Directorium Inquisitorum, p. 188 (Romæ
JOACHIM DE FLORE
frère Gérard, mais sans dire si cette note se trouve dans l’ouvrage même, ni si frère Gérard est l’auteur de cet ouvrage. Ailleurs, ils disent vaguement ; Scriptor Jmjus operis \ et ils l’accusent de se faire passer pour un des douze anges de saint François, envisagé comme un second Christs Le second document d’Anagni, qui n’est plus relatif à « l’Introduction », cite toujours les ouvrages de Joachim d’après leurs divisions propres, et mentionne comme distinctes les notes de Gérard. Ce qui résulte de Là avec le plus de vraisemblance, c’est que deux ouvrages furent censurés par la commission d’Anagni ; d’abord, V Introductoriwn , texte suivi composé par Gérard;
1. Ce passage est omis presque en entier dans d’Argentré. « Item qnod per virum indutum lineis intelligat Joachim scriptor hujusi operis probatur xxi. capitule, circa medium, per verba de quinqiie intelligentiisgeneralibus et septem typicis, ubi sicait : « Vir indutus lineis in aperlione mysteriorum leremiæ prophetæ : ecce, ait, præter liistorieum, moralem, tropologicum, etc... » Item xxii, circa principium, ita dicitur : « Ad quam scripturam tenetur populus terti status mundi, quemadmodum populus primi status ad Vêtus Testa mentum, et populus secundi ad Novum, quantumcumque boc displiceat hominibus generationis islius. »
2. «... Sic in principio tertii status erunt très similes illorum, scilicet vir indutus lineis, et angélus quidam habens falcem acutam, et alius angélus liabens signum Dei vivi (ici le ms. 1726 porte en interligne : scilicet sanctus Franclscus). Et habuit (d’Argentré « habebit ») similiter angelos duodecim, inter quos ipse fuit unus, ctsi Jacob habuit duodecim in primo statu, et Christus in secundo. »
ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL
en second lieu, unesorte de nouvelle édition, ou, si l’on veut, une série d’extraits des trois ouvrages authentiques de Joachim, avec des notes de Gérard*, soit à la marge, soit dans le texte même. C’est ce dernier livre que tenait à la main maître Florent, le promoteur de la commission, et dans lequel il lisait. Les deux lecteurs adjoints, au contraire, frère Bonvalet et frère Pierre d’Anagni, tenaient les œuvres mêmes de Joachim, vérifiaient les citations et distinguaient ce qui appartenait à Joachim de ce qui appartenait à Gérard. Quelquefois, en effet, les procès-verbaux d’Anagni semblent donner les paroles des deux auteurs comme indivises.
Un accord parfait existe, du reste, entre les idées contenues dans les notes de Gérard citées par la commission d’Anagni et les idées du Liber introductorius. Toutes ces notes sont écrites dans le sens de Jean de Parme et de la fraction exaltée de l’ordre de saint François. L’antipathie contre la papauté temporelle, la haine contre le clergé riche, la croyance que l’abomination finale viendra d’un pape mondain et simoniaque, la fixation de cette date fatale à l’an 12G0, la croyance que l’apparition de l’Antéchrist est proche
1. La forme glose est sensible en particulier dans des passages comme celui-ci : «... lllæ generationes valde brèves erunt, ut apparebitinferius in multis locis » (omis par d’Argentré).
JOACHIM DE FLORE
et que ce monstre s’élèvera de Rome, saint François désigné comme le rénovateur du siècle et Joachim présenté comme son précurseur, ce sont là autant de traits qui appartiennent, à n’en pas douter, à l’école qui, vers le milieu du xiif siècle, releva le nom de Joachim pour appuyer ses projets de réforme sociale et religieuse. Plusieurs des propositions de cette école, relevées pas Salimbene* et par Jean de Meung-, se retrouvent textuellement dans les fragments de Gérard dont nous devons la conservation aux rapporteurs d’Anagni.
Quant à la part respective de Jean de Parme et de Gérard dans la composition de VIntroductorium, nos documents ne disent rien à cet égard. Repassage où « l’auteur » se met au nombre des douze anges de saint François conviendrait mieux à Jean de Parme qu’à Gérard. Les rapports ne nomment que Gérard, sans doute parce que l’on voulut ménager le général des franciscains. Salimbene, de son côté, fait tout peser sur Gérard, et met beaucoup d’affectation à montrer comment l’ordre a su punir de tels écarts*. Il ne peut nier cependant que Jean de Parme n’ait été joachiniite décidé, et ne se soit créé par de telles