‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 4 sur 124 · lisl. eccl. franc., V, lü · texte numérisé non relu

lisl. eccl. franc., V, lü

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bords de la Moselle, imiter les stylites de Syrie et vivre sur une colonne. Les évêques, très sensés, lui firent comprendre que cela ne pouvait convenir à un barbare comme lui, et qu’il ne faut pas essayer, quand on n’est qu’un rustre, d’imiter tes hautes parties qui réussissent à .\ntioclie, à Cbalcis.

Joignez à cela l’enthousiasme du martyre. Ce sont les martyrs qui fondent les religions. Or les races orientales trouvent dans les supplices endurés pour la foi une sorte d’âpre volupté. Il n’est pas rare, en Asie, de voir des gens se faire croyants afin d’avoir la suprême jouissance de mourir pour ce qu’ils croient. Pendant que les longues files de martyrs bâbis se déroulaient dans les rues de Téhéran comme un vivant incendie on voyait des personnes jusque-là étrangères à la secte sortir de leur maison et se joindre au sinistre cortège des suppliciés pour être torturés avec eux.

Cette incapacité religieuse de l’Europe est la cause de la longue torpeur où végétèrent durant des siècles les mythoiogies païennes. On sait peu de chose des religions de la race ibérique; mais on ne s’avance probablement pas trop en disant qu’eiles furent moralement peu fécondes. La mythologie indo-euro-

1 . Les malheureux portaient fichées dans toutes les parties de leur corps des mèclies allumées.

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péenne, introduite en Occident par les Orées, les Italiotes, les Celtes, les Germains, produisit en Grèce un merveilleux développement des arts plastiques, mais resta, sous le rapport moral, à peu près stérile. 11 n’y avait rien à tirer, pour l’amélioration des moeurs, de dieux sortis d’une primitive intuition de la nature, pleine de poésie, mais vide de sens moral. De là ce pliénomène bizarre de populations retenues dans une complète infériorité religieuse, quand ces mêmes populations étaient déjà arrivées dans l’art, dans la littérature, dans la science, dans la politique, dans les théories d’organisation sociale, au plus haut degré de perfection. Les cultes ombriens et latins ne s’élevèrent jamais au-dessus d’un formalisme grossier, qui ne laissait place entre l’homme et le dieu à aucun sentiment tendre. L’orphisme, les mystères furent en Grèce des tentatives insuffisantes pour donner un aliment à la dévotion, à la piété.

Le druidisme celtique ressemble davantage à ce que furent en Orient les grandes réformes religieuses qui portent le nom de Moïse, de Zoroastre, de Bouddha; le druidisme ne suffit pas cependant pour tlonner à la religion des Celtes une supériorité sur celle des autres peuples occidentaux. Quand, vers le milieu du iP siècle, le christianisme fit son apparition subite à Lyon et à Vienne, en pleine Gaule, chez les

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Ségusiavcs et les Allobroges, il fut accueilli avec enthousiasme. Toutes les âmes élevées et sensibles se rattachèrent à lui. Le christianisme, se montrant tout à coup au milieu de cet abaissement religieux, fitTelTet que produit la civilisation auprès de la barbarie. Nos races, au fond excellentes, furent bientôt charmées; elles adoptèrent le christianisme de toutes les forces de leur âme ; celte religion devint pour nos ancêtres en quelque sorte nationale, si bien que, plus tard, ils en vinrent à s’imaginer qu’elle était le fruit même de leurs entrailles, leur trésor, leur intime et personnelle création.'

En s’imaginant cela, nos ancêtres ne se trompaieni pas tout à fait. Oui, le christianisme est, en ses origines, un pur fruit de l’Orient, un rejeton du judaïsme, c’est-à-dire une religion purement sémitique. Mais l’Occident, en l’adoptant, le lit sien. Saint Bernard, saint François d’Assise, sainte Élisabeth de Thuringe, Jeanne d’Arc ont bien plus de rapport avec nos vieux ancêtres des forêts gauloises et germaines qu’avec David, Esther, ou les auteurs du Talmud. Nos saints bretons et irlandais, un saint lltud, un saint Gadoc, un saint Colomban ressemblent plus à des druides qu’à saint Pierre ou à saint Paul. Les races européennes, en adoptant le christianisme, lui donnèrent leurs défauts et leurs qua-

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lilés. Leurs qualités étaient une rare profondeur de sentiment, un délirant amour de la nature, une imagination débordante, qui a teint de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, de tous les reflets de nos vertes fontaines, l’âpre sécheresse du messianisme palestinien. Leurs défauts, c’était la superstition. Les races celtiques et italiotes furent peut-être les plus superstitieuses de toutes les races. En devenant chrétiennes, elles ne cessèrent pas d’être superstitieuses. S’il y eut jamais une religion dégagée de toute scorie grossière, ce fut la religion de la première génération chrétienne. Ti’ansportée chez des races polythéistes, cette religion, si pure en son principe, devint un vrai paganisme. Les chrétiens du temps de Grégoire de Tours eussent fait liorreur à saint Paul. La célèbre lettre du pape saint Grégoire le Grand'érigea en principe les concessions qu'il convenait de faire à la barbarie.

« Quand vous serez arrivés auprès de notre frère Augustin, dites-lui qu’après avoir longtemps cxa- . miné en moi-même l’affaire des Anglais, j’ai pensé qu’il faut abattre non pas leurs temples, mais seulement les idoles qui y sont. 11 faut faire de l’eau bénite, en arroser les sanctuaires païens, dresser des

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