‹ Nouvelles études évangéliquesChapitre 30 sur 36 · PAR SA PRÉSENCE · texte numérisé non relu

PAR SA PRÉSENCE

dans un cas particulier^ comment il se fait que deux éléments contradictoires se sont manifestés dans une même existence morale. Si Texplication se fait parfois attendre , elle finit cependant par venir; mais ici elle ne vient pas, et si elle venait, ce serait à la honte de Dieu.

[Dieu a pu permettre le mal, et avec le mal la contradiction, dans un homme. Mais qu'un homme soit dans toute sa conduite le modèle accompli de la pureté , de la vérité et de la charité ; qu'il ne laisse rien à désirer au delà de ce quil a manifesté; que, du consentement unanime, sa vie soit le prototype de l'excellence morale, tellement qu'on chercherait en vain dans l'histoire du monde une individualité qu'on puisse comparer à la sienne; et qu'avec tout cela cet homme ait menti, qu'il soit allé jusqu'au b^.asphème , que par une noire imposture il ait calomnié le Dieu saint : pour le croire, il faudrait commencer par croire qu'il n'y a pas de Dieu, ou par dépouiller Dieu de tout souci de sa gloire et de tout amour pour la vérité. Or nous n'en viendrons pas là. Il suffit de savoir que Jésus , parfaitement saint, s'est déclaré Fils de Dieu. Cette déclaration formelle, rapprochée du caractère qu'il a déployé, est en elle-même la preuve de sa divinité , et devait par conséquent l'être aussi pour Philippe.

[ 3. Jésus-Christ, en outre, a fait des œuvres, et il s'y réfôre : « Croyez-moi, » dit-il à ceux qui ne le croient pas, a croyez-moi à cause de ces œuvres; » (Jean, XFV, il. Voir aussi Jean, XV, 24 et Actes, II, 22.) c'est-à-dire : « Si vous ne pouvez, comme vous le devriez, croire par cela seul que je parle; si ma parole ne vous est pas, comme elle le devrait être , sa preuve à elle-même , tournez-vous du moins du côté de mes œuvres; voyez ce que j'ai fait; ce sont les manifestations d'une puissance qui émane de moi.

[ Ces œuvres, Messieurs, il ne faut pas se le dissimuler, un homme aurait pu les faire. Rien ne sert de distinguer entre certains miracles et certains autres miracles, entre la guérison de la cécité , par exemple , et la vie rendue à un mort; car rien ne prouve qu'un homme assisté de Dieu n'eût pu faire tous ces miracles, les grands aussi bien que les petits, si Ton veut parler de degrés, bien que le miracle, comme l'infini, ne se puisse mesurer. En fait, toutes ces œuvres avaient déjà été accomplies auparavant, et Jésus a déclaré que d'autres que lui pourraient encore les accomplir après lui. (Jean, XIV, 12.) Là n'est dcmc pas la question. Ce que nous affirmons, c'est que Dieu n'eût jamais laissé faire de telles œuvres, qui ne peuvent appartenir à des hommes qu'en vertu d'une exception formellement voulue de lui, par un homme qui aurait débuté par lui ravir sa gloire et lui dérober son nom. (Voir Jean, IX, 16, 31.) Si Dieu n'est pas vrai, si Dieu n'est pas Dieu, à la bonne heure. Encore restera-t-il alors un probité insondable à résoudre : Dieu n'étant pas, d'où peut venir cette apparition morale dont nous avons signalé la magnificence au commencement de ce discours? Si nous supposons, au contraire, que Dieu est Dieu, c'est-à-dire que Dieu est vrai, n'en résulte-t-il pas, comme nous l'avons dit, qu'il est impossible que la puissance des miracles soit donnée sans mesure à qui usurpe son nom ? Il faut donc choisir : ou prétendre que Dieu n'est point un Dieu jaloux , anéantir Dieu en anéantissant ses attributs, ou bien expliquer d'où vient une telle apparition morale.

[ 4. Mais Jésus-Christ va plus loin. Sa parole suppose que , n'eût-il rien dit de sa divinité , Philippe devait y croire. Sa seule présence manifeste sa divinité à tout esprit attentif et sincère. Combien plus devait-elle la manifester à Philippe, qui avait été longtemps avec Jésus-Christ!

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Philippe avait été appelé d'entre les disciples pour être apôtre, (Matthieu, X, 3.) et depuis lors il s'était trouvé auprès de son maître dans les circonstances les plus diverses; il Tavait vu sous tous les aspeets, dans les mon^ents sor lennels et dans les moments familiers, dans les moments difficiles et dans les moments faciles; durée, continuité, familiarité, rien n'avait manqué pour qu'il pût le bien connaître. Lorsque Jésus-Christ dit : « Il y a si longtemps que « je suis avec vous, » c'est donc comme s'il avait dit : « Il « y a si longtemps que je suis avec toi, Philippe. » Si la vue de Jésus-Ghrist doit sufiKre pour le faire reconnaître comme le Dieu étemel, Philippe avait été en état plus que personne de le connaître comme tel. Jamais moyens plus complets, occasions plus favorables ne furent accordés à qui que ce soit sur la terre.

[ Jésus-Christ ne dit pas : « Il y a si longtemps que tu étudies les prophéties, que tu calcules les dates, que tu apprécies les signes, que tu raisonnes et déduis, s^ Ce reproche aurait eu sa force; mais il lui dit seulement : « Il tf y a si longtemps que je suis avec vous. » Il suffisait donc à Philippe d'être avec Jésus-Christ. Cette unique circonstance, toute étude mise à part, devait suffire. Quiconque a été avec lui, alors même que Jésus-Christ n'eût pas déclaré sa divinité, doit le reconnaître pour le Fils de Dieu; sa seule présence est une révélation de sa divinité. Ainsi, sans étude savante, et même sans déduction, une évidence immédiate de la divinité de Jésus-Christ doit exister pour ceux qui ont vu Jésus-Christ. Cette parole est remarquable, et mérite d'autant plus notre attention que rien ne nous dispense de nous en fiiire l'application à nous-mêmes. Ne sommes-nous pas autant de Philippe à qui Jésus-Christ a dit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous? » Si nous

ne croyons pas à sa divinité, le même reproche tombé donc aussi sur nous.

[ Mais entendons-nous bien : il s'agit d'une croyance intime, d'un sentiment de cette vérité. Ce n'est pas encore y croire que de l'admettre comme un théorème ou d'y adhérer comme à une thèse. Cette manière tout intellectuelle de croire est plus facile, plus commune, mais elle importe peu. Il est aisé de saisir une vérité , de la comprendre, d'en être persuadé; il est moins aisé d'y appliquer son cœur. Pour une personne qui croit en conscience à la divinité de Jésus -Christ, il en est plusieurs qui n'y croient que de la tète. Ce qu'il y a de plus difficile et de plus rare, c'est d'y croire du cœur et de porter cette vérité au fond de sa vie. Cette sorte de foi est cependant la seule qu'il soit essentiel d'avoir; car si, ayant la croyance, nous n'avons pas le sentiment, si nous nous contentons de croire que Jésus-Christ est Dieu, sans le posséder comme Dieu , nous n'avons qu'une formule de plus dans l'esprit, sans que notre être moral ait fait par là aucune nouvelle acquisition. Elle reste hors de nous; et, en religion, toute vérité hors de nous n'est ni possédée ni connue. Pour que nous la possédions^ et même pour que nous la connaissions, il faut qu'elle soit une avec nous; sans cela, on a le bruit de la connaître, et on ne la connaît pas.

[La vérité dont il est question ici, n'est rien moins que la présence de la Divinité en nous. Dans la religion catholique^ grande et vaste erreur, grand et vaste symbole, on a le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. C'est une erreur pernicieuse; mais l'idée à laquelle elle se rattache est une grande vérité : c'est que Jésus-Christ, comme Dieu, doit être éternellement présent dans le monde. La croyance à la divinité de Jésus-Christ,

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