‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 5 sur 124 · Epist. S. Greg., IX · texte numérisé non relu

Epist. S. Greg., IX

autels et y mettre des reliques; car, si ces temples sont bien bâtis, il faut les faire passer du culte des démons au service du vrai Dieu, afin que cette nation, voyant que l’on conserve les lieux auxquels elle est habituée, y vienne plus volontiers. Et pai’ce qu’ils ont accoutumé de tuer beaucoup de bœufs en sacrifiant aux démons, il faut leur établir des solennités à propos de la dédicace des églises ou des fêtes de martyrs. Qu’ils fassent des feuillées autour des temples changés en églises, et qu’ils célèbrent la fête par des repas modestes. Au lieu d’immoler des animaux au démon, qu’ils les tuent pour les manger en rendant grâces à Dieu, qui les rassasie, afin que, leur laissant quelques réjouissances sensibles, on puisse leur insinuer plus aisément les joies intérieures ; car il est impossible d’ôter à des esprits durs toutes leurs coutumes en même temps. On ne monte point à un lieu haut en sautant; on s’y élève pas à pas. »

Quand on parcourt tel canton écarté de la Normandie et de la Dretagne, qu’on s’arrête à chacune des chapelles consacrées à un saint local, qu’on se fait rendre compte par les paysans des spécialités médicales de chacun de ces saints, celui-ci préservant tes moutons du tournis, celui-là guérissant les ânes qui ont la patte cassée, tel autre sauvant les enfants

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du croup OU des vers intestinaux, on se rappelle ces innombrables dieux gaulois qui avaient des fonction.s toutes semblables, et on arrive à croire que, dans les couches profondes du peuple, la relig ion a en somme peu changé. Mais, à un degré plus élevé, l’action bienfaisante du christianisme se révèle. Le christianisme, la Grèce et Rome, voilà les trois éléments qui, joints aux qualités de nos vieilles races celtiques et germaniques, ont été les facteurs de la civilisation européenne. Sans l’élément sémitique, introduit par le christianisme, quelque chose aurait manqué aux assises de notre culture intellectuelle et morale. Le paganisme n’aurait jamais réussi à instituer l’église, l’assemblée des fidèles, le dimanche, la cène, la prédication, les sacrements, la Bible. La Bible surtout, ce livre tout sémitique, devenu la lecture universelle de l’Occident, est le grand signe qui montre le privilège religieux du peuple hébreu et l’arrêt providentiel qui condamnait notre vert et frais Occident à être en religion le vassal des enfants de Sem.

Le développement des sciences critiques et des sciences naturelles, en changeant les idées de tous les peuples cultivés sur le surnaturel, c’est-à-dire sur la manière dont l’idéal fait son apparition dans les choses humaines, a modifié profondément l’essence même de la religion. Le païen, croyant à des

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Corces mulliples, qu’on peut prier et tlécliir par des formules et des cérémonies rigoureusement pratiquées; le juif et le chrétien, croyant en un monarque unique de l’univers, lequel est censé régler tout par des décrets combinés en vue d’une fin déterminée, sont en égal désaccord avec une philosophie ayant pour premier principe que Dieu est raison et, comme dit Malebranche, n’agil jamais par des volontés particulières. La l'eligion, dès lors, s’esl surtout réfugiée dans le cœur. Elle est devenue poésie et sentiment. Or, si le dogme divise, le sentiment réunit. Dieu nous garde de répudier ce beau nom de chrétien, qui nous met en rapport avec Jésus et l’idéal de l’Évangile, avec l’Église et tous les trésors de sainteté qu’elle a produits. Mais ne renions pas, non plus, notre passé naturaliste. Gomme ce vieux roi de Frise, qui avait déjà un pied dans la cuve baptismale et qui l’en retira, quand le missionnaire lui dit qu’il ne trouverait pas en paradis ses nobles ancêtres, les rois de Frise', nous ne voulons plus de damnations, d’anathèmes, de symboles exclusifs. En cela nous sommes vraiment disciples de Jésus. Jésus ne fut jamais plus divinement prophète qu’à Naplouse, quand il dit à la Samaritaine

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