Salimbene, p
2. Ibid., p. 102, 103, 122, 129, 130, 131, Ul, 148, 227,233, 235,
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JOACHIM DE FLORE
sur les grandes divisions de Thistoire intellectuelle du moyen âge. Loin de présenter une ombre uniforme, comme on se l’est souvent figuré, la grande nuit qui s’étend de la ruine de la civilisation antique à la reprise de la civilisation moderne offre à l’œil attentif des lignes très claires, d’un dessin très lisible. La nuit ne dure réellement que jusqu’au XI' siècle. Alors a lieu une renaissance en philosophie, en poésie, en politique, dans les arts. Cette renaissance, qui d’abord se fait par la France, atteint son plus beau moment dans la première moitié du XIII' siècle; puis elle s’arrête. Le fanatisme, l’esprit étroit de la scolastique, les atrocités de l’inquisition dominicaine, le pédantisme de l’université de Paris, l’incapacité de la plupart des souverains amènent une complète décadence. Le xiv' et le xv' siècle sont pour toute l’Europe, l’Italie exceptée, de bas siècles, des siècles où l’on ne pense plus, où l’on ne sait plus écrire, où l’art s’affaiblit, où la poésie se tait. Un feu nouveau, cependant, couve au sein de l’Italie. La vraie et définitive renaissance se prépare; l’Italie fait une seconde fois pour l’humanité ce que la Grèce avait fait une première fois; elle retrouve les règles du vrai et du beau; elle devient la mairesse de tout art, de to ute science, l’éducatrice du genre humain.
ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL
11 n’y a pas de grand siècle sans mouvement religieux. La renaissance du xii' et du xiii" siècle eut ses tentatives de réforme. Le plus grand étonnement de ceux qui étudient de près l’histoire du moyen âge est que le protestantisme ne se soit pas produit trois cents ans plus tôt. Toutes les causes d’une révolution religieuse existaient au xiii° siècle; toutes furent étouffées. 11 arriva auxiif siècle ce qui serait arrivé au xvi% si Luther eût été brûlé, si Charles-Quint eût exterminé les réformés, si l’inquisition eût réussi dans toute l’Europe comme elle réussit en Espagne et en Italie. Des aspirations vers une Église spirituelle et un culte plus pur se faisaient jour de tous les côtés. L’Évangile éternel ne fut qu’une tentative entre plusieurs autres pour substituer un nouvel ordre religieux et social à celui qui était fondé sur l’autorité de l’Église établie.
De même que la renaissance italienne ne put se faire sans un souffle venant du monde grec, les mouvements religieux du xiir siècle furent aussi à beaucoup d’égards un effet de l’influence de l’Église orientale. En ce qui concerne l’Évangile éternel, je ne doute pas qu’il n’en faille chercher l’origine dans l’Église grecque. L’abbé Joachim, durant toute sa carrière, fut dans les rapports les plus intimes avec la Grèce. La Calabre, oû il vécut et oû son
JOACHIM DE FLORE
école se continua par une tradition à peine interrompue, était un pays à demi grec. Ses principaux disciples, les rédacteurs de sa légende, les personnages prophétiques avec lesquels on le met en rapport sont des Grecs*. Lui-même voyage en Grèce à plusieurs reprises, afin, comme on disait alors, de travailler à la réunion des deux Églises. Cette réconciliation est donnée comme la préoccupation principale de tous ceux qui relèvent de sa doctrine. Jean de Parme passa plusieurs années chez les Grecs, et, sur la fin de sa vie, voulut aller mourir parmi eux^ Toute l’école de l’Évangile éternel, depuis Joachim jusqu’à ïélesphorede Cosence, à la fin du xiv' siècle, n’a qu’une voix pour proclamer que l’Église orientale est supérieure à l’Église latine, qu’elle est bien mieux préparée à la rénovation qui va s’accomplir, que c’est par le secours des Grecs que la réforme triomphera de l’église charnelle des Latins, que cette réforme ne sera pas autre chose qu’un vetouv àV Église spirituelle des Grecs. La Grèce est le refuge des fraticelli chassés d’Italie par Boniface VUI. Elle nous apparaît à cette époque comme le pays idéal auquel songeaient tous les réformateurs. « Peut-être, dit Fleury, avaient-ils été frappés de quelques bons