Lalitavistara, p
LE BOUDDHISME
lu veux m’en donner. » Prakrili, c’était le nom de la jeune fille, se sentit aussitôt éprise d’amour pour Ananda. Profitant de cette circonstance, Çakya, par une série de questions à double sens, que Prakriti prend dans le sens de sa passion, prépare son cœur. A la fin, la jeune fille reconnaît son erreur et déclare qu’elle est décidée à entrer dans la vie religieuse.
Ce n’est pas que les premiers fondateurs du bouddhisme aient eu la moindre idée de réformes politiques. Ils voulaient substituer à une classe religieuse un corps également religieux, se recrutant dans toutes les classes. Ils admettaient les conséquences politiques des castes et ne repoussaient que les conséquences religieuses. Mais de l’iin à l’autre le pas était glissant. Gomment maintenir dans l’infériorité sociale ceux avec qui l’on professait une pleine communauté religieuse. D’autres philosophes, Kapila et Patandjali, avaient tenté, avant Çakya, de substituer l’ascétisme individuel aux œuvres des Védas, réservées aux brahmanes. Au fond, les brahmanes seuls perdaient à ces révolutions ; les autres classes restaient aussi distinctes que par le passé; mais les brahmanes ne pouvaient souffrir que le premier mendiant venu devînt leur égal, et qu’eux-mêmes fussent assujettis au noviciat, aux investitures.
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comme tout le monde, pour obtenir ce qu’ils n’avaient dùjusque-là qu’à la naissance. Aussi les objections des brahmanes contre le bouddhisme ne sontelles ni théologiques ni philosophiques; elles sont toutes politiques. Le bouddhisme renversait la base de la société indienne, et il fallait ou que le bouddhisme fût vaincu ou que la vieille société croulât. L’institution sociale fut la plus forte, ei le bouddhisme disparut de l’Inde sans y laisser de souvenir. Les castes offrirent une résistance invincible. Aujourd’hui encore, elles forment un obstacle capital au christianisme, qui n’a guère conquis dans l’Inde que quelques parias.
Les femmes durent également au bouddhisme une amélioration momentanée de leur sort. La religion nouvelle leur donna une valeur religieuse. Elles purent embrasser la vie monastique et pratiquer la même loi que les hommes. Sans doute, elles gardèrent une notable infériorité; elles ne purent arriver immédiatement à l’état de bouddha; mais elles eurent le moyen de renaître homme pour y arriver. Le sexe féminin resta ainsi une punition. Dans l’état parfait il n’y aura pas de femmes. Le miracle du changement de sexe est assez fréquent dans les légendes bouddhiques. La femme accomplie devient homme. C’est ce qui advint à la fille de Sugata, qui atteignit la per-
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feclion, reconnull’égalité de toutes les lois et de tous les êtres, n’éprouvait que des pensées de charité et de compassion pour les créatures. A la vue de tous les mondes, elle supprima en elle les signes de son sexe; transformée en bodliisattva, elle alla s’asseoir au pied de l’arbre de l’intelligence et entra dans le plein repos.
Y avait-il, à l’origine, des laïques dans la secte? M. Hodgson se prononce pour la négative h II croit que, dans les premiers temps, être bouddhiste, c’était embrasser l’état religieux, faire vœu de chasteté et de mendicité. Un tel état dura peu : dans les plus anciennes légendes, on voit figurer des upamkas, c’est-à-dire des fidèles ou dévots, rois, marchands, etc. Mais les religieux seuls sont « disciples » proprement dits. D’abord vagabonds, demeurant sous les arbres ou sous des huttes de feuillage, ils passaient la saison des pluies chez les riches, occupés à prêcher et à méditer. A la fin des pluies, ils se réunissaient de nouveau, formaient un concile, conféraient entre eux sur leurs méditations. De là sortit le couvent ou vihara. D’abord simples abris temporaires dans les bois, sans que la pudeur s’effarouchât de toute absence de clôture, les