III. — De la pi'otection et conduite
Le meurtre d'un homme qui s'est mis sous la protection d'un tiers, et qu'on appelle tout simplement un hôte et ami, est, chez les Dukadschin, vengé sans pitié et sans merci. Le Dukadschin peut renoncer à la vengeance du sang pour son père ou pour son frère, mais il ne renonce jamais lorsqu'il s'agit d'un hôte et ami.
L'homme dont Vhôte et ami a été tué ne peut pas se montrer devant ses compagnons avant d'avoir tiré sa vengeance pour son hôte et ami. Il n'est pas sans exemple non seulement qu'un parent ait tué son parent, mais même qu'un frère ait tué son frère pour avoir frappé son hôte et ami.
11 y a deux catégories à' hkeset amis de ce genre : Y hôte et
ami qui a obtenu une protection garantie par des cautions, c'est-à-dire qui se met sous la protection de quelques personnes puissantes, afin de s'assurer contre tout danger, et V hôte et ami en sauf-conduit, c'est-à-dire qui, ayant une dette de sang ou un danger à redouter, se fait accompagner en chemin ou recevoir dans une maison, pour sa sûreté.
Si Vhôte et ami^ à qui la sûreté a été garantie, vient à être tué, les garants doivent regarder comtne un devoir l'honneur de poursuivre le coupable, comme le fait la famille de la victime. Non seulement les maisons du coupable sont brûlées, mais ses autres biens sont complètement détruits; par exemple, les murs qui enclosent les champs sont abattus, les arbres et les vignes sont coupés. Sa parenté est aussi poursuivie de la même manière et les terres labourées sont mises hors d'état de servir. Le sol de la propriété du coupable reste en la possession de la famille de la victime et ne peut être racheté à aucun prix. Il est de règle qu'aucune transaction librement consentie entre les deux familles ennemies ne peut avoir lieu sans l'approbation des garants, et ceux-ci ne la donnent jamais. Chacun des garants a le droit de tuer le meurtrier ou les parents du meurtrier qui appartiennent à la vengeance du sang.
La vengeance du sang comporte encore plus de rigueur et d'acharnement quand elle s'exerce contre le meurtrier di'hôte et ami en sauf-conduit, qu'il soit tué étant accompagné d'un homme ou d'une femme, d'une grande personne ou d'un enfant de la famille protectrice.
Alors même que la personne tuée avait déjà une dette de sang envers son meurtrier, si, au moment du meurtre commis sur elle, elle se trouvait sous la conduite d'un tiers, la vengeance du sang à laquelle ils étaient réciproquement soumis n'est pas éteinte, comme elle le serait en tout autre cas, mais l'ancienne vengeance subsiste toujours et il en naît une nouvelle, car la famille du donneur de conduite venge Vhôte et ami tué, comme elle vengerait un de ses membres.
Celui dont VJiête et ami a élé tué cherche à faire tout le mal possible au meurtrier et à la famille de celui-ci. Il tue le meurtrier ou tout parent consanguin du meurtrier partout où il peut l'atteindre et venge ainsi Yhôte et ami qui a été tué.