‹ Nouvelles études évangéliquesChapitre 34 sur 36 · LE PÈB£ 6L0EI9IÉ · texte numérisé non relu

LE PÈB£ 6L0EI9IÉ

n est un sens dans lequel la gloire de Dieu ressemble à la nôtre, qui ne dépend pas uniquement de notre volonté ni de ce que nous sommes, mais de la volonté des autres et de ce que nous paraissons à leurs yeux. Dieu n'habite point dans cette seconde lumière, qui est pourtant bien sa lumière, mais qui n'est pas inaccessible comme la première; Tombre, les ténèbres, la nuit y peuvent pénétrer. Il a voulu cette seconde gloire, puisqu'il nous a créés; il nous a créés en quelque sorte pour l'avoir. Jusqu'à la création, il ne se regardait qu'en lui-même; depuis la création, il se regarde en lui-même et en nous ; mais toujours sa gloire est de se regarder : elle lui vient de lui, soit qu'elle demeure en lui, soit qu'elle sorte de lui pour revenir à lui.

[ Dieu, en créant l'être libre et pensant, a prétendu se glorifier hors de lui ; il a voulu se glorifier dans notre liberté, dans notre obéissance et dans notre félicité. Notre liberté, notre obéissance, notre félicité font sa gloire, c'està-dire cette partie de sa gloire qu'il a voulu placer hors de lui et pour ainsi dire dans notre dépendance. Gardonsnous d'oublier, chers auditeurs, qu'il est une gloire hors d'atteinte et que rien ne peut entamer, auprès de laquelle le diamant le plus pur et le plus dur est trouble et mou; mais ce n'est pas d'elle que nous parlons ici : nous parlons de cette gloire réfléchie, extérieure en quelque sorte, et que Dieu daigne placer et chercher en nous; or cette gloire se compose de ces trois éléments : Dieu^e glorifie par notre liberté, par notre obéissance et par notre félicité.

[ Dieu se glorifie par notre liberté. Toute créature émanant de Dieu sert à sa gldre, parce qu'elle émane de lui; mais entre la créature privée de liberté et la créature libre, il y a un espace que ni l'œil ni la pensée ne peuvent mesurer; elles n'ont rien de commun si ce n'est d'avoir été créées. Dieu n'a accopipli son œuvre, Dieu n'est arrivé

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au terme de ses créations, Dieu ne se repose, que lorsqu'il a en&nté la liberté, que lorsque la liberté divine a créé la liberté humaine , que lorsque la liberté souveraine a créé la liberté dépendaurite , que lorsque Dieu s'est donné un semblable. Au delà , nous le pouvons dire hardiment , il n'y a rien; car il se peut sans doute qu'au-dessus de l'hooune il y ait des êtres mieux doués, plus richement pourvus; mais que sont-ils essentiellement? Libres et spirituels comme l'homme, égaux par là à l'homme, et la supériorité qu'ils peuvent *avoir sur lui. n'est rien auprès de cette profonde égalité ; avec elle tout le reste n'apparaît plus que comme des nuances. Il n'est donc pas nécessaire que nous nous arrêtions à la différence entre l'homme et l'ange, ni à celle entre l'ange et le séraphin : quelle que soit la hiérarchie des intelligences, ses degrés perdent* de leur importance en regard de la liberté commune à toutes. Dieu, en créant la créature libre, a atteint le sommet des créatures. Dieu ne peut créer son égal ; car, par cela seul qu'il est créé , tout être créé est inférieur à son créateur.

[ Mais créer l'être libre ne serait pas glorieux pour Dieu, si cet être libre n'était pas fait pour obéir et s'il n'obéissait pas. La liberté n'est que le commencement de l'œuvre, le piédestal de la statue, la base et la condition de l'obéissance. La liberté est le moyen, l'obéissance du cœur et de la volonté est le but; la liberté est nécessaire pour obéir; hors de la liberté, l'obéissance n'existe plus et il n'y a même plus d'usage pour le mot. Mais si la liberté n'a de sens ni de but que par l'obéissance, ce sont deux idées corrélatives, ce sont comme les deux pôles d'un même axe, et nous n'avons pu dire que Dieu se glorifie dans la création de l'être libre qu'en présupposant que cet être libre fera usage de sa liberté pour obéir à Dieu.

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[Enfin 9 Dieu se glorifie dans notre félicité; car a Dieu « est amour. » (1 Jean^ IV, 16.) Dieu se renierait lui-même, si, voulant créer, il ne créait pas des êtres heureux. Se renier et se contredire est incompatible avec sa gloire; la gloire de Dieu, c'est d'être semblable, d'être fidèle à luimême. Or la félicité de la créature se trouve dans son obéissance, comme l'obéissance trouve sa base dans la liberté. Il n'y a pas d'autre félicité que celle dont l'obéissance est la base et le fond. Tout le reste n'est qu'accessoire et insignifiant^ tout le resté n'est que symbole. Ce que nous appelons vulgairement bonheur n'est que l'image de la félicité véritable, qui consiste dans l'union avec Dieu, laquelle n'est autre chose que l'obéissance . Nous aurions donc pu nous borner à nommer le second des trois éléments par lesquels Dieu se glorifie en nous; car il comprend les deux autres, l'obéissance, ainsi que nous l'avons fait voir, supposant la liberté et renfermant la félicité. Dieu a donc satisfait à sa globe en créant un être libre qui lui obéit.

[ L'obéissance , c'est l'union de la créature avec Dieu. Cette union doit être nécessairement intime ; elle ne peut pas ne pas l'être ; on ne peut la concevoir autrement; elle est intime ou elle n'est pas. Ce n'est pourtant pas l'unité, car il y a deux termes : le Créateur et la créature. Dieu et l'homme; c'est l'union. S'il y avait unité, il n'y aurait ni obéissance ni liberté. Dieu qui se contemple et se voit en lui-même, a voulu (qu'il nous pardonne ces expressions indignes de la vérité et de nos propres pensées ! } se voir et se contempler en nous; et c'est là sa gloire : sa gloire est die se voir. Ceci nous ramène à ce que nous avons dit. Dieu se voit en lui-même et il se voit en nous, c'est-à-dire dans l'être libre qui lui obéit. L'être libre, obéissant et heureux, est un miroir de Dieu où Dieu se contemple ; la gloire de Dieu est la réflexion dans ce miroir d'un rayon divin,

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à la fois chaleur et clarté, feu et splendeur ; et c'est ainsi que rtiomme, en se servant de sa liberté pour obéir et en trouvant dans Tobéissance la félicité, devient un miroir qui réfléchit la gloire de Dieu.

[Mais ce miroir a été brisé, et c'est Thomme qui Ta brisé. Il a Eût usage de sa liberté pour le briser, et en le brisant il a perdu sa liberté. Je me représente un petit enfant qui, de son poing fermé, brise un miroir et se blesse tellement la main qu'il ne pourra plus jamais s'en servir. La liberté de l'homme a brisé le miroir, et elle est restée dans les débris du miroir brisé. L'homme, en .cessant d'obéir, non-seulement a cessé d'être heureux , il a cessé encore d'être libre. Il n'est plus libre et, pour surcroît de malheur, il croit l'être. Il n'a plus qu'une fausse liberté qui lui donne, le change sur la véritable. Le miroir est brisé, et l'homme cessant de glorifier Dieu, Dieu en est réduit à sa propre gloire : il ne se voit plus hors de lui, mais seulement en lui.

Supposons, pour un instant, messieurs, que Dieu, sans cesser d'être Dieu, soit moins parfait qu'il ne l'est en sagesse et en charité; en d'autres mots, supposons l'absurde : que ferait-il s'il était inférieur à lui-même et s'il ne consultait que ce que nous appelons le droit? Il jetterait au rebut les débris du miroir cassé; il répudierait l'humanité; il renoncerait à cette partie de la création; l'homme disparaîtrait de l'ordre des choses, et, point capital, nous ne trouverions en nous aucune objection à cette détermination de sa volonté. Ou bien encore, toujours dans la supposition que nous avons osé faire, s'il était Dieu et pourtant pas Dieu, il pourrait, ce qui paraît moins raisonnable, rapprocher les débris sans les réimir; c'est-à-dire, au lieu du miroir, se contenter de la poussière du miroir; et çà et là, dans cette poussière, quelque foible reflet, quelque loin-

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