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d’une liberté restreinte. N’imporle; les thomistes affirmaient positivement que la liberté subsiste avec la prédétermination. Si l’on demandait comment s’opère cette merveille, iis répondaient : O allitudo!
En même temps qu’elle acquérait de zélés partisans, la théorie nouvelle vit se former contre elle de terribles orages. Le jésuite Montemajor, théologien de Salamanque, tira le premier l’épée, et attaqua, dans une thèse solennelle, la créature de Banez. Celui-ci défendit son ouvrage, et dénonça à l’inquisition de Valladolid seize propositions extraites de la thèse de son adversaire.
Les jésuites se faisaient, à cette époque, un point d’honneur de n’avoir essuyé en aucun de leurs confrères de censure théologique. Tous prirent parti pour Montemajor. La guerre était engagée; les théologiens faisaient déjà cercle autour des deux champions, quand un grand événement vint compliquer la querelle et en agrandir les proportions. Le jésuite Molina publia en 1588 son livre célèbre de la Concorde. Quand je dis un grand événement, je ne plaisante pas. Que de chefs-d’œuvre, que de livres pleins de vie et de vérité ont eu moins de retentissement que celte œuvre d’ergoteur! Que d’idées fécondes ensevelies dans l’oubli, tandis que près de
deux siècles se sont usés sur un livre médiocre, qui a eu la force de troubler des milliers d’existences, d’agiter des pays entiers, de préoccuper les hommes d’État. Ah! qu’il faisait bon jadis être théologien.
La tentative de Molina était de substituer le coU' cours simultané, la science moyenne et la grâce suffisante, ùla jirédétermination, à la f rescience absolue et à la grâce efficace. Peu de personnes de notre temps se préoccupent de savoir si elles sont thomistes ou molinistes. Quelque attention que nous portions sur nous-mêmes, nous n’avons jamais remarqué que nous fussions prédéterminés du dehors à l’action; et, quant au concours simultané, nous avons aussi la faiblesse de croire que, quand nous agissons, nous sommes seuls en action... Mais, Dieu me pardonne! cela s’appelle, je crois, être pélagien.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que Banez fut courroucé quand il apprit que Molina avait osé chercher et trouver un système après le sien. Un siècle sceptique comme le nôtre doit avoir peine cà comprendre ce qu’était une colère de théologien de la vieille école. En dehors de la politique, on ne sait ])lus s’indigner, et plusieurs trouvent même qu’on ne s’indigne pas assez en politique. Banez dénonça la Concorde de Molina comme hérétique, avant
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qu’elle fût publiée. Mais le vent était pour elle : la science moyenne et la grâce suffisante devinrent à la mode, romme l’avait été la prêmotion. Le molinisme était soutenu dans des thèses publiques à Saragosse, à Tolède, à Séville, à Grenade, en France, en Lorraine, en Allemagne. Quand on craignait la censure, on dédiait sa thèse à quelque cardinal, qui couvrait de sa robe rouge ces nouveautés dangereuses ‘.
Ce serait une erreur de croire que la vérité pure fût Tunique mobile de la grande bataille qui se préparait. Depuis longtemps les jésuites et les dominicains couvaient entre eux une jalousie secrète, mais terrible. L’ordre de saint Ignace envahissait la chrétienté; ses disciples prêchaient, enseignaient, disputaient dans toutes les chaires et toutes les univer- .•<ités. Enflammés de zèle pour le salut des riches consciences et surtout pour celles des rois (jusque-là que, pour leur rendre le salut plus facile, ils avaient trouvé le moyen, comme on le disait plaisamment, d’elTacer les péchés du monde), ils eurent bientôt dépossédé les enfants de saint Dominique, qui depuis le XIII' siècle avaient eu le privilège de diriger les consciences royales. Les frères prêcheurs souffraient avec peine, on le conçoit, de se voir privés d’une