Voir C. Schmidt, Ilist. des Cathares, t. I", p
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foules dévotes ; de l’autre, elles faisait aux parties séditieuses la terrible guerre de V immuralion et du bûcher. Ce fut par milliers que les frères du tiers ordre et les béguins furent brûlés dans le nord de ritalie, dans le midi de la France, en Flandre et en Allemagne, tandis qu’ailleurs ils passaient pour des saints, et faisaient arriver leurs adeptes aux honneurs de la canonisation populaire. Même contradiction dans les textes historiques sur le caractère de leur vie et de leurs mœurs. Ici on les présente comme des oisifs, se plaisant dans le vagabondage et la mendicité, livrés au plus ignobles dépravations ; là, comme des associations laborieuses, vivant de leur travail et dans une grande pureté de mœurs. Il est probable que, suivant les différents pays et selon les noms divers que recevaient les associations, de tels jugements avaient leur vérité. Ces pauvres gens n’avaient de commun qu’un vêtement analogue à celui des religieux mendiants, un air austère et dévot qui les faisait aimer du peuple, les rendait suspects aux gens d’Église, et les faisait railler des gens d’esprit et de qualité.
Le moyen âge appliquant le nom à' hérésie à toute déviation de la règle tracée par l’Église, on ne manqua pas de le leur appliquer. Ce mot ne doit pas faire supposer qu’ils eussent toujours une doctrine cachée
JOACHIM DE FLORE
et un symbole arrêté. Quelquefois, sans doute, des idées calliares, plus souvent encore les idées de l’Evangile du Saint-Esprit, sc cachaient sous le vêtement de ces petits moines ; mais le plus souvent leur hérésie n’était que dans le caractère dangereux ou suspect de leur manière de vivre. Après le milieu du XIV' siècle, ces associations ne sont plus que des confréries pieuses, assujetties à l’Église, réglées par elle, et c’est ainsi qu’elles se sont prolongées jusqu’à nos jours en Belgique, en Italie et dans le midi de la France. La pensée de réforme qu’elles renfermaient à l’origine, limitée sans cesse par l’Église officielle, par les universités, par la société laïque, fut ainsi étouffée ou bornée à un petit nombre d’adeptes, réduits à l’impuissance par l’esprit dominant de leur ordre et de leur siècle.
Ces aspirations vers un avenir religieux inconnu reparurent cependant encore par intervalles jusqu’au seuil des temps modernes, et même au delà. Le déplorable spectacle que présentait la papauté, à la fin du XIV" siècle et au commencement du xv% excita de nouveau les imaginations. Le prophète avignonnais Jean de Rocbetaillade rivalisa parfois avec Joachim de sévérité contre le haut clergé et de hardiesse chrétienne*. Un ermite de Calabre, Télesphore ou
I. D’Argentré, Coll jud., I, p. 374-76; Fleury, livre XCVI, 2 33.
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Théolosphore de Cosence, essaya de relever le nom de l’aulorité de son compatriote Joachim h Le matin du jour de Pâques de l’année 1386, comme il pleurait sur les douleurs du grand schisme et sur le déclin de l’Église, un ange lui apparut et lui ordonna de lire les prophéties de Cyrille et de Joachim, en lui annonçant qu’il y trouverait la prédiction des malheurs présents et de la fm que Dieu y réservait. Télesphore s’empressa 'de recueillir les prophéties de Joachim qu’il trouva répandues dans les monastères de Calabre, et écrivit un livre pour en faire l’application à son siècle. Il essaya de démontrer au moyen de ces mystérieux oracles que l’Église romaine était à la veille d’être exterminée par les Grecs, les Sarrasins, les Tartares, instruments de la colère divine, lesquels la purifieraient en lui enlevant les biens temporels qui l’avaient corrompue, — qu’à la place du faux pontife apparaîtrait un pasteur angélique, qui, unissant ses forces à celles de l’empereur, ferait fleurir par toute la terre l’Évangile éternels Ce sera le règne du Saint-Esprit, âge de
1 . Acta SS. Mali, t. VII, p. 139-140. — Meyenberg, De pseudo- Evangelio œterno, p. 21 et suiv. — Hist. litt. de la Fr., t. XXV, p. 257. — Extraits de Laporte Du Theil, t. IX, p. 100 (a» 1108 Ottobonien).
2. « Insurget sanctissima et nova religio, quæ erit libéra et spiritualis, in qua romanus pontifex dominabitur spiritualiter in omni gente a mari usque ad mare. Erit autem illud in tempore vel circa
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perfection et de bonheur, où disparaîtront les schismes et les scandales qui ont affligé l’Église aux siècles passés. L’intelligence alors sera pour tous, car la vie contemplative sera ouverte à tous, sans qu’on ait besoin du ministère des docteurs. Les Grecs et les Juifs, que la loi évangélique n’a pas eu la force de s’assimiler, se convertiront et surpasseront à leur tour l’ancien peuple latin en sainteté et en ferveur. C’était, on le voit, une reproduction pure et simple des rêves de Joachim, de Jean de Parme, de Pierre-Jean d’Olive.
En 1388, ces idées furent prêchées de nouveau à Paris par un certain Thomas de Pouille, lequel annonçait après mille autres l’avènement du règne du Saint-Esprit, la fin de la domination des prélats, et proclamait l’inutilité des sacrements. L’évêque de Paris, Pierre d’Orgemont, le livra au bras séculier; mais, depuis le règne de Charles V, le bon sens avait pris quelques droits dans le monde : les médecins le déclarèrent fou, et on ne brûla que son livreC Guillaume de Ilildernissem et les « frères de l’intelligence » renouvelèrent les mêmes doctrines dans les
tenipus persecutionis Babylonis novæ, id est Romæ, teinpore aiigelici Pastoris, qiiando afflicta nimis ecclesia liberabilur a jugo servitulis illius. »