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Serry, col. 791-8Üi

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été article de foi dans l’intention de Clément VIII, l’était maintenant dans la poche de Paul V. Mais tout cela satisfaisait peu les dominicains : que leur servait d’être vainqueurs dans leur conscience de théologiens, s’ils devaient être vaincus aux yeux de la chrétienté? Leurs prières, leurs supplications furent inutiles. Le 28 août 1607, Paul V, au milieu du sacré collège, déclara qu’il publierait sa décision quand bon lui semblerait, et, en attendant, il imposa le silence aux deux partis, leur défendant de se dire des injures et de se traiter d’hérétiques.

Inutile de dire que cette dernière clause ne fut guère exécutée.

Ainsi se termina cette longue lutte qui avait duré plus de douze années, coûté la vie à un pape et à trois ou quatre docteurs, absorbé trois pontificats, et usé l’attention d’une génération de théologiens, de prélats et de cardinaux. A la nouvelle de la solution pontificale, la consternation des dominicains et l’allégresse des jésuites furent à leur comble. Ces derniers, qui avaient si longtemps vécu dans l’appréhension de la foudre, passèrent subitement à la joie la plus folle. Par un insigne mensonge, ils prétendirent qu’on avait fait grâce à leurs adversaires, mais que ceux-ci étaient en réalité condamnés, et que l’opi-

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nion de la Compagnie devenait dès lors un dogme certain, quoique non défini, comme l’immaculée conception. Ils prirent en Espagne un air de triomphe si insolent, que le peuple se montraitau doigt les frères prêcheurs, comme les vaincus de la lulteC Dans les visites que les pères de la société rendaient aux dames, ils ne leur parlaient d’autre chose que de leur victoire^ Ils firent des réjouissances publiques à Salamanque, Valladolid, Médina del Ganipo, Palencia, Tolède, Valence. Tous les collèges de jésuites furent gratifiés d’un congé de trois jours ; il y eut des feux d’artifice, des représentations théâtrales, des combats de taureaux, des arcs de triomphe sur lesquels était écrit en lettres d’or : Molina victor% et, au milieu de tous ces divertissements, des messes solennelles d’action de grâces, des processions avec

1. Usqueadeo jesuitæ falsis reportatæ victoriæ rumoribus plebem universam occupaverant, utpenc prædicatores digito luonstrarentur. (Serry, col. 713.)

'•2. Mulieres invisentes, tain supremæ qiiam infiinæ notæ, sine aliipja prorsus distinctione, de bac re verba faciunt. (Lettre du provincial des dominicains d’Espagne à Paul V, citée par Serry, col. 716.)

3. Feriæ universis studentibus triduuin indictæ ; volatiliuin igninm festivi apparatus; publicæ fabularum actioncs ; tauri per plateas e vicos agitati ; triumphales arens magna mole positi, quorum in fronte aurcis litteris incisum erat : Molina Victor, etc. (Serry, col. 713 et sniv.)

des cierges allumés et à son de trompe ^ On alla jusqu’à décorer Molinadu litre de « saint père » ; le succès de l’affaire fut attribué à ses mérites-. Paul V rit beaucoup quand on lui présenta la lettre suivante, écrite par un des supérieurs de la Compagnie à un officier du roi d’Espagne : « Par la grâce du Dieu très haut, nous venons d’apprendre la plus heureuse nouvelle que nous ayons reçue depuis la fondation de notre société, et que nous puissions jamais recevoir. Le souverain pontife vient de donner gain de cause à la Société... Dès ce moment, le sentiment des frères prêcheurs doit être regardé comme hérétique, ou du moins comme suspect. C’est pourquoi nous aurions l’intention de passer cette nuit en jeux et en fêtes, et de célébrer demain à matines une messe solennelle d’actions de grâces. En conséquence, Votre Excellence voudra bien nous envoyer le plus tôt possible les musiciens et les tambours de son régiment, pour qu’ils passent avec nous la nuit et le jour de demain jusqu’au soir. Nous avons donné de l’argent au porteur de la présente pour acheter

1. Accersitis civibus cereis lutninaribus accensis, sonitu clangoreqiu- tubaruni, etc. {Ibid., col. 716). — Tous ces détails sont extraits des pièces authentiques citées par Serry.

2. Fuere qtii, varias inter Molinæ laudes, sacros ei titulos déferrent, victoriamque, (luanta erat, hujusce sancti patris (sic eteniin loquebantur) ineritis adscribcrent. (Serry, col. 713-711.)

des fusées; c’est le principal objet de sa mission. Votre Excellence voudra bien répandre cette nouvelle dans toute l’étendue de son territoire, et en faire part même aux frères prêcheurs, si l’occasion s’en présente*. »

I. ...Iti hujus rei gratiam, nobis in aniino esset noctem banc festivis ludis transigerc, inissamque admodum solemnen crastina luce inatutinis lioris celebrare, pro graliis referendis. Quapropler dignabitur Dominatio Vestra, castri sui tibicines et tympanotribas inittere quantocitius, (jui hic totam noctem diemqiie crastinum, ad horas usque serotinas, permaneant. Pecuniam præsentiuni latori numeravimus, ad coemendos ignitos tubiilos volatiles, etc. (Serry, col. 714.)

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