‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 111 sur 124 · Ibid., col · texte numérisé non relu

Ibid., col

avec lui le ton de supériorité qu’autorisaient ses victoires passées. « Pensez-vous, lui dit le jésuite, avoir affaire à un commençant? Vous avez devant vous un vétéran, qui a enseigné plusieurs années dans les chaires publiques de l’Espagne, et a rompu plus d’une lance avec les vôtres*. » La Bastide changea la tactique suivie jusqu’à ce moment par les apologistes de Molina. Ils s’étaient toujours tenus sur la défensive, contents de justifier leur confrère des reproches qu’on lui adressait. C’était un infaillible moyen pour être battus; car quiconque connaît les règles de l’argumentation scolastique sait que celui des deux adversaires qui est condamné à se défendre doit immanquablement avoir le dessous. La Bastide le sentit, et profita d’une heureuse ouverture pour prendre à son tour l’otïensive contre la prédétermination. Grand Lemos, quelle fut ton indignation, quand tu entendis attaquer sans respect et sans pudeur cette œuvre consacrée par le nom de l’Ange de l’École?... Ce fut bien pis encore, quand, dans un long discours, La Bastide fit en vingt articles le parallèle de la doctrine de Banez avec celle de Calvin, et montra entre elles la plus parfaite identité. C’était làune manœuvre

1. « Putas cum tii'one loqui ? Agis cum veterano, qui publiée multos aniios in llispania docuit, et sæpius cum veslris concertationes luibuit. » (Serry, col. 483.)

cruellemenl meurtrière ; prouver que la prémotion était contraire à la raison, c’était peu de chose; mais prouver qu’elle était d’accord avec Calvin, c’était lui porter un coup mortel.

Lemos le sentit, et rassembla toutes ses forces dans ce moment critique. Le nom de Calvin, sans cesse répété par La Bastide, avait vivement impressionné les cardinaux : il riposta par le nom de pélagien et semi-pélagien, dont il frappa à coups redoublés son adversaire. La distinction du sens divisé et du sens composé lui servit quelque temps à amortir l’attaque, mais sans satisfaire pleinement les juges*. Lemos creusait sa dialectique et se débattait en désespéré sous l’étreinte terrible du parallèle de La Bastide, quand tout à coup une illumination sou- . daine vint l’éclairer et le tirer de ce mauvais pas ;

« Oui, s’écria-t-il de son ton le plus ferme, Calvin comme Banez tenait la grâce pour efficace par ellemême, indépendamment de la volonté. Mais, après tout ce n’est point en cela qu’il se trompait; son erreur était de croire que le consentement de la volonté est nécessaire d’une nécessité de conséquent, tandis qu’elle n’est nécessaire que d’une nécessité de conséquence^. »

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