‹ Nouvelles études évangéliquesChapitre 20 sur 36 · PU JUGEMENT DES DOCTRINES PAR LEURS FRUITS · texte numérisé non relu

PU JUGEMENT DES DOCTRINES PAR LEURS FRUITS

sible à qui n'aurait qulionnéteté dans le cœur. Mais si une vraie connaissance emporte une exacte mesure, l'action de cet homme, ne donnant pas Texacte mesure de son état moral, ne fait pas très bien connaître cet homme ; en sorte que je ne peux pas dire en sens absolu : « Vous les conu naîtrez à leurs fruits. » L'habitude d'actions d'un certain ordre indique plus sûrement sans doute un certain ordre d'affections, une certaine direction de l'âme ou de la pensée; mais c'est encore une certitude relative et bornée. La correspondance, en certains cas, est bien loin d'être exacte. Le dernier fond de l'âme peut nous être déguisé plutôt que révélé par les actes extérieurs; les circonstances accidentelles, la situation, peuvent entrer pour beaucoup dans ces manifestations, et tel individu dont la vie n'en offre point de pareilles est l'homme dont ces manifestations-là exprimeraient le mieux le caractère et la personnalité.

Peut-être néanmoins est-il vrai qu'un homme se mesure à ses fruits , c'est-à-dire à l'ensemble de sa conduite. Mais le plus habile observateur est en défaut sur quelque point; et après tout. Dieu seul sonde le cœur et les reins. Ce n'est pas à dire que notre connaissance , pour être impai*- &ite, soit illusoire et inutile. Toute réserve faite, il reste vrai que nous connaissons un homme à ses fruits : car le mal ne peut naître du bien, ni le bien ne saurait naître du mal. Voilà du moins ce dont nous sommes certains; et, pratiquement, cela nous suffit.

Le jugement des doctrines par leurs fruits présente plus de difiScultés.

Qu'est-ce qu'une doctrine? Une idée ou un ensemble d'idées que les uns saisissent par l'esprit et le cœur à la fois, les autres seulement par l'esprit. La vie des premiers ne peut manquer d'être modifiée par leur doctrine; il n'en est pas de même de celle des seconds; ils peuvent porter

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d'autres fruits que ceux que leur doctrine semble réclamer : ils peuvent en porter de contraires. Leur vie donc ne saurait être le jugement de la doctrine qu'ils professent; la vie même des premiers n'en saurait être la mesure; car une doctrine vaut toujours plus ou moins que Thomme qui la professe; et plus elle est parfaite, plusses partisans, supérieurs peut-être au reste des hommes, lui seront pourtant inférieurs.

On peut disputer d'ailleurs sur la valeur des fruits. Leur excellence pourra être contestée , et non pas exclusivement par la mauvaise foi. On inculpera les motifs; on parlera des dédommagements secrets; on tirera de Tombre des taches inaperçues; ou, si la bonté des ifruits est reconnue, on en contestera Torigine. Le fruit ramassé sous cet arbre a pu rouler jusque-là du pied d'un arbre voisin. Ce que vous prétendiez attribuer au système , n'est peut-être que l'effet du bon naturel; et l'homme que vous admirez, aurait été, dans tous les cas, ce que nous le voyons être.

Pourtant on ne saurait nier qu'à la parfaite vérité correspond, en principe ; la parfaite vertu; mais c'est seulement en principe. Si cette correspondance devenait un fait, un fait constant et universel, il rendrait superflue, je le crois, toute preuve ultérieure de la vérité des doctrines. Ce miracle avéré, irrécusable, ferait croire à tous les miracles; comment trouver difficile de croire à l'infaillibilité d'une doctrine en présence de l'impeccabilité de ses partisans? Mais cette preuve de la vérité absolue d'une doctrine quelconque n'existe pas et n'existera jamais.

C'est là-dessus que repose la nécessité de l'apologétique formelle et peut-être aussi de toute la théologie.

C'est pour cela que les partisans d'une doctrine ne pourront jamais se contenter de dire : « Voyez nos œuvres, è

ou même : a Voyes les œuvres de nos adversaires. • En pratique, et comme moyen de persuasion populaire» rien ne peut valoir, comme introduction, la vue des œuvres et des fruits , rien aussi ne la suppléera. Elle constituera même, pour la plupart des hommes, une imposante présomption. Mais elle ne peut, en sens absolu, tenir lieu de la preuve qui résulte de la con^dération des doctrines. Bien moins encore peut-elle nous dispenser de Tétude des systèmes qui n'ont pas encore été appliqués et n'ont d'existence que dans l'esprit de leurs inventeurs. Ces systèmes, il fiuit donc les étudier en eux-mêmes , et l'on n'est pas reçu à dire : «Montrez-nous vos fruits, nous les apprécierons; mais nous n'examinerons point vos doctrines. »

n est encore plus évident qu'une doctrine ne peut réclamer notre adhésion sur la foi de ses promesses. Si elle venait nous dire : « Vous verrez un jour de quoi je suis capable, » nous lui répondrions sans doute : « Quand nous le verronS) nous croirons; » ou plutôt encore ; «Smis attendre ce que vous pourrez faire, nous allons voir ce que vous êtes» » Le jardinier n'a pas besoin de cueillir une orange sur un arbre pour dire : « Gel arbre est un oranger» a A l'arbre il connaît les fruits , tout aussi bien que mille autres connaissent l'arbre à ses fruits.

Raisonner dans un sens contraire , ce serait contester la légitimité et l'usage de l'argument à priori; ce serait même entamer le principe de la foi , qui » dans un certain sens, est une conviction à priori; ce serait, d'un même coup, arrêter tout le mouvement de la vie humaine, puisque , s'il fallait , avant de faire quelque entreprise , avoir vu, palpé les résultats, ne jamais croire aux résultats sur la foi du principe, en d'autres termes, ne jamais croire aux principes, il est trop évident qu'on resterait immobile. C'est donc un droit des doctrines d'être examinées en

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