‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 38 sur 43 · DE LA LANGUE FRANÇAISE. 5G · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 5G

qui de nous n'a pas apprécié l'avantage de savoir une langue étrangère quand on veut parler librement devant des laquais?

Mettant de côté tout esprit de parti, toute différence d'opinions politiques, nous ne voulons énoncer ici qu'une idée générale, et dire qu'il faut que la pensée trouve, à tout prix, une expression; et que, si elle ne la trouve pas dans une langue, elle la cherchera dans une autre. 11 faut que la vérité parle, il faut qu'elle crie : Lapides ipsi clamabunt, a dit l'Écriture; et Pascal aussi disait : « Le silence est la plus grande des persécutions; jamais les saints ne se sont tus. » Quand la vérité est descendue dans une âme humaine et l'a fécondée, il faut que cette âme, devenue un vase d'élection, s'ouvre et se répande; pour elle le silence serait plus qu'un suicide, ce serait un infanticide. La lumière n'est point faite pour rester sous le boisseau; celui qui la possède ne l'a reçue qu'en dépôt, et Dieu ne la lui a donnée que pour qu'il la communique à ses semblables et lui fasse faire le tour. Miiton a dit admirablement : « Les révolutions des âges souvent ne retrouvent pas une vérité rejetée et faute de laquelle des nations entières souffrent éternellement. »

Les Pharisiens et la race des hiboux diront sans doute que la liberté peut produire le mal comme le bien, et faire passer l'erreur avec la vérité; ici je laisse parler un des hommes les plus verlueux et les plus éloquents de ce siècle, Royer-Collard : « 11 faut, disait-il, poursuivre à la fois, il faut ensevelir ensemble, sans distinction, et le bien et le mal. Mais pour cela, il faut étouffer la liberté, qui, selon la loi de la création, produit incessamment l'un et l'autre.... Avec la liberté étouffée doit s'éteindre l'intelligence, sa noble compagne. La vérité est un bien, mais

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l'errenr est un mal. Il ne faut pas ménager le bien quand on attaque le mal. Périssent donc ensemble et l'erreur et la vérité! Comme la prison est le remède naturel delà liberté, l'ignorance sera le remède nécessaire de l'intelligence. L'ignorance est la vraie science de l'homme de la

société Cette égalité de deslinée entre l'erreur et la

vérité, cette confusion superbe du bien et dn mal, c'est, dans l'ordre de la justice, la confusion de l'innocent et du coupable. Depuis qu'à la lumière de la civilisation le genre humain a recouvré ses titres, les gouvernements et les peuples, les magistrats et les écrivains, proclament a l'envi qu'il vaut mieux laisser échapper cent coupables que de risquer de punir un innocent.... u

Et, flétrissant à la fois l'injustice de l'inquisition et celle delà terreur, ce grand chrétien ajoutait : « C'est qu'il y a au fond de toutes les tyrannies le même mépris de l'humanité, et, quand elles daignent philosopher, ce mépris se déclare par les mêmes sophismes; c'est que, dans leur pensée, il y a eu imprudence au grand jour de la création à laisser l'homme s'échapper libre et intelligent au milieu de l'univers; de là sont sortis le mal et l'erreur. Une sagesse plus haute vient réparer la faute de la Providence, restreindre sa libéralité imprudente etrendre à l'humanité sagement mutilée le service de l'élever enfin à l'heureuse innocence des brutes!... »

Et il disait encore : « 11 y a longtemps que la discussion est ouverte dans le monde entre le bien et le mal, le vrai et le faux; elle remplit d'innombrables volumes, lus et relus, le jour et la nuit, par une génération curieuse. Des bibliothèques les livres ont passé dans les esprits; c'est de là qu'il nous faut les chasser... Tant que nous n'aurons pas oublié ce que nous savons, nous

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