‹ Nouvelles études évangéliquesChapitre 15 sur 36 · CATHOLICISME ET PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

CATHOLICISME ET PROTESTANTISME

Chacun de ces noms a deux significations, l*une traditionnelle, usuelle et vulgaire, l'autre plus étendue et plus philosophique.

Selon l'idée la plus répandue, le catholicisme et le protestantisme sont deux faits historiques, deux institutions actuelles, deux Églises, chacune en possession d'un certain domaine, chacune reconnaissable à de certains dogmes religieux et à certaines pratiques extérieures.

Le philosophe, qui reconnaît la présence de ces faits, et qui est obligé de leur donner des noms, ne se fait pas un devoir de leur en imposer d'autres que ceux que leur ont attachés les siècles, et un usage universel. Mais il va plus loin, et il observe que ces faits sont l'expression d'idées, expression contingente, arbitraire, muable, expression toujours plus étroite que le principe.

Le philosophe observe que le catholicisme et le protestantisme sont deux dispositions essentielles de l'esprit humain. Dans l'adoption de nos croyances de tout genre, ce qui nous détermine, c'est l'autorité ou la preuve. Chacun puise plus ou moins à ces deux sources de conviction; car il est presque également difficile de résister à l'entraînement de l'opinion dominante, et de ne pas lui refuser une partie au moins de notre liberté intellectuelle. Toute-

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fois on peut dire que, considérée sous le rapport des différents modes de croire, Thumanité se partage en deux camps. En fait, et comme de fondation, c'est l'autorité qui a le dessus. Beaucoup plus de choses se croient et se pratiquent sur la foi d'autrui que sur la foi des preuves. Est-ce que l'esprit humain se souviendrait confusément d'avoir cru autrefois sans preuves, alors que Dieu lui parlait au fond de son cœur dans une langue maintenant ignorée? Se souvient-il d'avoir jadis respiré la vérité comme il respire l'air qui l'environne; et, séduit par ce souvenir, va-t-il demander, par instinct, à des intelligences dégra-^ dées les convictions qu'il puisait sans effort, sans volonté peut-être, au sein de l'intelligence immortelle; ou bien faut-il simplement voir dans ce penchant un symptôme de paresse d'esprit, de lâcheté intellectuelle? Qu'il nous suffise d'avoir signalé ce penchant, qui nous porte à donner force au nombre, à nous armer de la foi d'autrui, à croire parce que d'autres ont cru (i); et appliquons à ce penchant le nom très convenable de catholicisme; nous retrouvons le catholicisme dans le berceau du genre humain et parmi les éléments actuels de la pensée humaine. Le catholicisme est vaste comme le monde, vieux comme notre espèce, et divers comme les applications de notre intelligence et les objets de nos convictions.

C'est à lui qu'appartient la légitimité dans le domaine de la science. Quiconque proteste contre ce hardi monopole est qualifié d'esprit indocile et rebelle. Mais de ces esprits, il s'en rencontre toujours. La chaîne de ces rébellions généreuses qui revendiquent les droits de la pensée individuelle ne s'est jamais interrompue. Jamais le monde n'a été vide de protestants. Socrate était protestant. Descartes

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