‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 78 sur 124 · Cf. J.-M. Meyenberg, De pseudo-Evangelio æterno, 2 et · texte numérisé non relu

Cf. J.-M. Meyenberg, De pseudo-Evangelio æterno, 2 et

JOACHIM DE FLORE

elles-mêmes la plus grande analogie avec celles des hérétiques d’Orléans de 1022; or, ces derniers, M. Schmidt les rattache sans hésiter à l’Église cathare*.

Quoi qu’il en soit de ce point, il est impossible de douter que de telles idées de réforme ne répondissent à des besoins profonds. Même après leur condamnation, les idées joachimites continuèrent encore près d’un siècle d’agiter les esprits. Elles vivaient surtout dans le Midi de la France, où les écrits de la secte se copiaient avec activité et se passaient de main en main^. En 1200, un concile, assemblé à Arles par ce même Florent qui remplit les fonctions de promoteur auprès de la commission d’Anagni, condamne avec insistance les partisans des ternaires

Saint Antonin attribue à Amauri des doctrines tellement identiques à celles de l’Evangile éternel, qu’il faut supposer qu’il en parlait, non d’original, mais par induction etd’après un typeconvenu pour toutes les sectes empreintes de caiharisrne et de mysticisme

1 . Ilist. des Cathares, t. lor, p. 28; t. Il, p. 151, 287. — Voir dom Bouquet, t. X,p. 35, 536, etc. ; Cartulaire de Saint-Père de Chartres, t. I", p. 100 et suiv., et l’introduction de M. Guérard, p. 219 et suiv.

2. « Præsertim quum in partibus jirovinciarum quibus licet immcriti in parte præsidemus, jam plurimos etiam litteratos hujusmodi pliantasiis intellexerimus eatenus occupâtes et illectos ut plurirna super iis commentaria facta descripserint, et, de manu ad manum dando circumferentes, ad externes transfuderint nationes (Concile d’Arles en 1260, dans Labbe, t. XIV, col. 212). »

ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL

joachimites et ceux qui annonçaient comme prochains l’ère du Saint-Esprit, le règne des moines, la cessation des images, des figures, des sacrements. Cette même année, si longtemps annoncée comme fatale, vit en effet éclore plusieurs nouveautés, les folles tentatives de Gérard Ségarelle et de ses apôtres, la première épidémie de flagellants*. Jamais on ne vit un tel déluge de prophéties de toute espèce % ni tant de sectes de mendiants^ Le dernier écrit de Guillaume de Saint-Amour, qui date de la même époque, ce livre De Antichristo, qui nous est si bizarrement parvenu sous l’anagramme de Nicolas Oresme‘, est consacré presque tout entier à la réfutation des erreurs joachimites, contre lesquelles l’énergique défenseur de l’Université s’était si vivement escrimé quelques années auparavant. Partout on se préoccupait de l’avenir de l’Église, de ses épreuves futures. Les uns, dit Guillaume, annoncent avec l’abbé Joachim qu’une ère pacifique va s’ouvrir par l’avène-

1. Salimbene, 153-124, 228, 240; d’Argentré, Coll, jud., I, 367; Hist.litt. de la Fr., t. XXI, p. 477. Voir la pièce publiée par M. Boularic dans les Notices et Extr., t. XX, 2° partie, p. 235-237.

2. Salimbene, p. 234-235, 265 etsuiv., 284, 303, 308 et suiv.

Page 1