CATHOLICISME ET PROTEST AI9TISME
Catholiques, vos dangers ne sont pas dans le protestantisme; protestants, vos dangers sont encore moins dans le catholicisme; et les uns et les autres, vous avez un autre ennemi; c^est l'athéisme qui, du sein de la confusion de toutes les idées et du tumulte de toutes les passions, élève sa tête hideuse et promène des regards satisfaits sur un siècle sans foi. Catholiques et protestants, tels que l'histoire vous a faits, ce n'est pas à vous qu'il appartient de former une ligue dans un but quelconque; la force de cohésion vous manque; vous n'êtes plus que les formes vides d^êtres autrefois vivants. Ni à vous, ni à la politique, ni à la science n'appartient le monde. Il appartient à la seule chose qui ait encore de la force dans le moment présent : au christianisme! Au christianisme, vrai catholicisme et vrai protestantisme de l'humanité; au christianisme, qui est tout à la fois la liberté et l'unité, dans toute la vigueur de ces deux nobles termes. C'est lui, puissance spirituelle, lien de foi et d'amour, communauté intime et profonde, c'est lui qui prépare la sainte ligue, la confédération sacrée que vous avez rêvée, cette confédération où le catholique, le protestant et le païen régénérés perdent leurs dénominations superficielles, pour n'être tous ensemble que les hérauts de la justice, le sel de la terre, et les messagers de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière.
ment qu*il esteontriire à la liberté de se soumettre après atoir examiné, et qae eeux qui examinent pour en -venir à croire, c*est-à-dire qui cherchent pour troiH Ter et qui marchent pour arriver, condamnent leur esprit à un esclavage honteax 1
n en est de beaucoup d'opinions, a dit un ingénieux écrivain, comme de ces rouleaux de monnaie qui passent en bien des mains avant que quelqu'un s'avise de les ouvrir et de les compter. La déclamation s'empare de toutes les vérités, et en efface les contours afin de les mettre à son usage; car les idées précises et bien terminées ne sont nullement son affaire. Ainsi en a-t-il été de cette grande vérité : que la persécution est la destinée, la gloire, et une des puissances de l'Évangile . Il y avait là un thème pour les déclamateurs, ils ne l'ont pas manqué; mais on n'avait pas besoin d'eux pour s'y tromper : la méprise était naturelle tout au moins, si elle n'était pas inévitable.
En effet, la persécution n'ayant pas été seulement l'occasion pour tous, mais la condition pour plusieurs, de manifester leur foi, de l'exercer, et même de la consommer, ce résultat a pu conduire bien des chrétiens à se demander si la persécution n'était pas un bien, et si ce n'était pas mal faire que d'en éloigner ou d'en prévenir les retours; si, par conséquent, il pouvait être permis aux hommes de foi de revendiquer la liberté comme un droit. Puisqu'il est certain, a-t-on dit, que les agressions injustes de la société ont donné lieu à cette réaction généreuse, puisqu'elles ont été pour l'individu l'occasion d'exercer sa
conscience, et même d'abord de la sentir, puisqu'on a vu rhomme moral et religieux grandir dans ces luttes douloureuses, est-ce que la suppression de ces violences, la paix jurée sur un horrible champ de bataille à. toutes les opinions religieuses, n'enlève point quelque mérite à leur manifestation, et même n'affaiblit point, par le défaut d'exercice, le principe qui les commande? Réclamer la liberté pour des croyances qu'on a vues se fortifier et s'exalter dans le combat, n'est-ce pas réclamer, sous le nom d'un avantage et d'un droit, une faveur funeste?
Mais, à notre tour, nous demanderons : L'adversité en général n'est-elle pas un creuset où l'âme s^éptrre; et puisque nos principales adîversîlés nous sont infligées par injustice des hommes, ne fàudra-t-il pas, par respect pour l'intention de Dîeu, nous interdire, soif pour notre propre compte, soit même pour le compte d'autpuî, toute résistance à Fin justice? Nous croyons que personne ne soutiendra cette thèse; maïs supposons qtfbn la soutienne, nous lui opposons, ainsi qu'à Tobjection phrs. particulière qui nous occupe spécialement, des principes que nous croyons avoir puisés dans l'Évangffe.
Le devoir n'est pas de tout souffrir, mais de tout souffrir pour le devoir. Quelquefois même le devoir est de ne pas souffrir. Dieu saura bien nous trouver, et ce qu'B nous enverra d'épreuves et de douleurs sera, sans que nous nous en mêlions, la juste mesure de notre besoin. Jamais nous ne munirons si bien Tes abords de la place quil n'y ait, eu quelque endroit connu de Dieu seul, une entrée pour la calamité. Munissons donc soigneusement les abords : Dieu n'entrera pas moins quand il lui plaira; et pour ne parler que d'un genre d'épreuves, la vérité est sûre de rencontrer joumeBement et hors de Fënceinte où te droit lui offre un asile, assez d^'bbstaclës^ d'inimitiés^
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de contrariétés douloureuses, sans eourir impetieinment au-devant ded persécutions proprement dites.
No«s estr-il permis d'ailleurs, fût-ee même à nos dépens, fM-ce même pasmement, de concout ir à ^injustice des bomnes et de iiods» en réjouir, et ne faisens^noos pas quelque chose de pareil, quand nous refusons, en tant cgae chrétiens, on représentants d^un^ intérêt qui ne nous est pas personnel-, de no«s prévaloir du droit?
n est très vrai que derrière la justice ou la loi, à laquelle BOUS avons reemtrs, il y a la force puMiqoe, force armée, tmile prête k soutemr la toi,- qm n»éme, sans elle, serait une vahie formule,, en si^vte qfii'eii vecouranli à ta loi, nous recourons à» cette force armée et consentons éventaellement à ce qu^elle se déploie et sévisse en notre fti^eur . N^est-ce pas nous mettre ew contraxfiction avec cette parole de tenture : or Les armes de notre milice ne sont point chsff* c nelles, » (â Cor. X^ 4.) et avec cette autre : « Ne résistez c point à celui cfci} vofts^ veut faire du mal? » (Matthieu, V, ».)
Noas répondîon» que le chrétien , en s'arrêtanl en tout cas à cette objection, nierait le gouvernement civil, dont la sanetion nécessaire est la force , et duquel FÉvangile' kd-même a dit, tf qu'H ne porte point Tépée en vain, i^ (Rom. xm, 4.) Gouvernement civit et contrainte légale sont des idées corrélatives, et qui veut Tun veut l'autre* Toute la question est de savoir si le chrétien, qui est autorisé, invité même à ne pas recourir à la force matérielle dans l'intérêt de sa personne, a également le droit de renoncer au droit quand il s'agit d'un intérêt dont il n'est que le représentant. Or, je ne vois rien qui l'y invite, rien même qui l'y autorise. Le droit, même avec son cortège de sanctions pénales, n'est point une arme charnelle : ce n'est que la justice armée, et, pour être armée, en estrclie
moins la justice? est-ce sa faute si elle est armée? et veut-on, pour lui maintenir sa pureté, qu^elle demeure à rétat de simple idée? Maintenir la loi et retrancher la peine, c'est nier que le gouvernement civil soit une institution divine, car il embrasse indissolublement la loi et la peine.
Le droit en lui-même est donc une chose pure. Quand le chrétien renonce, pour son compte personnel , à s'en prévaloir, il ne le méprise pas pour cela; chacun doit avoir la liberté de renoncer à son droit; mais ce serait mépriser le droit que d'y renoncer pour le compte d'un tiers, car alors ce serait renoncer au principe même du droit et professer du mépris pour le droit. Le chrétien , comme chrétien , c'est-à-dire comme représentant d'une doctrine ou d'un intérêt collectif, ne le peut. Mais s'il n'a pu obtenir que la loi fût appliquée à la défense du droit qu'il représente, ou que le droit qu'il réclame fût écrit dans la loi, il n'a plus qu'à souffrir, parce que non-seulement l'agression lui est sévèrement interdite, mais même aussi la défense, quand, au lieu de se faire au nom des représentants du droit (le gouvernement civil), elle se ferait contre eux. Tel est le respect du chrétien pour l'institution civile, que, ne pouvant lui accorder tout, il lui accorde tout ce qu'il peut, en se renfermant strictement dans les limites de la simple désobéissance.
Ajoutons que , si la persécution apporte des grâces que la paix ignore , la persécution a des dangers que la paix ne connaît pas. Dans le tumulte et dans la poussière du combat , les formes des objets s'effacent ou s'altèrent; l'esprit s'exalte et la chair s'exaspère, et si un côté, un hémisphère de la vérité se découvre alors à nous, il est bien à craindre que l'autre ne se voile. Livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes, mais surtout à nous-
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mêmes , nous aurons peine peut-être à nous déiendre de Torgueil.
Si la persécution subie a de tels dangers, quels seront les dangers de la persécution cherchée, ou , ce qui revient au même , ceux de la persécution à laquelle on n'a pas voulu opposer le bouclier du droit? Aucune tribulation ne nous est bonne, si, au lieu de nous venir de Dieu, elle nous vient de nous. Au lieu donc de réveiller la persécution quand elle dort, ou de la hâter quand elle tarde, les croyants doivent en éloigner les retours par tous les ménagements que comporte une entière fidélité; et pour être conséquents au même principe , ils doivent franchement réclamer la liberté et les garanties de la liberté.
Saint Paul était orthodoxe , je pense, et non moins zélé qu'orthodoxe. Eh bien, saint Paul recommande aux premiers chrétiens de prier pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité , « afin de pouvoir mener a une vie paisible et tranquille , en toute piété et honnêa teté. » (1 Tim. II, 2.) Saint Paul, lorsqu'on Ta lié et qu'on s'apprête à le flageller , dit à l'homme qui préside à cette exécution : a Vous est-il permis de frapper de verges un a citoyen romain sans qu'il soit condamné? » (Actes, XXn, 25.) et il échappe ainsi au supplice. Le même apôtre, comparaissant devant Festus, lui dit : a S'il n'est « rien des choses dont les Juifs m'accusent, personne ne « peut me livrer à eux : j'en appelle à César; » (Actes, XXV, 11.) et cet appel, selon toute apparence, lui sauve la vie. Et c'est lui pourtant qui avait dit : a Tous ceux « qui veulent vivre selon la piété seront persécutés; » (2 Tim. III, 12) et ailleurs : « Ce qui manque aux afilic- « tions de Christ, j'achève de le souff'rir en ma chair pour a son corps, qui est l'Église. » (Col. I, 24.) Comment donc cet apôtre l'entendait-il? Comme nous, j'ose le dire. Il