‹ Nouvelles études morales sur le temps présentChapitre 13 sur 36 · NOUVELLES ÉT0DE6 MOtlALËS · texte numérisé non relu

NOUVELLES ÉT0DE6 MOtlALËS

minrci.'Oii croit avoir renoncé enfiti à l^nàourpropre; c'est l'instant où Féneloû vous m<mtt& que, sous une forme nouvelle et à votre insu, il triomphe. Défiez-vous des attendrissemients extrti^ ordinaires, des élans, des ravissements' en Dieu. II n'y a là souvent qu'une, illusion de l'amourpropre, qui se croit privilégié. Les vraies lumières même sont à craindre, car on s'y attache avec une complaisance subtile et secrète : elles font insensiblement un appui et une propriété; elles empêchenft la nudité et le dépouillement que Dieu demande des âmes avancées. De là vient que ces dons lumi^ neux ne sont d'ordinaire que pour des âmes mé' diocrement mortes à elles-mêmes, au lieu qù& celles que Dieu mène plus loin outre^passent par simplicité tous ces dons sensibles. — Vous souffla de ces langueurs de l'âme que les mystiques appellent des sécheresses ou stérilités spirituelles. Vous avez tort de vous en affliger. Si vous saviez mieux aimer Dieu, vous rechercheriez moins la jouissance dans l'amour. — Et ici intervient une psychologie d'une incroyable subtilité : Qu'est-ce que vous voulezaimer? Est-ce le plaisir deTamour ou le bien-aimé? Si ce n'est que le plaisir de l'amour que vous cherchez, c'est votre plaisir et non celui de Dieu, qui est l'objet de vos prétentions. On impose souvent à soi-même dans la vie intérieure. On se flatte de chercher Dieu, et Ton

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ïïefehferche que soi. Comme on ne tient à Dieixqw pari© plaisir^ on ne tient plus à lui quand la sOBTte du plaisir tarit. que l'amour est pur qufmd il se soutient sans aucun goût sensible!épie Tamour soufifrant* sur le Calvaire est audessus de l'amour enivré sur le "Eiabor 1

Quand Fénelon parle, sa rare finesse nouspénètf e, sa- dialectique nous désarnre. Quand Bôssuet lui répond, sans le nommer jamais , dans ses Lettres de piété et de direction, toute rillusion des raisonnements fins tombe devant la clarté souveraine du bon sens. Le grand évêque estime que ce sont là d'inutiles agitations de pensée, d'ingénieur et funestes scrupules. Les mystiques se trompent ou ne s'entendent pas eux-mêmes, quand ils croient que la délectation empêche ou diminue le mérite. La source du mérite, c'est la charité, c'est l'amour. Imaginer un amour qui ne porte point de délectation^ c'est imaginer un ammu/r sans amener: Il est vrai qu'il ne faut pas s'arrêter aux vertus et aux dons de Dieu, et saint Augustin a dit que c'est de Dieu qu'il faut jouir; mais enfin il ajoute aussi que c^est par ses dons qu'on l'aime, qu'on s'y unit, qu'on jouit' de lui. Les mystiques raffinent trop sur cette séparation des dons de Dieud'avec lui. Il faut plus de simplicité de cœur, plus d''abandon surtout. On peut souhaiter l'attrait, comme on peut souhaiter l'amour où il porte; on peut souhaiter la délecta-

tien comme une suite et comme un motif nouveau de l'amour. Qu'on ne se mette donc pas en peine de ce que c'est que le pur amour ; le propre de cet amour, c'est de se cacher soi-même à soi-même ; quand on le sent, ordinairement on ne l'a pas ; quand on l'a, on ne sait pas ce que c'est ; car alors on se tait, on ne sait qu'en dire, et on ne peut en parler , si ce n'est dans certains élans que Dieu envoie lorsqu'on y pense le moins. Tous ces sacrifices impossibles, exigés par les mystiques, ne sont que de pieuses extravagances. C'est une espèce de folie de souhaiter d'aller en enfer, à condition d'y trouver l'amour de Dieu. D vaut bien mieux chercher ce saint amour où Dieu l'a mis.

Telle est la saine doctrine que Bossuet oppose inflexiblement aux nouveautés cruelles du pur amour. U rend à l'âme le droit de se sentir vivre ; il la réintègre dans sa juste propriété. Du reste, Vinhumanité de Fénelon est toute dans sa doctrine. Personne de plus humain que lui et de plus doux dans les formes et dans la pratique de la direction. Il y apporte une patience angélique, je dirai plus, une sorte de condescendance familière et presque d'affectueuse égalité. Suivez-le dans sa longue correspondance avec Mme de Montberon, la plus chère des âmes qui lui sont confiées. Il la gouverne suivant la rigoureuse théorie du pur amour. Mais à part la doctrine, il prend plutôt dans ses lettres

le ton d'un ami que d'un maître spirituel. Il ne se fait pas faute de marquer les détails les plus précis sur son intérieur, et de confesser ces défauts dont on ne. doit l'aveu que dans l'échange le plus intime de l'amitié. Il a l'air de ne pas craindre que ces confidences abaissent son caractère et diminuent son autorité. Déjà, dans une sorte d'examen de conscience retrouvé parmi les lettres de Fénelon, il s'accusait avec une franchise singulière. Mais rien n'égale la précision de ses aveux dans la correspondance avec la pénitente bien-aimée. C'est peu d'être irrégulier, négligent, manquant d'attention et de délicatesse. II y a une page entière où il me semble entendre comme le cri navrant d'un désespoir qu'une admirable piété seule comprime. C'est dans une lettre du 20 novembre 1701 que se trouve cette confession douloureuse : « Je n'ai rien à vous dire aujourd'hui de moi ; je ne sais qu'en dire ni qu'en penser. Il me semble que j'aime Dieu jusqu'à la folie, quand je ne cherche point cet amour ; si je le cherche, je ne le trouve plus. (Remarquons en passant comme cela donne pleinement raison à Bossuet.) Ce qui me paraît vrai en le pensant d'une première vue, devient un mensonge dans ma bouche, quand je le veux dire. Je ne vois rien qui soulage mon cœur, et si vous me demandiez ce qu'il soufifre, je ne vous saurais l'expliquer. Je ne désire rien ; il n'y a rien que j'espère ni que j'envisage

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Avec complaisance. >Mon état ne me pèse poûil;, et Je suis tourmenté de mille bagatelles. I>'un auire côté, les moindres bagatelles m'amusent^ mais.le ocœun demeure sec et languissant. Dans le moment qtAef écris ceci^ il me paraît que je mens. Tmit ge ^br(Miille. Dajis ces . changements perpétuels, je.ae sais quoi ne change point, ce me>semble. » Il.ya dans cette page quelque chose de désolé. Quelle profonde analyse d'un cœur accablé et d'une raiaon qui doute d'elle-même : Dans le moment que ,f écris ceci, il. me paraît que je mens. I Quel est donc le vent d'orage qui a passé par là? Si uneangélique piété ne défedid pasFâme de ces désolations intérieures, faut-il i^'étonner que tant d'âmes s'abatctent, à qui tant point, d'appui a manqué dansk la vie, la raison et la foi ?

Il y a bien de la condescendance dans le seul acte d'écrire cette lettre à une femme, à une pénif tente. Parfois on» serait tenté d'oublier qu'il s'agit d'une correspondance spirituelle, tant les analogies et les réminiscences profanes se présentent naturellement à l'esprit. Si ce n'était manquer de respect aune sainte mémoire coinnme celle de Fénelon, on serait tenté de sourire en .assistant à ces scènes perpétuelles de jalousie. C'est le Dépit amoureux ijoué dans les plus hautes sphères de la pure spitritualité. Nous n'avons pas besoin de dire que tous ces dépits viennent d'un seul côté; mais Fénel(Mi

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a peut-être le tort, tout en. r^rimandant sévèiieiiûieat madame de Montberoja,. de souffrir trop loDgt^mps ses écarts. Il faUait,la, guérir de $es,iqiag|oati/ms en rabandomadnt à d'autres na^ain^, Quî» plus sévères ou moins aimées, l'auraient plus aisément maintenue sous le joug. Mme de Montberon mêle trop sensiblement à ce commerce spirituel des défeuts et des passions de femme; elle a june sensibilité maladive d'amour-proprQ, un esprit ombrageux et toujours porté au soupçon, une pente à la jalousie qui remporte au delà de, toutes Jes bornes. Fénelonn'est occupé qu'à la rassurer, à calmer les ombrages de cette. affection toujours ârritée; il essaye de la ramener doucement à lui. Il proteste dans les termes les plus affectueux de 5on dévouement pour elle : « Dieu voit, dit-il„que

je.ne saurais aimer en, lui une sœur plus cordialement, et que je donnerais ma vie pour vous; il voit combien vos peines, m'affligent et à quel point je souhaite de les guérir. » Vains efforts I à chaque instant, ce sont de nouveaux éclats, de nouveaux tourments. Tantôt cette pauvre âme en peine, se désole d'être pendant quelques semaines éloignée sde son . directeur : « Que craignez^vous donc, ô âme de peu de foi ? Vous.serez seule, il est vrai,, cinq ,QU six semaines ; m^is. est-ce être seule que d'être avec Dieu? La seule correspondance de volonté détruit toutesles distances; il. n'y a point d'entre-

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