‹ Nouvelles études évangéliquesChapitre 16 sur 36 · CATHOLICISME ET PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

CATHOLICISME ET PROTESTANTISME

était protestant. Avant lui, Luther Tavait été, seulement dans une autre sphère.

Mais s'il y a toujours eu des protestants, le protestantisme n'a pas toujours eu force de doctrine et ascendant reconnu. Le catholicisme a longtemps tenu sous une dure servitude la grande majorité des intelligences , et les protestations n'ont été qu'individuelles et indirectes. Aujourd'hui (1) le protestantisme, au lieu de se borner à prendre ses réserves dans tel ou tel cas donné , s'est produit comme un large principe, applicable à tout ce qui est susceptible d'examen. Le protestantisme, en politique, en religion, en littérature, est le droit de s'isoler de la communauté des croyances, pour voir si l'on pourra s'y l'attacher, et jusqu'à quel point. C'est le droit de séparer sa fortune intellectuelle de la fortune indivise et des croyances publiques, pour la compter de nouveau et se rengager de nouveau, mais avec connaissance de cause, dans l'association. Le protestantisme, c'est l'individualisme dans la pensée. Le protestantisme, c'est une forme de la liberté.

Or, la liberté n'étant qu'un moyen, le protestantisme non plus n'est qu'un moyen. On ne se sépare pas pour se séparer, but contradictoire à toutes les indications naturelles et aux intentions visibles de la Providence. On se sépare pour se réunir; l'individualisme doit ramener au socialisme, le protestantisme au vrai catholicisme, la liberté à l'unité. Il y a deux erreurs, l'une des catholiques qui veulent l'être par anticipation, l'autre des protestants qui ne veulent pas devenir catholiques; l'une des partisans de l'unité sans la liberté, l'autre des sectateurs de la liberté sans l'unité.

Nous vivons dans le temps de la plus grande ferveur du protestantisme. Depuis la grande crise du seizième siècle,

(1) Ce morceau a été écrit en 1831. Quelques-unes des aUusions et des réflexions quMl renferme, s*expUquent par sa date. (JÊ<itfe«r«,)

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rien de pareil ne s'était vu. Après cette mémorable époque, l'esprit humain, comme s'il eût cédé à la loi de la pesanteur, était retombé plus ou moins dans ses habitudes catholiques; la religion réformée elle-même s'était comme encadrée dans l'autorité. Nous ne craignons pas de dire qu'autant que les souvenirs historiques et les circonstances le permettaient, les réformés étaient devenus de fort bons catholiques, et ils le sont encore presque partout. Mais la nouvelle crise , si la prévention ne nous abuse , est plus forte, plus large et plus profonde que la première. Visiblement le monde est protestant. L'Église romaine, ellemême, ébranlée dans ses fondements, cherche un appui dans le raisonnement, dans l'expérience, dans l'examen, et ment par là à son principe même. L'esprit critique a tout démoli en politique ; là moins qu'ailleurs encore on veut entendre parler de légitimité; et malheureusement, dans cette carrière surtout, on en est à l'œuvre négative ; on juge tout, on n'affectionne rien; l'enthousiasme et l'habitude n'ont pas encore jeté leur ciment entre les pierres déjointes du nouvel édifice. Le catholicisme de la littérature, l'école classique a succombé; le protestantisme littéraire, sous le nom d'école romantique, en a pris la place. Chose étonnante! telle est, en littérature, la violence de cette fièvre protestante, que par un extrême on retourne à l'autre en quelque manière. C'était religion de croire telle chose; c'est maintenant religion de ne rien croire; la liberté est comme imposée, et tourner des yeux de regret vers les anciens modèles, c'est une espèce d'hérésie.

Si quelque part on aperçoit une résistance sensible à cette tendance protestante, c'est dans l'Église protestante. Le catholicisme romain, pour se sauver, essaye de se faire protestant; les héritiers de Luther et de Calvin se font catholiques. Ils ne se considèrent plus comme les représen*

3S1 (ULTHOUfilSn BT PROTISTAimSUIS.

tants du principe de Tindépendance intellectuelle, mais comme propriétaires d'une Église compacte, caractérisée par des dogmes distincts et des croyances immuables, en un mot comme une religion, ce que le protestantisme n'est pas. Fille du libre examen, il s'en faut peu que cette Église ne désavoue son père. On entend parler, en Allemagne surtout, de la nécessité de réunir, de liguer (contre le catholicisme sans doute) les différentes familles de la religion protestante. On met au jour des projets d'association, de confédération, dont je ne sais point comprendre le but. Est-ce une ligue en faveur du principe de libre examen? Ce principe a vaincu. Est-ce une alliance pour la défense des doctrines? Ignore-t-on qu'à cet égard l'anarchie, mal déguisée par l'uniformité, règne dans l'Église de Luther et dans celle de Calvin? Ne voit-on pas quels éléments hétérogènes on veut contraindre à s'associer? Ne sent-on pas qu'une telle association ne serait plus la protectrice d'intérêts spirituels communs, et que par conséquent elle se trouverait, de force, réduite à la défense d'intérêts matériels? Et ces intérêts matériels, où sont-ils? Je ne les vois pas.

Certainement une confédération comme celle qu'on propose serait sans objet. Une association n'est concevable qu'entre des intérêts ou des affections de nature semblable. Ceux qui ont un même intérêt peuvent se confédérer; ceux qui éprouvent une même affection peuvent s'unir; hors de là l'isolement vaut mieux. Nous ne méprisons point les établissements religieux que nos pères nous ont légués; formés dans un esprit de foi, ils appartiennent à ceux qui portent dans leur cœur la même foi; ceux-ci ne sont point obligés de s'en détacher; ce serait sortir de chez eux; si quelqu'un doit s'en retirer, ce sont ceux-là seulement à qui cette foi est devenue étrangère. Mais nous ne voyons

GATHOLTGISIIE BT PROTBSTÂNtlSlCB. SCS

nulle utilité à des alliances factices, à des combinaisons artificielles entre des masses composées de mille éléments hétérogènes, sans aucun point commun, pas même celm des intérêts matériels, et contraintes de poursuivre ensemble un but qu'elles ne connaissent même pas.

Ce besoin d'unité extérieure, ce catholicisme faux, éton* nera bien davantage, si Ton prend garde qu'il s'allie, chez un grand nombre de ceux qui réprouvent, à rindifTérence religieuse, ou au scepticisme, ou aux divergences les plus considérables en matière d'opinions religieuses. On ne sau* rait trop admirer que l'unité religieuse ou, pour mieux dire, ecclésiastique, compte parmi ses défenseurs une multitude d'incrédules déclarés. Un faux protestantisme, qu'on y fasse attention, s'allie merveilleusement avec un feux catholicisme. Ceux qui sont protestants pour tout nier se font catholiques pour tout lier. Ennemis d'une liberté qui amènerait la lumière et d'une lumière qui promet de nouveaux combats pour leur âme, ils ont hâte qu'on enveloppe toutes les discussions religieuses dans le manteau d'une trompeuse unité; et ils regardent avec raison cette unité légale comme une capsule où le christianisme réel viendra se figer (1).

^1) Ce Tttra CasMux i

« Tout prolesUnt esi pipo une Bibl« k 1» maiOf »

est derenu faux. Une foule de protettanti proteitent contre la Bible même. Ifaif enfio ce vert i eiprimé une vérilé : le proletUnt véritable était pape uoe Bible à la main. Quant au chrétien, il ert pape une Bible à la main, la prière dant le ccittr* ci le SainU Esprit à sei côléa. Au rette, une observation trouve ici u pl<tM natu* relie. Risloriquemeut, le principe du protestautitme de Luther et de Calvin a été de n'admettre d*Butre autorite que celle de la Bible; msiSf philosophiquement* le principe emportsit davantage. Aussi, après avoir eiaminé le catholicisme an moyen de la Bible, ou a examine la Bible avec la raison. Plus tard, Kant est venu, qui a examiné la raison avec la raison même. Un protestant, à prendre ce mot dans toute la force de sa sîguiGcdtiou, est un homiiie qui examine avant de se BOtt*> mettre. On ? oit que noua n*allont paa si loin que récrivain qui profanait réeea*

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