Salimbene, p
ments populaires, les révolutions politiques du temps; en voyant des sectaires exaltés déclarer que les Grecs schismatiques, les Juifs, les infidèles eux-mêmes, chez qui ils espéraient trouver moins d’opposition, valaient mieux que l’Église latine, dont ils désespéraient de triompher,je ne crois point exagérer en disant qu’il y eut là une tentative avortée de création religieuse. Il n’a tenu qu’à peu de chose ]ue le XIII" siècle, si extraordinaire à tant d’égards, n’ait vu éclore une religion nouvelle, dont l’institution franciscaine renfermait le germe; si cela n’eût dépendu que des membres fanatiques de l’ordre nouveau, le monde, de chrétien, serait devenu franciscain^. Nous allons voir comment ces prétentions échouèrent devant la rigueur scolastique de l’Église gallicane, la fermeté de la cour de Rome, le bon sens d’une société laïque qui commençait à naître, et surtout par l’impossibilité même des projets qu’on voulait accomplir.
Paris, où le nouvel Évangile choisit de naître,
1. Ainsi l’entendait certainement Guillaume de Saint-Amour ; « Jam sunt 55 anni quod aliqui laborant ad mutandum Evangelium Christi in aliud Evangelium, quod dicunt fore perfectius, melius et dignius, quod appellant Evangelium Spiritus Sancti, sive Evangelium æternum, quo adveniente, evacuabilur, ut dicunt, Evangelium Christi. » De peric. noviss. temp.,p. 38. (Opéra, Constantiæ [Parisiis], 1632.)
ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL. 293
était le point du monde le moins favorable à ses progrès. Ces rêves d’une perfection imaginaire, ces vagues aspirations vers un état idéal et surhumain, vinrent se briser contre le tour pratique de l’esprit français. On est surpris de la justesse et de la netteté avec laquelle les représentants de l’université de Paris à cette époque, les grands adversaires de la mendicité religieuse, Guillaume de Saint-Amour et Gérard d’Abbeville, aperçurent la portée sociale des nouvelles institutions monastiques *. Sans doute les religieux qui ne partageaient pas les théories exagérées des franciscains, et surtout les dominicains, qui, loin de les partager, en furent les plus constants adversaires % pouvaient réclamer avec justice contre l’affectation que l’on mettait à confondre la doctrine de la pauvreté monastique avec celle de l’Évangile éternel. Saint Thomas d’Aquin se montre presque aussi sévère que Guillaume de Saint-Amour dans le blâme qu’il inflige aux idées de l’école joachimite, et Guillaume de Tocco, son biographe, rapporte qu’ayant trouvé dans un monastère les ouvrages de l’abbé de Flore, il les lut en entier, souligna tout ce
1. Voir l’article de M. Daunou sur Jean de Parme {//isf. litt. de a Fr., t. XX) et surtout celui de M. Victor Le Clerc sur Guillaume de Saint-Amour et Gérard d’Abbeville {Ibid., t. XXI).