Serry, Ilixt., col
moisson évangélique aussi fructueuse, et montraient en toute circonstance beaucoup de mauvaise humeur à l’égard de ceux qui aspiraient à les supplanter. Le système théologique des nouveaux venus devait être mauvais, hérétique même. Les prédicateurs dominicains faisaient dans les églises des sermons contre les jésuites. Le Père Avendano les traitait d’hérétiques, de séducteurs, de magiciens, de suppôts de Satan, et se croyait une vocation spéciale pour détruire leur ordre. Jamais, disait-il, il ne célébrait la messe sans se sentir enflammé d’une nouvelle ardeur pour cette bonne œuvre.
La querelle allait toujours s’envenimant. En vain Home, fidèle à sa pratique, qui est de réserver les décisions doctrinales pour le moment où elles peuvent avoir une valeur politique, imposa-t-elle silence aux deux partis. Les deux partis voulaient se battre et non se taire; une humeur martiale s’était emparée des couvents de jésuites et de dominicains; l’expérience, d’ailleurs, a prouvé que les théologiens aiment toujours mieux une condamnation que le silence. Enfin, le 10 janvier 1595, Clément VllI, pa.: un bref adressé à l’inquisition de Castille, évoqua la cause à son tribunal. Huit consulteurs furent nommés, et le procès de Molina fut instruit. Je dis le procès de Molina, car, suivant les habitudes théo-
logiques, la discussion fut réduite à un débat purement personnel : « Molina doit-il être condamné? » Les jésuites virent avec plaisir poser ainsi laquestion; car, supposé que la doctrine lut censurée, ils se réservaient la question de fait : « La doctrine condamnée est-elle réellement celle de Molina ‘ ? » Soixante et une propositions furent extraites du livre de la Concorde et jugées contraires à la bonne doctrine. Le péril était imminent; la sentence était dressée. Les jésuites allaient accepter la paix aux conditions les plus dures, quand le héros des prédéterminants, Thomas de Lemos, fâché de voir échapper une si belle occasion de prouesses, fit comprendre qu’une conciliation était pire qu’une défaite ^ L’élévation de Bellarmin au cardinalat, celle d’Acquaviva à la dignité de général, firent espérer aux jésuites de s’en tirer plus tard à meilleur compte. L’Espagne, d’ailleurs, arrêtait l’affaire : Philippe II passait pour moliniste C’était entre la cour de Home et celle de Madrid un échange continuel de requêtes et de notes diplomatiques, comme pour une affaire de première importance.