‹ Nouvelles études d'histoire du droitChapitre 39 sur 50 · ORIGINE DE LA NOBLESSE EN FRANCE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA NOBLESSE EN FRANCE

La noblesse, considérée comme une institution conférant des privilèges héréditaires, a été supprimée en France, en 1789. D'où venait-elle et comment s'était-elle formée? C'est une question qui a été différemment résolue par les historiens et les juriscoDsultes. Elle mérite d'être étudiée de près, à la lumière des textes, de jour en jour plus nombreux ou mieux connus. Aujourd'hui que la noblesse n'existe plus, il est possible et même facile de la juger sans passion et sans parti pris. C'est ce qu'a fait M. Guilhermoz dans un livre auquel l'Académie des inscriptions a décerné la plus haute récompense*.

Pour en découvrir l'origine il faut remonter très loin dans notre histoire. Les empereurs romains avaient eu de tout temps des gardes barbares. A partir de Constantin ces gardes deviennent un corps de cavalerie considérable et les généraux en entretiennent de semblables, en leur privé nom. Dans le langage officiel, ces corps de soldats domestiques s'appelaient buccellarii. De simples particuliers voulurent aussi en avoir et, malgré les défenses plusieurs fois

. ^ Essai sur Vorigine de la noblesse en France^ au Moyen âge, par P- Guilhermoz, 1vol. Iq-S®, Paris, Picard, 1902.

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répétées par les empereurs, Tusage s'en répaodit de plus en plus.

A la même époque il existait eu Germanie un usage semblable. Les principes réunissaient autour d'eux les jeunes gens des meilleures familles et les admettaient dans leur comiiatus pour les former au métier des armes, en leur assignant le rang dont ils les trouvaient dignes. Ils les nourrissaient et les équipaient, mais sans leur donner aucune solde*.

L'analogie n*est pas douteuse, mais la différence ne Test pas moins. Les buccellarii de Tempire romain sont des mercenaires, des bravi comme disaient les Italiens au Moyen âge. Les comités Germant étaient des volontaires, entrés au service au sortir de Tenfance, pris dans les familles riches et distinguées, servant sans solde, dans l'espoir de récompenses pour faits d'armes.

Le comitatus germain ne survécut pas à l'établissement des barbares dans l'empire romain. he% buccellarii^ au contraire, se maiotiurent encore longtemps après cette époque. On les trouve chez les Wisigoths, les Ostrogoths et les Lombards. On les rencontre même chez les Francs sous le nom de pueri régis ou de trustis dominica laquelle n'est autre chose qu'une troupe soldée et permanente, avec tendance

* L'auteur se fcade ici sur un célèbre passage de Tacite [Genmanie, 1 3) : « Insignis nobililas ant magna patrum mérita principis dignationem etiam adulescentulis adsignant : ceteri robustioribus ac jampridem probatis aggregantur. Nec rubor inter comités adspici. Gradus quin etiam et ipse comitatus habet judicio ejus quem sectantur ». Ce texte a été torturé de toutes les manières par les interprètes. La principale difficulté porte sur le mot dignatio qui doit être pris au sens actif, c'est-à-dire que Vadoiescéntuliis est l'objet de la dignatio d'un princeps et non qu'il obtient la dignatio de princeps. C'est l'explication donnée par Waitz, Roth, Sohm, Brunner, et par beaucoup d'autres. M. Guilhermoz la défend très bien contre Fustel de Coalanges qui essaie de corriger le texte en lisant dignitatem {Origines du système féodal, p. 16).

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