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huDaîn. Mais si vous participez à la condition d'Adam, si TOUS êtes les héritiers de sa déchéance et les complices de sa faute, si vous vous reconnaissez capables et coupables du crime qui renferme tous les crimes, si vou^^ convenez que Faction d'Adam votre père est, sous une forme différente, la même absolument que celle ^\ peuple juif dans ce jour de funeste et glorieuse mémoire, alors, comment osez-vous dire que le supplice de Jésus^hrist est un crime juif, un crime que les Juifs tout seuls étaient capables de commettre? a Regardez au rocher duquel vous avez été « taillés et au creux de la citerne dont vous avez été tirés,» (Ésaie, LI, 1.) et sans doute alors vous direz : Autant la vérité compte d'ennemis, autant Jésus-Christ compte de meurtriers; autant de fois il reparsdtrait sur la terre, et en quelque lieu que ce pût être, autant de fois et partout Jésus-Christ serait mis à mort.
Vous n'allez pas dire, je m'imagine, que les choses se fussent passées autrement ailleurs. Si vous parlez du détail, qui en doute? mais aussi qu'importe? J'ignore quels outrages eussent été, ailleurs, épargnés au Fils de Dieu, ou quelle forme ils eussent revêtue. Chaque peuple, chaque siècle a son génie, et les formes de la méchanceté, comme celles de l'erreur, sont infiniment diverses. Mais partout où l'homme est l'homme, le cri funeste : Ote, ôte ! eût retenti infailliblement, et le Fils de Dieu eût péri. Les hommes diflèrent entre eux, les peuples diffèrent entre eux; mais rien ne ressemble plus à un ennemi de Dieu qu'un autre euiemi de Dieu. Prenez-en un parmi les savants, un autre parmi les simples, ce sera la même chose, sinon que les savants haïront mieux, sachant mieux pourquoi ils haïs* sent. Prenez-en un parmi les caractères violents et atrabilaires, un autre parmi les caractères paisibles et froids, ce sera la même chose, si ce n'est peut-être que les se-
eonds remporteront quelquefois sur les premiers par la fureur avec laquelle ils crieront : Ote, ôte, crucifie ! Parmi les ennemis de la vérité, les plus flegmatiques sentiront, à sa rencontre, leur sang bouillonner; et de même que, sur le chemin d^Emmaûs, le cœur des disciples brûlait au dedans d^eux en entendant Jésus-Christ leur expliquer l'Écriture, eux aussi, en la lui voyant accomplir, leur cœur brûlera au dedans d'eux, non d'amour, mais de haine. Les plus honnêtes, les plus vertueux selon le monde , se montreront , dans certains cas , aussi emportés contre Jésus-Christ que les plus licencieux et les plus déréglés. Ce jeune homme, nommé Saul, qui fut complice de la lapidation d'Etienne, qui ne respirait que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur, (Actes, IX, 1.) qui ravagea l'Église , entrant dans les maisons et traînant de force les hommes et les femmes en prison, (Actes, VIII, 3.) était sans reproche à l'égard de la justice de la loi, (Philippiens, III, 6.) en sorte qu'en tout pays il eût passé pour un homme d'une moralité distinguée. Sur tout autre terrain les différences subsisteront. Ici elles s'effacent. L'immensité de l'objet les emporte, il s'agit de s'appartenir ou de ne pas s'appartenir, de se donner à Dieu ou de se garder à soi-même, d'abdiquer ou de régner, d'être ou de n'être pas. A partir de là , je cherche en vain pourquoi donc il ne pourrait pas y avoir ailleurs qu'à Jérusalem des Caïphe qui détestent la vérité, des Judas qui la trahissent et des Pilate qui la livrent. Je descends le cours des siècles, et dès le premier pas je les retrouve. Il est vrai que je ne retrouve pas Jésus-Christ; mais la preuve n'en est que plus forte ; car son Église, en laquelle il revit, étant moins parfaite que lui, devait, ce semble, être moins haïe; mais de même qu'il a le nom de son Église écrit sur la paume de sa main, (Ësaïe, XLIX, 16.) elle a sur la paume de sa main
le nom de son époux; on la reconnaît à cette marque^ on ?oit Jésus-Christ en elle; on la poursuit, on la flagelle, on la crucifie comme si elle était Jésus-Christ. Jésus-Christ, €D certains temps, accorde à son Église Thonneur de souffrir comme il a souffert. Faut-il vous raconter les persécutions et les supplices des fidèles, depuis Etienne jusqu'à Jean Hus, depuis Jean Hus jusqu'aux néophytes de Madagascar et aux chrétiens d'Otaïti? Cette horrible histoire roule en flots de sang à travers les dix-huit siècles qui nous séparent de son berceau. Jésus-Christ, dans la personne de ses amis, est mille et mille fois remonté au Calvaire. Et quand on n'a pas pu l'y ramener, car enfin Dieu voulait exercer son Église et non la détruire, on l'a du moins amené au Prétoire, lié, conspué , flagellé, couvert d'une pourpre dérisoire. Quand on n'a pas pu le livrer aux bourreaux, on l'a livré à l'ignominie, on l'a mis au pilori! Chose étrange 1 signe merveilleux! on a mêlé aux affronts les hommages. Les peuples, courbés à ses pieds par une force inconnue, ont prononcé avec adoration son nom trois fois béni; les rois de la terre ont fait de lui, malgré lui-même, leur allié, et, s'il n'eût tenu qu'à eux, ils en eussent fait leur complice; un monde entier s'est intitulé chrétien, et a semblé répéter dans un autre sens que les Juifs le vœu mémorable : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » enfin, on ne peut le méconnaître, quelque chose de la loi divine du Christ a pénétré dans les lois humaines et jusque dans les mœurs; mais l'eau amère a coulé avec l'eau duuce par une même ouverture; (Jacques, III, il.) d'une même bouche est sortie la bénédiction et la malédiction; et toutes les fois que Jésus-Christ a reparu dans la plénitude de sa nature et de son autorité, comme le Médiateur, comme le seul nom qui ait été donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés , le grand nombre s'est dé-
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tourné de lui, la multitude a crié ou munnuré : a Nous « ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. » (Luc, XIX, iA.) Nous ne voulons pas que celui-ci nous sauve. Sur quoi, je n'ai plus qu'une chose à vous demander : Les choses étant ainsi, dites-nous quel serait le sort de Jésus- Christ reparaissant personnellement sur la terre? N'y aurait-il pour lui sur la terre plus de Prétoire, plus de Gethsémané, plus dé Calvaire ? Et aurez-vous bien le courage de dire qu'on n'entendrait plus à son sujet la multitude crier comme jadis . Ote, ôte, crucifie ! mes frères, il faut que nous ajoutions encore cette question douloureuse: Nul de nous, nul de ceux qui sont ici présents, ne crierait-il aussi : Ote, ôte, crucifie?
Mais ce cri, si vous ne le poussez pas, vous l'entendez du moins. Il est exhalé, tous les jours, par une multitude de voix. On ne dit pas : Otez, ôtez Jésus-Christ; il est absent; Dieu l'a ôté; Dieu ne le rendra pas à la haine des hommes. On ne dit pas : Otez, ôtez les disciples de Jésus- Christ; le moment n'en est pas venu; on n'oserait. On ne dit pas même : Otez, ôtez l'Église extérieure qui montre gravé sur ses portes le nom de Jésus-Christ; non, au contraire, adoptez-la, gardez-la, et gardez-la si bien qu'elle ne puisse faire aucun mouvement que vous n'ayez permis, et que le monde puisse croire qu'elle n'existe que sous votre bon plaisir, par votre force et de votre fait; mais on dit, les uns tout haut, les autres tout bas : Otez, ôtez, crucifiez le christianisme, et si on ne le dit pas, on fait mieux, on le livre, de mille et mille façons, à l'ignominie. C'est encore crier : Ote , ôte ! Et que faut-il donc ôter, insensés que vous êtes? Voudriez- vous ôter du ciel ce soleil par qui nous avons la lumière et la chaleur, par qui les fruits et les moissons mûrissent, par qui l'océan est autre chose qu'un immense glacier, et la terre autre chose qu'un ca-
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davre immense, sans qui, pour tout dire en un mot, tout ce qui vit serait mort? Jésus est le soleil du monde des e^ts. Il n'y a sans lui, dans la vie humaine, que ténèbres, que désespoir. Nulle route pour aller à Dieu, nulle connaissance de Dieu, nulle consolation solide, nulle espérance, et pour unique direction de la vie, le hasard, la fimtaisie, et les impulsions les plus contradictoires des instincts les plus opposés. Quiconque peut désirer d'éteindre ce soleil est Tennemi de Thumanité, et ne saurait avoir, même dans ce monde infernal où Ton ne sait que haïr, de plus impitoyable , de plus cruel ennemi de son propre bonheur. Le prince du mal, dans ses souhaits meurtriers, n'a jamais pu souhaiter à une créature de Dieu rien de plus horrible, rien de plus funeste que ce que cet homme (si c'est un homme) souhaite aux hommes et à soi-même 1
Après tout ce que les siècles ont vu, après tout ce que TOUS entendez presque chaque jour, oserez-vous bien ddre qull n'y a pas dans le monde, encore aujourd'hui, des honunes qui crucifient autant qu'il est en eux le Fils de Dieu et le livrent à l'ignominie? Oserez-vous prétendre que, sIIs eussent vécu à Jérusalem, il y a dix-huit siècles, on oe les aurait pas vus se joindre à cette multitude insensée, ou que Jésus-Christ, revêtant une seconde fois une chair mortelle, et paraissant au milieu d'eux , serait à l'abri de leurs outrages? Je cherche en vain sur quoi vous pourriez appuyer ces suppositions et ces espérances. Car l'homme est toujours l'homme, et Dieu est toujours Dieu. Entre llionune pécheur et le Dieu saint, il y a toujours la même distance. La lumière divine blesse toujours aussi douloureusement les yeux qu'elle ne guérit pas; et les hommes civilisés ne sont pas moins disposés à s'écrier et ne s'écrient pis avec moins d'emportement que les peuples les plus
IM LES GOMFllGBS M LA QRIWtFIXtON.
iftttTages : « Brisons ces Uens^ et j9totis loin de nous ce6 c cordes. » (Psatinke II, 30 Jésus*Ghrist ne verrait qu'une diSérence entre ses ennemis juife et ceux que je suis obligé d^àppeler ses enhemis chrétiens^ ou, si vous le voulez, entre ses anciens et ses moderne^ persécuteurs, c'est que, paritii les premiers^ plusieurs s'iknaginaient, en le persécutant^ rendre service à Dieu^ (Jean, XVI, &.} tandis que ntel des seconds ne peut avoir et n'a cette pensée. La leur Attribuer ne pourrait étre^ au point oA nous en somhies, qu'uile raillerie du plus mauv^tis goût. Rendre service à INeu ! Ëh t qui, parmi eux^ se soiicie de Dieu le moins du niondCj et surtout de rendre service à Dieu? Os n'bseraient pÀ8 même vous dil*e qtillë veulent rendre service à l'humanité : cette parole, s'ils essaimaient de l'articuler^ s'arrêterait sui^ leurs lèvres. Ils n'b^raient pés davatita^ dire ni penser que c'est à eux-mêmes qu'ils Veulent rendre service : Us savent trop bien qtilAu terme de cette guerre, encore qu'ils fussent vainqueurs (et je ne pense p«s qulls l'espèrent) il n'y a pour eui ni gloire ni paii. Ils savent Men^ au fend du cœur, {{n'en Mant Jésus^hrist da mondes ils dépouillent l'huthanlté et se dépouilli^t eaiméme^. fit que ^vons-nous st quelques-un^s, en aecret, ne B'iivt>uédt j[tos Ibt^te la portée de leurs actes, et si, à l'avertissement d'un Gainaliel t « Pt^nez gtirde qu'il ne se ^ tiK^dvé que VOUS làvez fait la guerre à Ikeut » (Aeles, Y, m.) m be seraient pas tentés dé répondre : Tais*U»i, vieil insensé! ne vois-tu pas que c'éet justement ce que nom
louions?
Quoi i^u'il en sôit, tnes Mres, si la vérité peut avoir des ennemis, le Fils de Dieu ia des ennemis, et comtoe ce qai est parikit ne peut être ni faiblement aimé, ni fliiblement haï, les ennemis du Fils de Dieu sont tout prêts, l'occasion leur en étant donnée, à devenir ses meurtriers. Jésus-
Christ eut jAdis^ il a encore, il aura toujours diss perséeutett». Terrible pensée, méitie pour ceux qui le persécutent; car vous chercheHez longtemps avant de trouver un homme à (pii nluspire pas une véritable borreu^ la pensée d'être l'ennemi de Jësus-Gbridt; Mais, à vottie compte j mes MreS) (}u'^voil6-Uoui prétendu tàvh^ en vous prouvant que JénMSuîst a des ennemis, qui^ tous lès jours encore j et de tout leur pouvoû^j lé crUdfieht et le livrent à l'igno* «ittlet Est-ce Votire haine ou votre pitié que nOUS VOUS demandons pour eUk? et, n'ayant pas craint de prendre la défense dés JUlfe, IreculeroAs-nôUs devant la pensée de nous flilre l'avocat dé ceux dont la fureur insensée dresse Mjourd'bitf de nouveau une drôix à l'Ami des hommes^ Ah! pouVOns-nous craindre de nous égarer eii suivant ^exemple du ftauveUr, et en dîsattt, du fond de notre ab^ jwtlotti cômme'lui du haut de soft trône sanglant : « Père, t pMdonné^leUr, car ils ne savent 6e qu'ils fontt J) Car, à les prendre en général, ils ne saveht ce qu'ils font; él leur igttorance n'est pas tout entière à leUr charge; d'autres ttl partagent âVec eux la responsabilité, éi qui sait, mes frèl^, fi vous et moi n'en répohdh)ns )pas devant DléU? Qui sait s'il n'en est pas, dans le nombre, qui se seraient laissé Instruire si on l'eût bien voulut Qui sait si, de ces bouches qui s'outt*ent au blasphème , des louanges et dés cantiques ne «'élèveraient pas vers lé Christ? Savons-nous, tftacun d'eux, si. Jusqu'à ce jour, il a tehU k lui d'en sawir davantage, et si tes idées que, de botttte heute, on lui t données de Jésus-Christ et du christianisme, tt'en ont pis Mt pour lui de tristes et hideux (kntômest Bavonsnous si Jésus-Christ ne les attend pas, comme salttt Paul, wr te chemin de Damas ; si nous ne veifohs )[yas plusleul^ d'entl^ eux, de pet'sécuteurs, devenlt apôtres; si, pout tout dire en un mot, les derniers ne seront pas les pre-
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miers, et les premiers peut-être les derniers? Et quoi qu'il en soit, mes frères, la colère de Thomme n'accomplit point la justice de Dieu. La colère de Fhomme est toujours injuste. Ce qui est juste de sa part, ce qui lui sied, ce qui lui sert, c'est d'avoir pitié des autres comme on a eu pitié de lui. Qu'il défende au lieu d'accuser. Qu'il s'empare avec bonheur^ à l'appel de Dieu lui-même, de cette fonction de défenseur officieux où le Juge suprême lui permet, si l'on peut dire ainsi, de suppléer Jésus-Ghrist : a N'y auraa t-il personne, dit l'Éternel dans le prophète, n'y aura-t-il «personne pour intercéder? (Ésaïe, LIX, 16.) Jésus- Christ a répondu à cet appel : nous, ses disciples, n'y répondrons-nous pas? Ne voudrons-nous pas, appuyés sur lui, intercéder comme lui? Trouverons-nous autre chose dans nos cœurs qu'une compassion douloureuse et des prières ferventes pour des hommes qui, s'ils sont aveugles et. injustes, ne sont que ce que nous avons été, que ce que nous sommes naturellement, et le sont à leur dommage et à leur perte? Bannissons de notre cœur tout autre sentiment, renonçons à tout autre office; et à mesure que nous voyons des infortunés faire la guerre à Dieu, prenons la justice et la miséricorde pour ceinture de nos reins; combattons le combat de la charité; intercédons auprès de Jésus-Christ pour ses ennemis, et, si j'ose le dire, auprès des ennemis de Jésus-Christ pour celui dont, après dix-huit cents ans, ils font encore leur victime. Au lieu de mesurer notre colère à leur crime, faisons de leur crime la mesure de notre pitié; que leurs torts nous rappellent d'abord les nôtres, si facilement et promptement oubliés; et, dans la confusion de cet humiliant souvenir, que nos larmes coulent à la fois sur notre infidélité, sur la leur, et sur la bonté de Dieu, qui n'a point de plus cher dessein que d'eifacer l'une et l'autre.