‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 72 sur 124 · D’Argeiitré, p. 165; au lieu de infime lisez in fine · texte numérisé non relu

D’Argeiitré, p. 165; au lieu de infime lisez in fine

3. D’Argentré donne mal ce passage. Il faut lire : « ... comparai vêtus Testamenlum primo cœlo, Evangelium Christi secundo cœlo, Eva'ngelium æternum tertio cœlo. »

i. A trio. D’Argentré donne à lorl sanctuario, d’après 1706.

Eï L’ÉVANGILE ÉTERNEL.

été une nuit étoilée, le second a été l’aurore, le troisième sera le plein jour. Le premier représentait l’hiver, le second le printemps, le troisième représentera l’été. Le premier était l’écorce; le second, la coque ; le troisième sera le noyau. Le premier portait des orties; le second, des roses, le troisième portera des lis. Le premier est représenté par l’eau, le second par le vin, le troisième par l’huile ; ou bien encore le premier par la terre, le second par l’eau, le troisième par le feu. Le premier est figuré par la septuagésime, le second par le carême, le troisième par les joies pascales*. L’Evangile du Christ est littéral, l’Évangile éternel sera spirituel, et méritera d’être appelé l’Évangile du Saint-Esprit. L’Évangile du Christ a été énigmatique, le nouvel Évangile sera sans paraboles et sans figures; c’est de lui que saint Paul a dit ; « Nous voyons 3> maintenant comme en un miroir et par énigmes, mais alors » (c’est-à-dire dans le troisième état de l’humanité) nous verrons s face à face 2. » La vérité des deux Testaments apparaîtra sans

1. Voir Concorde, 1. V, c. lxxxiv. Je suppose que beaucoup d’interpolations de Gérard se sont glissées ici dans le texte de Joachim.

2. Ce passage est mal donné par d'Argentré : « Item, x. capitulo,

D, dicit quod tertius status mundi, qui est proprius Spiritus Sancti, erit sine ænigmate et sine figuris ; unde, circa medium ejusdem capituli, ponit hæc verba : « Apostolus, I Cor., xiii, loquens de fide et caritate, distinguendo statum fidei, scilicet secundum statum mundi, qui ænigmaticus est, a statu caritatis, qui proprius Spiritus Sancti est et est sine ænigmate, figuravit duorum Testamentorum [differentiam], ut patet alibi, quia coraparando unum ad aliud dicit : Exporte cognoscimus et exporte prophetamus, et hoc quantum ad secundum statum outem veverit quod perfectum est, scilicet

tempus caritatis, quod est tertius slolo mundi, evocuabitur quod ex porte est, quasi dicat : Tune cessabunt omnes figuræ, et veritas duorum Testamentorum sine velamine apparebit; et statim subdit. yidemus nunc per spéculum, etc. »

JOACHIM DE FLORE

voile; les Écritures divines se diviseront en trois parties, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et l’Évangile, en entendant par ce mot l’Évangile éternel'. Ce dernier sera aussi obligatoire pour les hommes du troisième état que le Vieux Testament l’a été pour les hommes du premier état, que le Nouveau l’a été pour les hommes du second état, « quoique cette vérité, ajoutait-on, déplaise aux hommes de cette génération ».

» Trois grands hommes ont présidé à l’inauguration de l’.\ncien Testament, .\hraham, Isaac et Jacob, le dernier accompagné de douze personnages (les douze patriarches). Trois grands hommes ont présidé à l’avèuement du Nouveau T estament, Zacharie, Jean-Baptiste et le Christ accompagné de ses douze apôtres. De même trois grands hommes présideront à la fondation du troisième état, qui est celui des moines : 1 ’homme vêtu de lin (Joachim), l’ange portant la faux aiguisée (saint Dominique-?;, et l’ange portant le signe du Dieu vivant (saint François), par lequel Dieu a renouvelé la vie apostolique, et qui a eu douze apôtres comme le Christ.

1. D’Ai'gentré a omis presque tout ce passage ; « Item, xxviii. capitule, A, dicit Sacram Scripluram divisam in très partes, scilicet in Vêtus Testamentum et Novum et Evangelium, quod capitulum totum est notabile, et totuin legatur. Idem expresse habetur xxx. capitule, ubi dicit : « Hæc tria sacra volumina; » et codein capitule, D, dicit : « Alia est Scriptura divina quæ data est fidelibus eo tem- I) pore quo Deus Pater dictus est operari,et alia quæ data est cliris- » tianis eo tempore quo Deus filius operari dictus est, et alia quæ I) nobis data (d’.Vrgentré : « danda ») est eo tempore quo Spiritus I) Sanctus proprietate mysterii operatur (d’Argentré ; « mysterii » Triuitatis operabitur »)>).

2. Cette interprétation n’est pas donnée dans les manuscrits, sans doute parce que les censeurs dominicains n’auraient pas vu avec plaisir le nom de leur patriarche mêlé à ces systèmes dangereux.

ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL

L’an 1200 a été ainsi l’année de l’avènement des hommes nouveaux, l’année où l’Évangile du Christ a perdu sa valeur.

ï La doctrine de Joachim abroge l’.Vncien et le Nouveau Testament. L’Évangile du Christ n’a pas été le véritable Évangile du royaume; il n’a pas su bâtir la véritable Église*; il n’a conduit personne à la perfection Le règne appartient maintenant à l’Évangile étemel, qui, annoncé par la venue d’Élie, va être prêché à toute nation. Les prédicateurs de ce nouvel Évangile seront supérieurs à ceux de la primitive Église. A l’approche du jour solennel, ceux qui président à l’ordre des moines devront se détacher de plus en plus du siècle, et se préparer à revenir au peuple antique des Juifs. Le triomphe de l’ordre des moines, ajoutait-on obscurément, s’effectuera par un homme ou par quelques hommes qui en seront les représentants, et dont la gloire sera celle de l’ordre lui-même. Il s’élèvera de l’ordre des religieux un homme qui sera préféré à tous les autres en dignité et en gloire. Ce triomphe sera précédé du règne de l’abomination, c’est-à-dire du règne d’un faux pape simoniaque, qui occupera le siège pontifical vers lafiui du sixième âge du monde. « Cette tribulation, disait frère Gérard, sera telle qu’il n’y en aura jamais eu de semblable, et elle se produira aussi bien dans l’ordre temporel que dans l’ordre spirituel; elle aura lieu vers Tan 1260. Alors paraîtra l’Antéchrist. Puis, après un court intervalle de paix, commencera une tribulation pire encore. Celle-ci sera toute spirituelle et par conséquent plus dangereuse. >

A ces vues se rattachaient des calculs empruntés à

1 . « Nec ædilîcaloriurn ecclesiæ », et non « Nec æJilicatio », comme porte d’.Vrgentré.

2. « Quod Evangelium Christi neminem ducit ad perfectionem, » omis par d’Argenlré.

JOACHIM DE FLORE

Joachim sur les généalogies de l’Ancien Testament considérées comme prophétiques*, et un ensemble de prédictions où la haine contre l’Église de Rome et contre les puissances du siècle se donnaient pleine carrière. Tous les prophètes étaient appelés en témoignage pour annoncer la substitution d’une Église monacale et pauvre à l’Église officielle, la prochaine venue de T Antéchrist, l’abomination de la désolation trônant dans le lieu saint, c’est-à-dire l’avènement d’un pape mondain, qui introduirait dans les églises ses courtisanes et ses chevaux, enfin la ruine imminente de cette Babylone orgueilleuse qui se gorgeait des tribus du monde entier et persécutait les justes quand ceux-ci lui reprochaient ses impiétés. On racontait que Joachim, consulté par Richard Cœur-de- Lion sur l’Antéchrist, avait répondu qu’il était déjà né dans Rome, et qu’il y régnerait pour s’élever, comme dit l’apôtre, au-dessus de ce qui porte le nom de Dieu ^ D’autres disaient qu’il désapprouvait

1 . « Priiiius est error enumerandi carnales genealogias, » et non « annales » comme porte d’Argentré. Il faut lire ensuite : « Secundus est studium noscendi momenta et tempora eorum quæ venieut vel venerunt in secundo statu mundi per ea quæ veuerunt in primo statu mundi... »

2. Roger de Hoveden, apud Savile, Rer. angl. script., p. 681-82. — On attribuait à Joachim une réponse toute semblable, faite à Adam de Perseigne. V. Acta SS. Mail, t. Vil, p. 138-139; Hauréau, Hist. tilt, du Maine, 1, p. 29-33.

ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL

les croisades, parce que les infidèles étaient moins éloignés que les Latins de l’Évangile éternel*. A ceux qu’irritaient ces perpétuelles jérémiades il répondait, à ce qu’on assure : « Ceux qui haïssent le royaume du ciel ne veulent pas que le royaume du monde périsse; ceux qui n’aiment pas Jérusalem ne veulent pas la fin de l’Égypte L » Les plus fortes images de l’Écriture étaientûnvoquées pour peindre à l’imagination le châtiment des prélats mercenaires et la vengeance des saints. Les abus des richesses et du pouvoir temporel de l’Église étaient poursuivis avec une virulence que les plus grands emportements de la réforme ont à peine connue.

Telles étaient les pensées étranges qui fermentaient sous le froc de quelques moines, et qui, en 1254, osèrent se montrer au grand jour. Je ne sais si je m’égare sur la portée réelle de ces essais; mais, en voyant la persistance avec laquelle, sous une forme ou sous une autre, de telles idées se produisirent durant plus d’un siècle, et toujours au sein de la famille franciscaine; en voyant quelle corresponpondance elles avaient dans les hérésies, les mouve-

1. J. Wolf, Centenarii, p. 497. — Il est bien remarquable qu’en 1248, lors du départ de saint Louis, les joacliimites se montrèrent peu satisfaits. Salimbene, p. 102.

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