‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 40 sur 43 · GRANDEUR ET DÉCADENCE · texte numérisé non relu

GRANDEUR ET DÉCADENCE

lout se traduisait en français : les inventions, les découvertes, les traités, les enseignes. Quand des hommes de nations différentes se rencontraient, ils parlaient français pour s'entendre. Le fiançais était la langue des salons, des académies, des théâtres, des cours, la langue de tout ce qui savait lire et écrire; et la nation française le savait si bien, qu'elle se dispensait d'apprendre la langue des autres, sûre de retrouver partout la sienne.

Eh bien! regardez autour de vous, et vous verrez qu'aujourd'hui l'anglais est autant parlé que le français. Dans dix ans, il le sera plus encore ; tous les enfants l'apprennent. Et il faut se dire que l'Angleterre, dans celte œuvre de propagande, aura sur la France un grand avantage, celui de la colonisation. Toute l'Amérique du Nord parle anglais; c'est dire que l'Amérique du Sud le parlera un jour. L'Inde le parle ; la Chine, le Japon vont le parler. L'Angleterre arrive la première sur tous les rivages connus ou inconnus ; elle y met son drapeau et sa langue ; tous les Robin sons sont des Anglais, et tout ce qu'il y a de sauvages dans le monde apprendra à épcler en anglais.

La propagande, la colonisation de la France, c'était sa langue, parce que, comme nous le disions, c'était celle qui, parle consentement général, avait été reconnue pour la plus claire, la plus propre à l'échange des idées. Mais de même que pour le corps la première condition est de respirer, ainsi pour la pensée la première condition est de parler; et, par conséquent, la pensée ne peut point vivre sans la liberté. « Supprimerez-vous, disait Milton dans ce morceau que je citais tout à l'heure, supprimerez-vous cette moisson fleurie de connaissances et de lumières nouvelles qui ont grandi et qui grandissent encore journellement dans celte cité ?... Je me suis assis parmi

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