‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 43 sur 124 · M. Derenbourg, Archives Israélites, mars 1856, p · texte numérisé non relu

M. Derenbourg, Archives Israélites, mars 1856, p

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cien Testament intéresse cependant spécialement, se trouve parfaitement à l’aise en face des vérités sur l’age et la composition des diverses parties de la Bible qu’une bonne et saine critique ne saurait méconnaître. Nos anciens sages n’ont jamais conçu cette idée roide et invariable du Canon que l’Église chrétienne a créée presque à son début. Les anciens rabbins du Talmud avouent très naïvement qu’ils sont incertains s’ils doivent supprimer maint livre révéré aujourd’hui parmi les prophètes et les liagiographes. Parmi nos grammairiens et lexicographes les plus célèbres, depuis Saadia, qui regarde dix versets comme mal coupés, jusqu’à Abraham ben-Ezra, qui déclare nettement que la partie d’Isaïe, à partir du chapitre XL jusqu’à la fin, n’appartient pas à ce prophète, combien d’exégètes parmi nous qui ont expliqué les livres saints avec toute l’indépendance d’un esprit libre et non prévenu ! »

Presque toutes les opinions sur la littérature hébraïque que l’on appelle hardies, bien à tort puisque en réalité ce sont les hypothèses des théologiens qui sont gratuites et téméraires, se retrouvent ainsi chez les rabbins du moyen âge. A la Renaissance, ce sont encore des juifs qui entrevoient les premières lueurs d’une critique rationnelle des livres saints. Les écrits, récemment découverts à Venise, d’un homme qui

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fut l’oracle du judaïsme de son temps, Léon de Modène, ont prouvé que les idées les plus avancées avaient traversé son esprit. Il y aurait exagération à dire que la synagogue ait favorisé cette tendance ; l’ombre de l’infortuné Uriel Acosta se lèverait pour protester contre une telle assertion. Du moins la synagogue n’empêcha pas le mouvement des esprits de se produire. Au xvii' siècle, tandis que les Richard Simon, les Louis Rappel, les Moïse Amyrault, isolés, persécutés, voyaient leurs tentatives novatrices échouer devant l’intolérance dogmatique de leur époque ; tandis que Bossuet retardait de plus d’un siècle les progrès de l’exégèse et léguait à l’Allemagne la gloire de sa fondation, Spinoza, dont le renom posthume comme métaphysicien a trop fait oublier que, de son vivant, il ne fut qu’un exégète, érigeait en méthode générale, dans son Tractatus theologico-politiciis, l’interprétation rationaliste des livres qui furent pour son âme inquiète l’objet de tant de déchirements. On peut donc soutenir que, jusqu’à la seconde moitié du xviii" siècle, les juifs ont mieux entendu la Bible que les chrétiens. Ce ne sont pas les juifs, il est vrai, qui ont fondé le mouvement extraordinaire d’études qui, vers la fin du dernier siècle et le commencement de celui-ci, a entièrement renouvelé la philologie hébraïque. Ce

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mouvement se raltaclie à deux causes : d’abord au progrès des études orientales et en particulier des études sémitiques, telles que l’école hollandaise d’Albert Schultens les entendit; en second lieu, à la grande liberté scientifique qui se développa dans les universités allemandes vers la fin du xviiu siècle. L’Allemagne comprit la première que l’on fait peu d’honneur aux livres saints en réclamant pour eux des règles de critique douce et une sorte de privilège d’immunité; elle trouva peu naturel que la première condition de la critique sacrée fût d’abdiquer les méthodes ordinaires de la raison. L’exégèse moderne est ainsi dans son ensemble une œuvre essentiellement protestante. .Mais, si les israélistes ne l’ont pas fondée, ils ont eu l’insigne droiture d’en adopter la méthode générale et les résultats principaux. C’est à un israélite, distingué par son savoir, à M. Munk, que nous devons la plus éloquente apologie de la méthode rationaliste ‘ et le meilleur résumé qui eût paru en France avant 18'i8 de ces doctrines qu’on qualifie, sans les connaître, de nouvelles et d’inouïesL Presque toutes les grandes thèses de la critique indépendante sont là exposées avec une lucidité parfaite et une courageuse sincérité.

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