GRANDEUR ET DECADENCE
Ce que nous cherchons à établir ici, ce n'est point la supériorité de la littérature française sur celle des autres nations; la patrie de Sliakspeare, celle du Dante, celle de Gœthe, auraient le droit de prolester. Nous ne voulons établir qu'un fait, c'est que dans l'histoire moderne la langue française a été la langue officielle, la langue acceptée, celle de la politique, de la diplomatie, des relations internationales, des sciences, des arts, la langue dans laquelle, par une sorte de consentement universel, les différents peuples sont convenus d'exprimer des pensées communes. La France a exercé l'empire, la papauté, la monarchie de la parole et de l'écriture.
Eb bien, c'est de cette monarchie, plus que de toute autre, que nous portons le deuil ; car, il ne faut pas se le dissimuler, la langue française perd chaque jour du terrain ; d'année en année elle descend une à une les marches de son trône. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous suivons ce mouvement fatal, mais notre attention y a été tout récemment ramenée par une publication faite à Londres, en anglais, par un Français. Le livre de M. Louis Blanc était probibé, par conséquent nous ne l'avons pas lu ; naturellement nous ne lisons jamais les livres défendus. Nous n'avons donc pas à nous occuper ici des opinions de l'ancien membre du gouvernement provisoire, non plus que de sa position actuelle ; mais le simple fait de la publication de sen iivre en langue anglaise nous a frappé comme un nouveau symptôme de l'abandon de la langue française. Je me souviens qu'un pauvre camarade à nous, dont la tête n'a pas purésisler à la dureté de l'exil, écrivait pour la Revue cCEdiînbourg quand il est mort 'à la peine. J'en connais d'autres encore qui se servent de la langue anglaise quand ils veulent dire quelque cliQse; et