnée. Un jour c'est la Grèce qui exerce cette monarchie universelle de l'esprit et qui frappe de son effigie la pensée circulante ; un autre jour ce sera Rome, et alors la langue latine deviendra la langue adoptive de l'humanité. Dans les temps modernes, c'était la France qui avait hérité du sceptre; c'était la langue française que la pensée avait revêtue pour parler au monde; c'était en elle, si je puis parler ainsi, que le Verbe s'était fait chair.

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