IV. — Apaisement de la vengeance du sang
Il y a deux manières d'apaiser la vengeance du sang : Tantôt l'apaisement est volontaire de la part des deux parties, tantôt il a lieu sur l'ordre du Gouvernement turc.
A. — Pour ce dernier apaisement, rien ne détermine après combien d'années il peut intervenir. 11 suffit que le sultan ait daigné le décréter.
Tandis que les autres tribus font à Scutari l'apaisement de la vengeance du sang, les Dukadschin font les leurs dans la montagne.
Dès que le firman donné à ce sujet est arrivé, le Gouvernement turc envoie de Scutari à chaque tribu de la montagne un Blilïikbaschi différent, avec un greffier et quelques gendarmes, sur les hauteurs habitées par les Dukadschin. A cet apaisement général sont attachées les conditions suivantes :
1. Chaque tribu de la montagne doit veiller à ce que les représentants du Gouvernement soient logés gratuitement et soient entretenus avec les chefs des tribus, aussi longtemps qu'ils doivent rester dans le canton pour raison de cet apaisement.
2. Pour terminer cette affaire de vengeance du sang, il faut payer au moins 250 piastres. La moitié de celte somme est payée par celui qui doit la vengeance et l'autre moitié par celui qui a droit à la vengeance. Ces amendes sont partagées entre les chefs de la tribu, et le Gouvernement a une part égale à celle d'un chef.
3. Les indemnités pour blessures varient suivant la gravité de celle-ci.
4. Le coupable paie en outre, à titre de droit dû au Gouvernement, ISO piastres pour un meurtre et 75 piastres pour une blessure. Ces droits sont perçus par le représentant du Gouvernement.
5. Le coupable reçoit enfin un acte d'apaisement, et pour plus de sûreté il lui est donné quelques garants pour une durée de cinq ans.
6. Quiconque, pendant ces cinq ans, enfreint l'apaisement donné par le Gouvernement, encourt les peines les plus sévères de la part du Gouvernement, et aussi envers les garants la dette du sang pour le meurtre de Yhôte et ami (§ 3).
B. — L'apaisement volontaire, ou privé, n'a lieu que sur l'intervention d'amis, par la renonciation de la famille et de la victime. Pour obtenir cette renonciation, le coupable est tenu de se présenter, un jour de grande fête, les mains liées, à la maison de celui qui a droit à la vengeance, accompagné des amis et connaissances de la famille blessée et avec un enfant couché à l'envers dans son berceau. Tout Je cortège demande grâce. La famille en apparence surprise sort et tient conseil avec ses parents. Si l'apaisement est résolu, elle délie les mains du coupable et replace l'enfant droit dans son berceau, puis elle dicte le montant de l'indemnité si elle en exige une, mais celle-ci ne peut pas dépasser le chiffre légal de six bourses.