Ibid., p. 109-124, 241-212, 262,330-331, 371-372, etc
4. Voyez à cet égard la discussion de M. V. Le Clerc {Hist. litl. de la Fr., t. XXI. p. 470 et suiv.). — L’ouvrage de Guillaume peut selire dans Martène et Durand, Amplissima ôollectio, t. IX, col. 1273 et suiv.
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ment du Saint-Esprit et l’apparition d’un troisième Testament, où les hommes seront exclusivement spirituels. D’autres, frappés du refroidissement de la charité et des maux qui se multiplient de plus en plus dans l’Église, annoncent pour la fin des temps l’apparition de prédicateurs excellents, qui ranimeront la foi; d’autres enfin, promettant à l’Église de longs jours de paix et de prospérité, prétendent que sa vieillesse durera autant que ses autres âges et ne leur sera point inférieure. — L’inflexible recteur de l’Université se refuse à toutes ces hypothèses consolantes ; il consacre son livre à exposer les sombres théories de l’Antéchrist, les horreurs de la dernière persécution, le débordement d’erreurs qui précédera le jugement. La cessation de l’empire romain par le grand interrègne, l’arrivée de faux missionnaires (les mendiants) qui envahissent le champ des vrais pasteurs, l’aveuglement et la lâcheté des prélats, la translation de l’office de la prédication, la fausse sécurité où l’Église s’endort, la cessation des miracles, les progrès de l’infidélité, le refroidissement de la charité, et surtout l’annonce d’une loi nouvelle que l’on donne comme devant remplacer l’Évangile, paraissent à Guillaume les signes certains d’une catastrophe prochaine. Il s’élève â ce propos avec une grande force contre Joachim et ses disciples, contre
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ces ministres non du Saint-Esprit, mais de l’Antéchrist, qui osent dire que le Mane Thekel Phares a déjà été écrit sur les murs de l’Église, que les sacrements de la loi chrétienne vont finir, que le Saint-Esprit est encore à venir. Joachim n’a-t-il pas annoncé que, douze cents ans environ après l’incarnation du Christ, s’élèverait de Babyloneun chef nouveau, pontife de la nouvelle Jérusalem, c’est-à-dire de l’Église à son troisième état? Plus de soixante ans se sont écoulés depuis cette prédiction, et rien n’a paru*. Il n’est donc qu’un faux prophète.
Je sortirais du plan que je me suis tracé en essayant de suivre l’influence de l’Évangile éternel dans la deuxième moitié du xiif siècle et la première moitié du XIV® C S’il nous était donné d’écrire cette histoire, nous montrerions l’idée franciscaine et joachimite passionnant encore durant près d’un siècle une foule d’âmes enthousiastes; nous assisterions presque à son triomphe, quand la papauté est tombée entre
1. Col. 1333-84. Dans le De periculis novissimorum temporum (p. 38), Guillaume, exprimant une pensée toute semblable, dit 55 ans, ce qui reporte la composition du De Anticliristo cinq ans environ après celle du De periculis.
2. Un des plus curieux ouvrages écrits sous l’influence de la philosophie de Joachim est le traité de symbolique chrétienne composé par Jacques de Carreto,et contenu dans le n° 124 du fonds de Saint- Germain. Je signale ce volume singulier à quelque jeune paléographe.
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les mains du faible Pierre Célestin ; nous verrions le ferme successeur de ce pieux et incapable vieillard, Boniface VIll, réagir avec énergie contre les concessions de son prédécesseur, et la baine des fraticelli, inspirant les amères satires de Frà Jacopone, contribuer puissamment à la réputation que ce pontife a laissée *. Vers le même temps, un religieux exalté, Pierre-Jean d’Olive, rejirend dans le midi de la France les doctrines les plus révolutionnaires de Gérard de San-Donnino% soutenant que le renouvellement du monde est à la veille de se faire, et qu’elle s’accomplira par la règle de Saint-François observée à la lettre; que, de même que le crucifiement du Christ a ouvert une ère nouvelle, de même le moment de la stigmatisation de saint François a mis fin à l’Eglise charnelle et marqué le commencement d’un âge où la vie évangélique sera pleine-
1. Voir dom Luigi Tosli, Storia di Bonifaùo VIII, I, p. 183 et suiv., 188 et suiv. Les prophéties joachimites sur ce pape sont un
flot de haine : « Ecco l’huomo délia progenie di Scarioto Nero-
nicamente regnando, tu niorirai sconsolato Perché tanto desideri
il babilonico principato ?... »
2. Gui de Perpignan, en sa Summa de hæresïbus, identifie expressément les erreurs de Joachim et celles de Pierre-Jean. Voir les pièces publiées par le P. Jeiler, dans l'historisclies lahrbuch der Gorres-Gesellscliaft, lll, p. 618-65'J, et par 1e P. Zigliara, De mente concilii Viennensis in definiendo dogmale unionis animæ humanæ cum corpore (Rome, 1878), p. 106 et suiv. Comp. Zeitschrift fur Kirchengesch., t. VI (1883), p. 132-133.
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ment pratiquée ; que c’est par les vertus et les travaux des frères mineurs que s’opérera la conversion des infidèles, des Juifs, de l’Eglise grecque, destinés à prévaloir sur l’Église charnelle des Latins; que la règle de saint François étant vraiment la loi évangélique, il n’est pas surprenant qu’elle soit persécutée par l’Église charnelle, comme l’Évangile le fut par la synagogue; qu’il faut que l’Église charnelle, pour mettre le comble à ses crimes, condamne la règle de saint François; que cette loi alors, mieux accueillie par les Grecs, les Juifs, les Sarrasins, les Tartares que par les Latins, reviendra avec ces nouveaux auxiliaires pour écraser Rome, qui n’a pas voulu la recevoir; que cette Église communément appelée universelle, catholique et militante, est la Babylone impure, la grande prostituée, vouée à la simonie, à l’orgueil, à tous les vices, et finalement à l’enfer, de même que l’altière Vasthi a été répudiée et fhumble Esther couronnée. L’Église charnelle alors se desséchera, dévorée par la haine ardente qu’elle aura vouée à la doctrine des saints.
Nous verrions autour de Pierre-Jean d’Olive une foule d’hommes remplis d’un zèle ardent et pur prêcher plus fermement que jamais la réforme du monde par la pauvreté, et leur mémoire rester suspendue entre la canonisation et l’anathème, selon que l’ad-
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miration excitée par leur noble caractère ou l’horreur de leurs témérités l’emporte, hérétiques poulies uns, saints à miracles pour les autres. Bernard Délicieux, Tardent ennemi de l’inquisition, est un joachimite ardent Les mêmes prétentions relevées par Ubertin de Casai, Frà Dolcino, Michel deCésène, acquièrent une importance politique et sociale toute nouvelle par l’alliance de la partie exaltée de Tordre de saint François avec Louis de Bavière. Une fois encore nous verrions la question de la pauvreté diviser le monde chrétien, allumer des bûchers, créer un antipape; nous verrions un général des frères mineurs, Michel de Gésène ^ défendre la pensée francis^^aine contre la papauté, et chercher hors de TEglise un appui contre l’Église, qui le condamnait. Le tiers ordre de saint François nous paraîtrait comme le foyer principal d’où émanaient ces sectes, moitié religieuses, moitié laïques, dont l’ambition effraya l’Église et la société civile : béguins et béguines, fratricelles, frérots, hizoques (binzocchieri, frères bis, bisets), barbozati, frères pyes, frères agaches, frères aux sacs, frères de la pauvre vie, flagellants, lollards,