Européen », Frangui, est ici synonyme de « chrétien
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sont tombés entre nos mains ; les voilà charoés
de chaînes. Nous retournons triomphants et joyeiix à Damas. Surpris par la nuit dans votre oasis, nous réclamons l’hospitalité sous le toit de votre monastère. N’en refusez pas llabri à nos soldats fatigués d’une longue marche.
» LE PRIEUR. — Notre monastère n’est pas assez spacieux pour recevoir toute celte foule. L’armée devrait établir son camp en dehors de l’enceinte du couvent ; vous pourriez nous confier vos prisonniers, nous en prendrions soin. Remetlez-nous aussi ces tètes, resplendissantes d’auréoles. Rien qu’à les voir je me sens le cœur pris d’affection pour elles.
» cnEMR. — Soit! prends ces têtes, brave moine; ce sont les tètes des rebelles de la famille du prophète Mahomet. Garde bien ces crânes usurpateurs; mais surtout aie soin de la tète du soi-disant chef de la reliîïion.
D LE PRIEUR, retirant du liaut d’une l.ance la tôle de l’iniam Hossein.
— Dieu! cette tête me fait l’effet d’une tulipe fraîchement éclose! Les yeux du globe terrestre deviendraient rouges de sang à force de pleurer sur elle. Seigneur Dieu! d’où vient cette tête souillée de sang coagulé? A quel zodiaque appartient cette étoile? De quelle coquille est provenue cette perle royale. Seigneur?
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» LA TÈTE DE L’IMAM HOSSEIiN dit en ar.-ibc : — « Ne Cl’OyeZ
» pas que Dieu ne fasse aucune attention aux injustices » que commettent les méchants (Coran, xiv, 43). » » LE PRIEUR. — Ah ! monDieu, ai-je bien entendu? D’où provient cette voix qui me brûle les entrailles? Son timbre mélodieux fait vibrer la lerre et le ciel. Elle s’est glissée dans l’oreille de mon esprit. Serait-ce un rêve? Mais je veille... Qu’est-ce donc, mon Dieu? serait-ce l’ange Asrafd, faisant sonner la trompette du jour de la résurrection?
» LA TÈTE récite : — « Gcux qui SC livrent à l’iniquité » verront un jour à quel sort déplorable aboutira » leur conduite (Coran, xxvi, 228). *
5 LE PRIEUR. — Frères du couvent, accourez! Dites-moi, avez-vous entendu cette voix? Dites, pour l’amour de Dieu, cette mélodie plaintive, d’où nous vient-elle? Elle absorbe mon intelligence, et le calme de mon cœur m’abandonne. On dirait que ces gémissements viennent d’en haut.
» UN MOINE. — Sois persuadé, digne prieur, que ces soupirs et ces gémissements viennent de la bouche de cette tête tranchée. Les lèvres remuent en répétant les versets du.Pentateuque; elle nous expliquent le sens mystérieux de l’Évangile. . . Mais non ; quand j’écoute plus attentivement, chose étrange! les mouvements de cette langue, de merveilleuse
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éloquence, épèlent pieusement les versets de deux chapitres du Coran.
» LE PRIEUR. — Pour l’aniour de Dieu, répondsmoi, tête! A Pâme de quel homme as-tu appartenu? Rose fanée, dans le jardin de qui l’a-t-on cueillie? La lumière du salut éternel rayonne de tes joues. Dis-moi, tête! du festin de quel souverain es-tu le flambeau ? Ah ! si Jésus-Christ nous eût laissé un fils comme toi dans ce monde !... Ame de l’univers, qui es-tu? Crâne ensanglanté, réponds à mes questions; tu sais tout. Du milieu du jardin de la foi appelle par son nom l’oiseau de mon esprit. Serais-tu donr Moïse, ou le souffle miraculeux de Jésus? Ouvre ta bouche d’où coulent les merveilles, explique-moi ce prodige,
» LA TÊTE. — Je suis le martyr de Kerbéla; mon nom est Ilossein; mon métier, extirpateur des enne-; mis de Dieu. Rose nouvellement épanouie dans le parterre de fleurs de la vraie religion, j’eus pour grand-père Mahomet, et Ali pour père; la meilleure des femmes me donna le jour. Ma patrie est la ville de Médine; mon lieu de repos est dans les sables du désert de Kerbéla.
» LE PRIEUR. — Fruit de l’arbre du verger de Fatima! beau cyprès que les mains maternelles de Falima se plaisaient à caresser! oh ! maudit soit éter-
nellement celui qui te sépara de ton corps, toi qui faisais briller de joie les yeux humides de Fatima! — Écoutez, moines, courez Ions et apportez ici du musc et des flacons d’eau de rose. C’est une œuvre méritoire que de parfumer ces têtes; je les embaumerai toutes, surtout celle du chéri de Fatima. Répandez de l’ambre, des parfums et des fleurs sur les tresses et sur les tempes des têtes de la famille de Mahomet.
» UN MOINE. — Tiens, reçois de nos mains le musc et l’eau de rose, prieur. L’adoration de ces têtes est un service obligatoire pour nous. Demain, auprès de Dieu, elles intercéderont en notre faveur, plongés que nous sommes jusqu’au cou dans les bourbiers du péché.
» LE PRIEUR. — Que je tombe victime pour chacune des tresses de ta chevelure, ô imam Ilossein, martyr du chemin de Dieu ! Que je serve de rançon à ton Ame torturée! Grâce à la lumière qui rayonne de ta tète, ô élu des deux mondes ! notre cellule est devenue l’objet de la jalousie des palais célestes. Où es-tu donc, Fatima? Viens peigner la tête de ton fds chéri, laver la boue de ces tresses avec l’eau de tes yeux ! Où est ton illustre grand-père, l’envoyé de Dieu? Où est ton Seigneur glorieux. Ali, prince des mortels?
Entre un hatcf ou erieur public.
» LE HATEE. — Sovez attentifs aux scènes d’afflic-
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tion qui vont se dérouler devant vos yeux. Voici l’esprit du premier homme créé par Dieu : il descend dans ce monastère pour l'aire sa visite de condoléance à la tête de l’imam llossein. Le prophète Adam arrive ici, les prunelles humides.
» ADAM. — Martyr de Kerbéla, joie des yeux de Mahomet, pourquoi ta tête lumineuse est-elle séparée de ton corps? Je te salue, gloire des deux mondes, martyr tombé sur le chemin qui nous guide vers Dieu! Imam glorieux, reçois les hommages d’Adam, qui serait lier de se substituer à toi pour souffrir. Tête rayonnante, tu brilleras dorénavant au sein de la félicité éternelle. Grâce à ton martyre, âme élue de Dieu, tu comparaîtras devant son trône, tout éclatante de blancheur.
» LE HATEE. — Voici le moment de l’arrivée d’Abraham, l’ami de Dieu. Il vient ici, les yeux humides, faire sa visite de condoléance. Il pousse des soupirs, il gémit. Courez à la rencontre de l’ami de Dieu, honorez-le ; il descend d’en haut, et, tout sanglotant, il vient présenter le tribut de sa douleur au défunt de glorieuse mémoire.
» ARRAiiAM. — Moi, l’ami deDieu, j’arrive pour voir la tête de l’imam Hussein. Moi qui ai construit le sanctuaire de la Gaaba, moi qui ai posé cette pierre angulaire vers laquelle se dirigent nuit et jour tous
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les regards, toutes les espérances des vrais croyants, je te salue, orgueil des deux mondes, victime de l’iniquité ! Je te salue, joie de la poitrine maternelle de la meilleure des femmes. Servir de rançon à ta tète lumineuse, mourir pour toi, tronc ensanglanté, serait un vrai bonheur pour Abraham.
» LE H.ATEF. — Arrière, moines; faites place à Jésus, qui arrive pour pleurer l’illustre rejeton de la souche des prophètes. Il vient faire sa visite de condoléance au fils du prince de l’univers. Le voici, l’enfant de .Marie, qui, du haut du septième ciel, descend ici avec Moïse.
» JÉSUS. — Je suis Jésus, l’esprit de Dieu ; les yeux gros de larmes, j’arrive ici pour m’acquitter des devoirs dus à la tête de Hussein. Dose du jardin de fleurs d’.\li, lumière de ses deux yeux, je te salue. Victime d’hommes iniques, tombée sur le désert du malheur, reçois mon hommage ! Ah ! que toutes les œuvres méritoires par lesquelles Jésus, persécuté comme toi, a bien mérité de Dieu, te servent de rançon, noble tête! Que je sois sacrifié à ton front couronné d’une auréole, à ton front immaculé ! Quel traître sans foi commit ce sacrilège inouï? Comment a-t-on osé porter la main sur celte tête d’innocent ! Viens ici, orateur de Dieu approche, contemple