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deux entre des volontés dont Dieu est le centre commun. » D'autres fois elle reproche à son directeur de ne prendre soin d'elle qu'avec un certain ennui ; c'est là le plus grand grief sur lequel elle revient sans cesse. L'ennui ne suppose-t-il pas l'absence de toute affection sensible ? On voit quelle peine ces injustes défiances causent à Fénelon : « Dieu m'a donné bien des croix, madame, mais je n'en ai porté aucune avec plus de douleur que celle de ce soir. J'espère que Dieu fera tout seul ca qu'il n'a point fait par ma parole. » Il entremêle à l'expression de son chagrin de fortes vérités, sur lesquelles on voudrait qu'il insistât davantage. Il rappelle à sa pénitente que la direction n'est point un commerce où il doive entrer rien d'humain, quelque innocent et régulier qu'il soit, mais que c'est une conduite de pure foi, toute de grâce, de fidélité et de mort à soi-même. Malgré tout, la tentation est la plus forte. Mme de Montberon persiste à croire que Fénelon ne remplit son devoir auprès d'elle qu'avec froideur et sans goût. C'est une pensée qui lui est insupportable. Elle veut changer de directeur. Alors commence une lutte étrange, Mme de Montberon s'obstinant à recourir ailleurs, pour ne pas imposer à Pénelon un soin qu'elle croit lui être à charge, Fénelon s'obstinant à combattre cette résolution de la colère : « Je ne vous demande que peu de
A DIREGtlON DES AMES AU XVir SIÈCLE. 201
irs. C'est Dieu plutôt que moi qui vous les dende. Espérez- vous la paix en prenant un parti
désespoir dans un trouble visible, où, loin coûter Dieu en silence, vous n'écoutez que votre ssion ? C'est une fureur d'amour-propre qui vous nsporte. Ne porterez-vous pas au bout du monde
amour-propre forcené? Prétendez- vous l'apai- ' en lui obéissant? Croyez-vous que l'absence de *tains objets ôtera à cet amour-propre, si ingéîux pour vous tourmenter, des prétextes pour us troubler encore ? Votre imagination vive ne us rendra-t-elle pas présent ce que vous aurez itté ? L'absence ajoutera le remords et le déses* ir à toutes vos peines. » Cette lutte se prolonra pendant plusieurs années et ne se terminera 'avec la correspondance. 11 y a là tout un côté !n curieux de l'histoire intime de la direction au [-septième siècle.
în lisant ces lettres si intéressantes pour nous, !me par ce que j'oserais appeler les charmantes blesses de Pénelon, je ne puis me défendre d'un 3prochement. Fénelon, si inhumain dans la docne, est tendre presque jusqu'à l'excès envers les les qui lui sont confiées. Tout au contraire, il y )ien plus d'humanité dans la doctrine de Boset, et en même temps plus de sévérité dans sa mière de conduire les âmes. Il a des affections ives, austères, mâles comme tout son génie. Il
a,^e ton du maître spirituel, attendri seulement par la charité. Ce n'est pas lui qui prolongerait pendant plusieurs années une discussion avec des jalousies et des déQances obstinées. La sœur Cornuau, dans son Second avertissement sûr les lettres de Bossuet, raconte que plusieurs personnes, trèsparfaites d'ailleurs et très-considérées de ce prélat, furent abandonnées par lui pour avoir apporté trop de retardements à se soumettre et trop de .raisons. La direction, disait-il, tournera en vain amusement dès qu'un directeur, par mollesse et ,par complaisance, pliera sous la volonté des âmes qu'il dirige, et souffrira leur peu de soumission. Aussi peut-on considérer la correspondance spirituelle de Bossuet comme une œuvre accomplie de .charité et de raison. Tout y est d'une fermeté continue, d'une sagesse qui, pas un seul instant, ne languit et ne s'amuse. Tout y est tourné à une instruction vigoureuse et saine. C'est la direction dans, sa vraie grandeur et sa simplicité.
Nous avons pensé qu'il pourrait y avoir quelque intérêt dans cette étude de psychologie religieuse .qui est en même temps une étude sur la vie mo- ,rale du dix-septième siècle. Il y aurait, je le sais, une contre-partie à écrire, qui se composerait diBS abus, des ingérences de toute sorte, des usurpations d'influence, si fréquentes même au dix- septième siècle, et surtout des abaissements de cette
pratique de la direction spirituelle qui tomba au ^x-huitième siècle, sous le règne des abbés de cour et de boudoir, dans la plus ridicule et la plus méprisable frivolité. Mais j'ai tenu à écarter pour le moment ces tristes souvenirs pour ne considérer la direction des âmes que sous son aspect le plus noble, au moment où ce phénomène ^-: religieux produisit de lui-même, dans une litté- ^j^rature trop oubliée, la plus haute expression et iC~Ja plus pure image.