‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 95 sur 124 · Propter quoi! uiiumquodqiie, ipsum magis · texte numérisé non relu

Propter quoi! uiiumquodqiie, ipsum magis

‘i. Collocare.

CHUISTINE DE STOMMELN

Christine supplie de nouveau frère Pierre de venir. Sans lui, rien ne marche à Slommeln. Si le maître d’école est obligé de partir, que deviendra-t-elle? Tous deux songent à quitter le pays et à se retirer auprès des dominicains de Suède. Les dominicains de Cologne les aident, mais se font prier. Séguin entre dans l’Ordre le 29 août 1282; il a fallu pour cela l’intervention la plus active de Pierre. Le maître d’école et son frère voudraient bien aussi être admis. Mais, aux yeux des chefs de l’Ordre, les raisons administratives avaient évidemment autant de poids que les raisons tirées de la vocation des sujets. « 11 faut qu’il apprenne quelque métier utile, sans quoi son admission est fort douteuse . »

Pierre encourage tout à fait le désir qu’a Christine de })artir pour la Suède. Un gentilhomme suédois, ami des dominicains, avait deux sœurs, qui toutes deux avaient revêtu l’habit de Saint-Dominique. Elles furent longtemps seules en Suède à porter cet habit. L’une justement s’appelait Christine; elle est morte. Que Christine de Stommeln vienne, elle la remplacera. Le bon Suédois écrit de sa main à Christine, pour lever tous ses doutes. Deux sœurs, toutes deux béguines, lui offrent leur maison. Le couvent de dominicaines se fonde définitivement. Pierre redouble d’instances. Berthold, prieur de

CHRISTINE DE STOMMELN

Wisby, se joint à lui. Christine a sa prébende assurée; elle portera l’babit qu’elle voudra, soit celui qu’elle a maintenant, soit celui de l’ordre. Evidemment, Pierre avait réussi à inculquer à tous ses confrères de Suède son opinion sur la sainteté de Christine. A Cologne, les supérieurs paraissent trouver quelque danger à canoniser ainsi des personnes de leur vivant. Une des lettres qu’on lui adresse du couvent porte une suscription où l’on serait tenté de supposer quelque ironie : Chrislinœ in Slumhele, (rater... saluteni mentis et corporis. Il est remarquable, du reste, que les suscriptions des lettres de Pierre se font aussi, en ces derniers temps, beaucoup plus simples qu’elles n’étaient autrefois.

Pierre, devenu prieur de Wisby (fin de 1283), obtient que le frère de Christine soit détaché à son couvent. En 1285, il désespère de la revoir; il a la fièvre. La guerre allumée entre l’île de Gothland et le continent rend les communications impossibles. En 1286, l’espérance commence à renaître. Pierre annonce à Christine qu’il doit accompagner son provincial au chapitre général qui aura lieu (à Bordeaux) l’année suivante. Il visitera Stommeln au retour. Il espère y être vers le 24 juin. Quelques appréhensions se font jour dans sa lettre. La réserve que par moments lui avait témoignée Christine, à son dernier

CHRISTINE DE STOMMELN

voyage, lui était, à ce qu’il semble, restée sur le cœur.

Il est plus que probable que Pierre fit le voyage de Bordeaux en 1287. Le 1" juin de cette année, nous le trouvons à Louvain. De cette dernière ville, il écrit à ses amis de Stommeln. Ce voyage, entrepris pour leur consolation, l’a exténué; c’est lui maintenant qui a besoin d’être consolé par eux. Il boite gravement du pied gauche, ses forces sont épuisées; ce qui n’empêche pas qu’il espère les voir la semaine suivante.

Il réalisa sans doute ce projet, quoique aucun texte précis ne nousl’apprenne. Comme il est certain, en eflet, qu’il regagna Wisby, on ne doit pas supposer qu’il ait négligé de visiter un point qui se trouvait sur sa route et lui était si cher. La lettre de faire part de la .mort de Pierre, écrite de la main de son compagnon ordinaire, frère Folquin, et adressée de Wisby à Christine, s’est trouvée dans la correspondance laissée par cette dernière. Mais la date de l’année n’y est pas. Échard, qui, pour toute cette partie, corrige avec justesse les erreurs de Papebroch, croit que ce fut 1288. Le bon Folquin demande à Christine de le prendre désormais pour ami intime ‘

Page 1