Salimbene, p
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qui lui parut erroné, et défendit impérieusement de lire et de croire tout ce qu’il avait ainsi annulé de son infaillible autorité ^
On ne peut douter que, dans la chaleur de la lutte, à un moment où l’on faisait arme de tout pour amener la condamnation de ses adversaires, l’Université n’ait saisi VÉvangile éternel comme une bonne fortune pour décréditer les religieux, de même que ceux-ci exploitaient contre l’Université le reproche d’aveiToïsme et le blasphème des Trois Imposteurs. Rarement la polémique s’interdit la déloyale manœuvre qui consiste à tirer parti contre une doctrine de ce qui en est l’exagération. Cette fois cependant, la calomnie n’était pas sans quelque fondement de vérité. L’abus de la logique et l’autorité accordée aux gloses arabes donnaient une certaine couleur aux accusations intentées contre l’Université. Il y avait, d’un autre côté, entre l’Évangile éternel et la doctrine de la pauvreté religieuse une affinité réelle, que les docteurs de l’Université reconnaissaient avec beaucoup de pénétration. La mendicité était devenue le prétexte des plus étranges doctrines. Guillaume de Saint-Amour ne cessait de prêcher contre les truands,
1. « Ubi aliquid erroneum reperit vel suspectum, cum lineasubducta damnavit, quia totum legi et credi prohibuit quod ipse sua docta manu cassavit. » Acta SS. Marlii, t. I, p. 667.
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les bonS'Valets et autres sectes de mendiants, qui disaient « que le travail des mains est un crime, qu’il faut toujours prier, que la terre porte bien plus de fruits parla prière que par le travail ». L’évêque de Paris, voulant donner à l’Université le plaisir de voir un moine convaincu des erreurs les plus graves, déféra au pape Alexandre IV V Introduction à V Évangile éternel. Le pape nomma la commission de trois cardinaux que nous avons vue fonctionner. Au mois de juillet 1255, fut prononcée la condamnation, dont les pièces préliminaires nous ont été conservées.
C’était une satisfaction que la papauté, suivant sa règle de sacrifier les extrêmes les uns aux autres, accordait à l’Université; mais, par égard pour l’ordre qu’une telle condamnation semblait frapper, le pape ordonna de brûler secrètement à Anagni le livre condamné, tandis que la sentence prononcée l’année suivante contre \e Depericulis novissimorum temporum de Guillaume de Saint-Amour reçut le plus grand éclata Cette digne Église gallicane n’en fut pas moins fière d’avoir arrêté les progrès d’une doctrine perverse, et crut avoir préservé la chrétienté d’un grand
1. Matthieu Paris, loc. cil. Fabricius remarque en effet que la condamnation de l'Evangile éternel n’est pas mentionnée dans le üullaire, tandis que celle du De periculis y est rapportée tout au long. {Codex apocryphus N. T., 2* édition, t. I, p. 337-338.)
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danger. Le sentiment de naïf contentement qu’elle éprouva de sa victoire se retrouve dans ces mauvais vers du poète universitaire Jean de Meung :
Et se ne fut la bonne garde De l’Université qui garde Le chief de la crestienté,
Tout eust été bien tourmenté Quant, par maulvaise intention,
En l’an de l’incarnation
Mille et deux cents cinq et cinquante.
N’est homs vivant qui m’en démente,
Fu baillé, et c’est chose voire.
Pour prendre commun exemploire,
L'ng livre de par le grant diable Dit l’Évangile pardurable.
Que le Saint-Esperit menistre Si com il aparoit au tistre...
A Paris, n’eut home ne feme Au parvis devant Nostre-Dame Qui lors avoir ne le péust A transcrire, s’il li pléust...
L’université, qui lors ière Endormie, leva la chière.
Du bruit du livre s’esveilla,
Ains s’arma pour aller encontre.
Quand el vit cet horrible monstre...
Mais cil qui là le livre mirent Saillirent sus et le reprirent *...
• Le coup qui frappa VÉvangile éternel ne pouvait
1. Roman de la Rose, vers 11994 etsuiv., de l’édition de Méon. Voir Historiens de la Fr., t. XXI, p. 78, 119-120, 698, 768; P. Paris, Chron. de St-Denis, t. IV, p. 374; Ancilloniana, 1698, I, p. 117-
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manquer d’atteindre les apôtres de la nouvelle doctrine. Bien que Jean de Parme eût eu la sagesse de rester dans l’ombre et qu’il se fût gardé, on peut le croire du moins, des exagérations de ses propres partisans, son zèle pour l’observation de la règle, sa sévérité contre les membres tièdes, lui avaient fait de puissants ennemis qui saisirent cette occasion pour le perdre. Un chapitre général tenu à VAra Cœli en février 1257 souleva contre lui les accusations les plus graves. On l’accusait de préférer la doctrine de Joachim à la foi catholique, et d’avoir pour amis intimes Léonard et Gérard, joachimites déclarés. Il fut forcé d’abdiquer le généralat. Un parti intermédiaire se forma entre la portion relâchée de l’ordre et la partie rigoriste : le mysticisme orthodoxe et réglé l’emporta en la personne de saint Bonaventure. Le premier soin du nouveau général fut de faire juger son prédécesseur et ses deux affidés Léonard et Gérard. Ges deux moines furent condamnés aux fers, au pain de la tribulation et à Veau de l'angoisse, c’est-à-dire à l’horreur d’une prison souterraine où nul ne devait les visiter. Gérard y mourut sans vouloir renoncer à ses espérances L On le priva
1. Salimbene, p. 102, 103, 233. Selon une autre version, Gérard fut délivré de prison par saint Bonaventure, dix-huit ans après, et Léonard y mourut. Fleury, Hist.eccl., liv. LXXXIV, n“27. Salimbene ne parle pas de Léonard.
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de la sépulture ecclésiastique; ses os furent enterrés dans le coin du jardin réservé aux ordures.
Quant à Jean, les sympathies que lui avait values son noble caractère et surtout l’amitié personnelle du nouveau général adoucirent sa disgrâce. Il obtint de choisir le lieu de sa retraite et opta pour le petit couvent de la Greccia, près de Rieti. Là, il vécut trente-deux ans dans une solitude profonde. Il garda ses opinions joachimites sans qu’on l’inquiétât. Deux papes songèrent même, dit-on, à le faire cardinal; les plus grands personnages de la cour de Rome venaient s’édifier près de luiL Vers 1289, il rentra un moment dans la vie active ; il voulut retourner chez les Grecs, à la réconciliation desquels il avait déjà travaillé dans sa jeunesse. Une maladie le surprit à Camerino, et il y mourut. Sa légende avait commencé de son vivant; elle se modela de point en , point sur celle de François d’Assise^ Des miracles s’opérèrent sur sa tombe; son parti fut même assez fort pour le faire mettre au rang des bienheureux.
Les joachimites, ses amis, à l’exception de Gérard, finirent tous comme des saints. Ghiscolo, à son lit