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JOACHIM DE FLORE
socialions populaires, les unes condamnant le travail, érigeant la mendicité en devoir, proclamant que la perfection serait d’aller nu, que la prière n’est efficace que quand on la fait nu, pleines de déclamation et de colère contre les riches et les hommes du monde; les autres déclarant qu’elles seules avaient le droit de faire descendre le Saint-Esprit par l’imposition des mains, qu’on ne pouvait se sauver que dans leur ordre, que les prélats de l’Église charnelle ne méritaient que le mépris, que tous les papes, depuis saint Silvestre, n’avaient été que des séducteurs, à l’exception toutefois de Pierre Célestin, que nulle excommunication ne pouvait les atteindre, puisque la règle de saint François est supérieure au pape et à l’Église. L’ordre de saint François, dans son ensemble, avait droit assurément de repousser la responsabilité de ces extravagances; cependant l’opinion qui supposait des liens de parenté entre les familles diverses de mendiants religieux reposait sur des fondements réels. La même confusion avait lieu pour les cathares, que la longueur de leur vêtement et leur extérieur austère faisait souvent ranger parmi les frères du tiers ordre sous le nom de bonshommes et de cagots. Que l’on parcoure les registres de l’inquisition de Toulouse et de Carcassonne*, on y verra
t. Ph. de Limborch, WiiL Inquis., cui subjungilur liber sen-
ET L’ÉVANGILE ÉTERNEL
lion sans étonnement que tous les condamnés de ce redoutable tribunal sont des frères du tiers ordre ou des béguins. On s’en tenait à l’extérieur et souvent à des indices plus légers encore, témoin ces inquisiteurs qui envoyaient au bûcher des malheureuXf suspects de catharisme, uniquement à cause de la pâleur de leur teint : auclierat enim eos solo pallore notare hœreticos, quasi quos pallere constaret, hœreticos esse certum esselK
On ne saurait se figurer, à moins d’avoir parcouru les documents originaux que nous venons de citer, l’importance que de telles sociétés secrètes et errantes avaient acquise dans le midi de la France. La corruption du clergé provoquait ces réactions, pires encore que le mal. Il est remarquable, en effet, que, chez les auteurs du temps qui nous ont réellement transmis l’écho de l’opinion publique, toutes
lentiarum Inquis. folosanœ ab anno 1307 ad 1323 (Amstelodami, 1692). — Baluze, Miscell., t. I*'', p. 213 et suiv. — Manuscrits de Saint-Germain, n“® 395, 396 (actes de l’inquisition de Toulouse, de 1285 à 1304, inédits), et plusieurs pièces de la collection Doat. Comparez ancien fonds, n° 6193. Étudier le procès de Bernard Délicieux (Hauréau, op. cit.). La bibliothèque de la Minerve à Rome possède beaucoup de pièces du même genre. Voir surtont les extraits de la Uractica de Bernard Gui, dans Molinier, U Inqumtion dans le midi de la France,
1. Gesla episcoporum Leodiensium, dans Martène et Durand, Ampliss. collectio, t. IV, col. 901.
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« les sympathies sont pour les béguins et les cathares : ï ceux-ci sont les saints et les purs, les prêtres orthodoxes au contraire sont les héré tiques Le même l'ail se produisait d’une manière non moins fra])pante en Lombardie. Milan surtout était devenu un centre redoutable d’hostilité contre l’Église. Le catharisme y était ouvertement professé. En 1280, la béguine Guillelmina s’y fit passer pour le Saint- Esprit, et après sa mort il se fit des miracles sur son tombeau. Au milieu de l’extrême complication des luttes de ce temps, il est d’ailleurs très difficile de tracer toujours avec certitude les limites des différents partis. Les contraires faisaient souvent alliance : c’est ainsi que nous voyons les cathares ouvertement protégés par les gibelins, et le parti franciscain exalté allié plus d’une fois à l’empereur contre le pape.
Mais ni ces coalitions trompeuses, ni aucun des stratagèmes par lesquels les sectaires cherchaient à donner le changea l’autorité, ne suffisaient pour les protéger. L’Église romaine, secondée par un ordre autrement discipliné que celui de saint François, ne cessa de poursuivre les associations populaires qui sortaient de la règle d’Assise. D’une part, elle essayait de régulariser les parties inoffensives de ces