‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 94 sur 124 · Cliap. XXIV · texte numérisé non relu

Cliap. XXIV

CHRISTINE DE STOMMELN

VU cet anneau, non pas peint sur la peau, mais inscrit dans la chair avec divers ornements. Tantôt on y voyait la forme d’une croix, tantôt le nom de Jésus-Christ tracé en lettres hébraïques, grecques, latines. Le maître d’école attestait la même chose.

Le 21 octobre, Pierre revint à Stommeln faire sa visite d’adieu. Il était à la lettre chargé de reliques. Le 24 au soir, eut lieu le dernier souper. Christine n’était pas triste comme d’habitude ; elle montrait même une certaine gaieté. En disant ses vêpres sous un arbre, elle avait reçu du Christ lui-même l’assurance que le voyage de Pierre serait heureux. « J’ai planté en moi votre amour mutuel, ajouta le Christ, et je le conserverai en moiC » Le lendemain, après la messe, on dîna. Pierre fit la collation sur Convertere, anima mea, in requiem tuam, quia Dominas benefecil tibi, et l’on se quitta en se recommandant à Dieu.

Les lettres recommencent à partir de cette date. De Lubeck, Pierre écrit au moins trois lettres, l’une à Christine, l’autre au maître d’école Jean, l’autre à Hillavanden Berghe. Il félicite le maître d’école de la faveur que Dieu lui a faite en lui confiant son tabernacle, son épouse. Il le compare à saint Jean, à

1. Ego amoreni vestrum mutuum iii nie plantavi, et in me eum conservabo.

CHRISTINE DE STOMMELN

qui Marie fui confiée. Avec quel bonheur, si l’Ordre leperineltail, il échangerait sa place contre la sienne! 11 le supplie d’écrire toutes les merveilles dont il sera témoin. La Suède va être pour lui un exil ; il y sera comme Adam chassé du paradis terrestre. La lettre à Hilla van den Berghe a beaucoup de charme. Il la complimente, sans nul embarras, sur sa chasteté et sa simplicité.

De Calmar (3 janvier 1280), Pierre écrit de nouveau à Christine, à Jean et aux béguines de Stommeln. La lettre à Christine est d’une mysticité plus ardente que jamais L Plusieurs évidemment souriaient de scs transports. «Eh bien! dit-il, que le monde crie, qu’il raille, qu’il médise, qu’il s’irrite; il ne m’empêchera pas d’aimer l’épouse de mon Dieu, de l’aimer pour son époux même^ » Nul danger qu’il aime (dirisline plus que le Christ ; car il est de règle que « ce pourquoi est une chose est plus que cette

1. Tous deux, ils peuvent dire Diligo et diïtgor. Se posant à la taeon scolasti([ue, la question : « Diligenda ergo est Christina ? » Pierre énumère les motifs, « quia expressa est Christi similitudo... lu verbis ejus Christus auditur — In præsentia ejus Christi figura cernitur... In convictu ejus Christus sentitur, et (ut cuncta brevi verbo concludamus) ecce Christus in ea omnia factus est vel potius omnia fecit. Acta. SS-, vol. cité, p. 328 et suiv., 416-417.

2. Clamet ergo mundus, irrideat, detrahat, irascatur et dehortetur, sponsam tamen Domini mei ex intimo corde ineo diligam propter sponsum ipsum.

CHRISTINE DE STOMMELN

chose' ». Christine est la voie qui l’a conduit à honorer, à aimer, à goûter le Christ. Pierre félicite Jean de ce que Dieu l’a constitué « domestique, secrétaire et chapelain de son épouse ». Il eût été si heureux, lui, d’une seule des trois charges !

Pierre reprend ses fonctions de lecteur à Wishy. Les lettres de Christine des années 1280, 1281, 1282 sont remplies par le récit d’épreuves démoniaques plus cruelles encore que les précédentes. .Maître Jean sert de secrétaire, et parfois raconte directement ces étranges accidents. Les démons arrivent à des excès vraiment incroyables : un jour, ils coupent la tète de Christine; ce qui n’empêche pas l’extatique de triompher d’eux, et d’avoir la force de souffrir le purgatoire pour le curé. Le maître d’école, loin de modérer son imagination , l’encourage à de vraies folies.

La pauvre tille a d’autres soucis plus sérieux : elle songe à placer - son frère Séguin et à le faire entrer dans l’ordre de saint Dominique. Tout le monde est devenu bien pauvre à Stommeln. Le maître d’école a perdu ses élèves ; il meurt de faim. Il va être ordonné prêtre; Pierre enverra de Suède les ornements nécessaires pour sa première messe.

Page 1