Journal asiatique, avril-juin 1882, p
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grandiront [chez eux] de jour en jour. Et mes officiers, supérieurs, sulbaternes et de rang moyen, s’y conforment et dirigent [le peuple] dans la bonne voie, de façon à maintenir les esprits légers. De même font les surveillants des pays frontières. Car la règle la voici : le gouvernement par la religion, la loi par la religion, le progrès parla religion, la sécurité par la religion. »
« Le progrès de la religion* parmi les hommes s’obtient de deux manières; parles règles positives et par les sentiments qu’on sait leur inspirer. Mais, de cette double action, celle des règles positives n’a qu’une valeur médiocre; seule l’inspiration intérieure donne aux règles toute leur portée. Les règles positives consistent dans ce que j’édicte, quand, par exemple, j’interdis de tuer telles ou telles espèces d’animaux, et dans les autres prescriptions religieuses que j’ai édictées en grand nombre. Mais c’est seulement par le changement des sentiments personnels que s’accentue le progrès de la religion, dans le respect [général] de la vie, dans le soin de n’immoler aucun être. C’est dans celte vue que j’ai posé cette inscription, afin qu’elle dure pour mes fils et mes petits-fils, qu’elle dure autant que le so-
i.Journ. asiat., août-septembre 188’2, p. 133-131.
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leil et la lune, afin qu’ils se conforment à mes enseignements; car, en suivant cette voie, on obtient le bonheur ici-bas et dans l’autre monde, s
Quelques-uns de ces morceaux, tracés du temps des successeurs d'Alexandre, sont comme des pages de Marc-Aurèle gravées sur la pierre -420 ans d’avance : 9 Voici ce que dit le roi Piyadasi, cher au dévas* : On ne voit que ses bonnes actions; on se dit : ? J’ai » fait telle bonne action. » En revanche, on ne voit pas le mal qu’on commet; on ne se dit pas : « J’ai comï mis telle action mauvaise. . . » Il est vrai que cet examen est pénible; et pourtant il est nécessaire de se surveiller soi-même, de se dire : « Tels et tels actes » constituent des péchés, comme l’emportement, la » cruauté, la colère, l’orgueil. » Il faut se surveilleiavec soin et se dire : « Je ne céderai pas à l’envie et » je ne calomnierai pas; cela sera pour mon plus » grand bien ici-bas; cela sera en vérité pour mon » plus grand bien à venir ».
Un idéalisme élevé a dicté la prescription suivante relative aux condamnés à mort ; « A dater de ce jour-, [j’introduis] la règle [suivante] ; Aux prisonniers qui ont été jugés et condamnés à mort, j’accorde un sursis de trois jours [avant l’exécution].
l.Journ. asiat., a^Til-juin 1882, p. 417.
On les aveulira qu’il ne leur reste ni plus ni moins à vivre. Avertis ainsi du terme de leur existence, ils feront l’aumône en vue de la vie future ou pratiqueront le jeûne. Je désire en elïet que, même renfermes dans un cachot, ils assurent l’au delà. Je souhaite de voir se développer les diverses pratiques de la religion, la domination sur les sens, la distribution de l’aumône. »
Ce que l’on s’attend le moins à trouver dans de tels édits, c’est la liberté des cultes. Clle y est pourtant très clairement exprimée. Voici le contenu du septième édit : « Le roi Piyadasi, cher aux dévas, souhaite que toutes les sectes puissent habiter en tous lieux, toutes, en effet, se proposant l’asservissement des sens et la pureté del’àme; mais l’âme est mobile dans ses volontés, mobile dans ses attachements. Ils pratiqueront donc [leurs règles] en entier ou en partie s>‘.
Les sectes dont Piyadasi veut parler sont des ordres religieux plutôt que des religions différentes les unes des autres. Piyadasi voit à merveille qu’il arrive souvent, en fait de religion, qu’un même fond se cache sous les apparences les plus diverses : « Le
1. Inscr. de Piyadasi, p. 181-1G2 (cf. p. 143); Jauni, asial., août sept. 1882, p. 132.
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roi Piyadasi, cher aux dévas, honore toutes les sectes ‘ ; ascètes et maîtres de maison, il les honore par l’aumône et par des honneurs de toute sorte. Mais le [roi] cher aux dévas attache moins d’importance à ces aumônes et à ces honneurs qu’au vœu de voir régner [les vertus morales qui constituent] leur partie essentielle. Ce règne du fond essentiel de toutes les sectes implique, il est vrai, bien des diversités. Mais, pour toutes, il a une source commune, qui est la modération dans le langage, c’est-à-dire qu’il ne faut pas exalter sa secte en décriant les autres, qu’il ne faut pas les déprécier sans motif légitime, qu’il faut, au contraire, en toute occasion, rendre aux autres sectes les honneurs qui conviennent. En agissant ainsi, on travaille au progrès de sa propre secte, tout en servant les autres. Celui qui exalte sa propre secte en décriant les autres le fait à coup sûr par attachement pour sa propre secte, dans l’intention de la mettre en lumière; eh bien, en agissant ainsi, il ne fait, au contraire, que porter à sa propre secte les coups les plus rudes. C’est pourquoi la concorde seule est bonne, en ce sens que tous écoutent et aiment à écouter les croyances les uns des autres. C’est, en effet, le vœu du [roi] cher aux dévas que