‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 65 sur 124 · Direct. Inq., p. 188-189 (Romæ · texte numérisé non relu

Direct. Inq., p. 188-189 (Romæ

4. De pseudo-Evangeito œterno (præside J. A. Schmidt), p. 11 et suiv. (Helmstadt. 1725).

JOACHIM DE FLORE

texte de Meyenberg, d’accord avec celui de M. Preger, distingue deux traités dans ce quatrième livre*, donne les erreurs de l’un et de l’autre, puis passe au c^qmème livre, et y distingue cinq traités, un traité De seplem diebus, un autre De Joho, un troisième De Joseph et pincerna cui somnium appaniit, un quatrième De tribus generibus hominiini, vide- Ucet Israeliticis, Ægyptiacis, Babyloniis, un cinquième De historia Judith. A la fin, dans les manuscrits de Munich, se lit cette curieuse annotation : Eu; hiis autem qiiæ dicuntur ibi in expositione hystoriœ de David potest intelligi quod ille qui composuit opus quod dicitur Evangelium æternum non fuit Joachim, sed aliquis vel aliqui moderni temporis, quoniam facit ibi mentionem de Frederico iniperalore,persecutore romance ecclesice'.

LE LIVRE DE L'ÉVANGILE ÉTEItNEL

Après avoir indiqué les textes sur lesquels j’ai l’in-

1. Au lieu de « De quarto libro hujus duo errores extrahi possunt )) (d’Argentré^, il faut lire ; « De quarto libro hujus partis, iu primo tractatu, duo errores extralii possunt. »

2, Preger, méin. cité, p. 36.

ET L'ÉVANGILE ÉTERNEL

lention d’appuyer mon argumentation, il me reste à en tirer les conséquences. Quelle idée peut-on se faire du livre intitulé l'Évangile éternel? — Ce livre étaitil distinct de V Introduction à l'Évcnigile éternel? Ce second ouvrage existe-t-il encore? — L’ouvrage de Gérard qui est cité dans le procès d’Anagni est-il identique à ['Introduction à l'Évangile éternel ? — Dans quelle relation étaient tous ces ouvrages avec les livres mêmes de l’abbé Joachim? — A quelle date ont-ils été composés?

Les embarras que présentent des questions en apparence aussi simples ne doivent pas nous surprendre. Il n’est pas de questions historiques plus difficiles à résoudre que celles où l’on cherche à retrouver dans le passé des catégories créées par l’esprit moderne. Les scrupules d’une bibliographie exacte n’existaient guère au moyen âge. L’individualité rigoureuse du livre est une idée récente. La typographie elle-même, qui devait opérer à cet égard un changement si profond, ne modifia que lentement les habitudes du public.

La composition et la forme de « l’Évangile éternel » nous sont clairement révélées par le rapport des cardinaux d’Anagni (la deuxième des pièces énumérées ci-dessus). Il y est dit en propres termes ‘

1. D’Argentré, p. 163. Après hœc verba, il faut ajouter : « lu

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que « l’Évangile éternel » était divisé en trois parties et formé par la réunion des trois ouvrages authentiques de l’abbé Joachim, savoir la « Concorde I de l’Ancien et du Nouveau Testament », formant le ] premier livre ; « l’Apocalypse nouvelle ^ », formant j le second; le « Psaltérion décacorde », formant le 1 troisième. Les parcelles que nous avons des notes de Gérard supposent la même chose. Gérard, en effet, a pour habitude de désigner Joachim par ces mots : ille qui fuit minister hujus operis. Une curieuse note marginale du manuscrit de la bibliothèque .Mazarine, qui a appartenu au collège de Navarre, est conçue dans le môme sens L Cette note attribue formellement à Joachim un livre intitulé Evangelium œternum, distinct de V Introductorium in Evangelium œternum, et elle indique sa place dans la bi-

priino libro Evangelii æterni, videlicet in secundo secundæ Concordiæ. Et tria prædicta probantur siniilitcr expresse xxi. capitulo, b, ubi distinguitur triplex liltera. Ibi : « Attendent vero, etc... » et similiter ante finem ultimi capituli, ubi dicitur : « Illud attenden- » dum, etc. »

1 . Voir ci-dessus, p. 226-227. On remarquera qu’il s’agit ici non pas du commentaire complet surl’Apocalypse, mais du livre préliminaire que Joachim mit en tête de son exposition sur l’Apocalyse.

2. Voici cette note, correspondant à Item quod per virum du second document : « Nota ista usque ad finem de erroribus contentis in libro abbatis Joachim quem vocavit de Evangelio æterno, qui liber est in pulpitro affixo parieti. » Cette note est d’une main du XV* siècle.

ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL

bliolhèque du collège de Navarre. Il y avait donc encore au xiv° siècle et au xv'= des manuscrits où p les trois ^rUs de Joachim étaient réunis et portaient le titre commun à' Evangelium œternum. De semblables manuscrits devaient être un fruit du mouvement de 1254, puisque nous avons vu que Joachim lui-même ne donnajamais ce titre ni à aucun de ses écrits ni à la collection de ses écrits. Je ne crois pas que dans aucune bibliothèque il existe aujourd’hui un manuscrit ainsi intitulé.

Le quatrième document énuméré ci-dessus, malgré une contradiction apparente, confirme le résultat auquel nous venons d’arriver touchant la composition de « l’Évangile éternel », et prouve que ce n’était pas là seulement une vue personnelle des commissaires d’Anagni. Nous y trouvons en effet que « l’Évangile éternel » proprement dit contenait au moins deux parties. La première s’appelait Prœparatorium in Evangelium œternum, la seconde s’appelait Concordia Novi et Veteris Teslamenli ou Concordia veritatis, et était divisée en cinq livres. II est évident que l’auteur de ce document aura considéré VIntroductorium ou Prœparatorium in Evangelium-ælernum, qui ailleurs est distinct de « l’Évangile éternel », comme un premier livre de ce même « Évangile éternel ». La «. Concorde » se trouve ainsi

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n’être plus que le second livre. S’il n’est pas ici question de « l’Apocalypse ï et du « Psaltérion décacorde », c’est sans doute parce qu’on jugeait ces parties moins importantes, ou parce qu’elles ne faisaient que répéter les erreurs du Prœparalorium et de la Concordia. Mais ce qui prouve invinciblement que notre hypothèse est véritable, c’est : i“ que les erreurs données dans le quatrième document comme extraites de la première partie de l’Évangile éternel, intitulée Prœparatorinm in Evangelium æternum, sont identiques à celles que nous avons trouvées dans le rapport des cardinaux d’Anagni comme extraites de VIntroductorium in Evangelium æternum ; 2“ que les erreurs données par le quatrième document comme extraites de la seconde partie de « l’Évangile éternel > sont bien réellement extraites du livre de la « Concorde » de Joachim, dont l’ordre et les divisions sont suivies de point en point. Il n’y a là qu’une simple différence d’arrangement. Nous adopterons comme préférable la division suivie par la commission d’Anagni.

Il reste donc tout à fait acquis que « l’Évangile éternel » proprement dit n’était autre chose que la réunion des trois principaux écrits de Joachim, et par conséquent que « l’Introduction à l’Évangile éternel > en était distincte, bien qu’on l’y réunît

Eï L’ÉVANGILE ÉTERNEL.

quelquefois comme un premier livre. Cette distinction résulte avec évidence du rapport de la commission d’Anagni. Nous y voyons, en effet, que les cardinaux avaient entre les mains un ouvrage intitulé : Introductovium in Evangelium œternum, qui avait été adressé au pape par l’évêque de Paris; nous y apprenons, en outre, que cet ouvrage était simplement divisé en chapitres et non en livres; enfin c’est d’après cet ouvrage que les cardinaux concluent que « l’Evangile éternel » proprement dit était formé par la réunion des trois ouvrages de Joachim. Voici une nouvelle preuve de la même distinction. Ce Florent, évêque d’Acre, qui remplit les fonctions de promoteur dans la commission d’Anagni, devenu ensuite archevêque d’.\rles, présida vers 1260 un concile où il condamna de nouveau les erreurs de Joachim. Or il résulte du discours qu’il tint à ce concile que l’assemblée d’Anagni voulut condamner des opuscules qu’on répandait sous le titre « d’Évangile du Saint-Esprit » et « d’Évangile éternel », et non les ouvrages mêmes de Joachim, qui étaient restés jusque-là peu lus et non discutés*.

1. « Et licet nuper, pi'æsenlibus nobis et procurantibus, a sancta Deisede apostelica damnatafiierit nova quæjam, quæ ex bis pullulaverat, doctrina venenata Evangelii spiritus Sancti pervulgata nomine, acsi , risti Evangelium non æternum nec a Spiritu Sancto nominari

JOACHIM DE FLORE

Enfin Frà Salimbenc appelle l’ouvrage de son ami Gérard « un petit livre », Ubcllum'. Malheureusement, embarrassé pour l’honneur de son ordre de toute cette afl'aire, il évite de nous donner le titre exact de l’opuscule de Gérard.

L’idée que nous sommes amenés d’après ces renseignements à nous former de « l’Introduction à l’Évangile éternel » est celle d’un livre destiné résumer la doctrine de Joachim et à la faire revivre au profit des idées franciscaines. Toutefois, le peu de précision que le moyen âge portait en bibliographie amena sur ce point beaucoup de méprises. Presque toujours le nom « d’Évangile éternel » fut appliqué à « l'Introduction ». Nous venons d’en avoir la preuve dans les paroles de l’archevêque Florent au concile d’.\rles. Matthieu Paris et Guillaume de Saint-Amour

debuisset; tanquainpestis hujustnodi fundamenta non discussa fuerint nec damnata, liber videlicet Concordantiarum et alii libri Joachitici, qui a majoribus nostri usque ad hæc tempora remanserunt intacti, utpote latitantesapudquosdam rcligiososinanguliset antris, doctoribus indiscussi ; aquibussi ruminati fuissent, nullatenus inter sacros alios et sanctorum codices mixti remansissent, quum alia modica Joachitica opuscula, quæ ad eorurn pervenere notitiam, tain solemniter sint damnata etc. » (Labbe, Conc., t. XI, 2' part. col. 2361-

2362.) Ne semblo-t-il pas que Florent eut sous les yeux une note de classement analogue à celle qui se lit à la fin du ms. 1726 de Sorbonne, 92«s inter originalia mixla sanctorum ?

ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL

commettent la même confusion, le premier, quand il dit que les frères composèrent un livre qui commençait par ces mots : Incipit Evangelium œternum, livre qu’il appelle un peu plus loin : Novus ille liber quem Evangelium œternum nommant'--, le second, quand il cite comme de « l’Évangile éternel » des mots qui ne se trouvent pas, du moins, avec la même intention, dans les ouvrages de Joachim^ Nicolas Eymeric® présente comme extraits de « l’Évangile éternel » les erreurs que la commission d’Anagni relève dans le Liber introdnctorius. Enfin le bibliothécaire de la maison de Sorbonne qui a ajouté au XIV' siècle diverses notes à la lin du n" 1726 a commis sans le moindre souci la même confusion.

Il faut avouer que les documents d’Anagni ne disent pas avec toute la clarlé désirable que Gérard soit l’auteur de « l’Introduction à l’Évangile éternel ». Le premier document d’Anagni présente « l’Introduction à l’Évangile éternel » comme un livre composé d’un texte suivi et divisé en chapitres. A propos de ce livre, les cardinaux citent bien une opinion de

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