SB8 NOUVELLES ÉTUDES MORALES
nais ne se doute guère par qui ce schisme' doit s'accomplir); il y a dans Tair des tempêtes de irimes. Si la cause qu'il défend ne triomphe pas, "C'en est fait du genre humain : « Si notre drapeau De flotte pas au sommet de la société régénérée, il flottera sur les débris du monde. — • LavieiUeiO' ciéêé est pourrie. La société est idiote; eUe ïm màh Morgue en passant par la Salpitrière. »
Tant d'images sombres pressées Tune conlie Vautre, tant de déclamations violentes se renvoyant, pour ainsi dire, d'une page à l'autre, l'écho monotone de la même âme irritée, tout Cela à propos des incidents les plus simples de la yie politique ou de la vie parlementaire, de quelqae débat ou de quelque vote à la Chambre, d'une mesure administrative, moins que cela, d'un article de journal ! — Ces citations sont prises dans la partie de la Correspondance antérieure à la révolution de 1830, antérieure à la situation extrême qu'il prit dans V Avenir, et, par conséquent, à tout désaccord même lointain avec l'Église; elles appartiennent à cette période relativement calme où l'on croirait trouver, au moins dans quelque intervalle de la vie militante de Lamennais, un peu d'apaisement, quelques méditations tournées vers rintérieur de Tâme ou vers le monde idéal, comme il semble qu'il conviendrait à un prêtre.
Ce n'est assurément ni l'éloquence ni l'esprit qui
manquent dans ces lettres, c'est la jnstesse, la^proportion, le sens lucide des choses. Il n'y a ni nuance dans les jugements, ni degr^és dans cette colère qui se porte tout de suite au paroxysme et qui s'y maintient durant mille pages. Tous les hommes quin'a- ^ssent pas dans le sens de certaines idées trèsi particulières, ne peuvent être que des criminels ou '^es fous, sans distinction ou sans rémission. M. de tCiamennais n'a paS' deux manières de classer les *'hommes,iln'en a qu'une. Toute situation moyenne 'lui échappe. Par une singulière illusion d'optique .morale, il ne voit que les deux extrémités 'de la .grande ligne : le^bien, le mal ; il ne voit pas Fentre-deux, et quand un historien ou un observa- ^teur ne saisit pas d^une vue nette ce point îirter- ' médiaire, il ne comprend rien au monde ni à la vie.
C'est une 'maladie de ce grand esprit. Il ne s'aperçoit pas qu'il s'enlève à lui-même, par' «on exagération, tout crédit sur l'esprit de ses lecteurs. Quel est le vrai nom de cette infirmité violente et déréglée du jugement? C'est le fanatisme. Mais ici le fanatisme se complique et s'aggrave de rhétorique. On peut aisément noter les procédés littéraires : c'est l'hyperbole et la prophétie; cela finit par ressembler à un jeu tristement puéril. On sent l'effort de l'imagination qui se guindé jusqu'à l'expression la plus injurieuse, jusqu'à l'ima-
ge la plus tragique. Ce ne sera pas assez d'appeler ses adversaires des méchants, cela est banal i froid ; pas même assez de les appeler des âmes vi- ■. les, Teffet n'est pas assez fort ; on surchargera TeX' . ^ pression, on arrivera jusqu'à cette hyperbole èl . la haine : des âmes cadavéreuses^. Voilà le procédé.!' La haine ciselée dans Texpression avecunslt.. grand soin littéraire I Tant de sollicitude àbieal, écrire, la préoccupation de l'efifet au milieu de al ^ violents mouvements d'âme 1 II y a ainsi dans! ^ . tout ce que Lamennais écrit un mélange singuMl , d'images, de métaphores préparées, soutenues,!,,,
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graduées par les plus savants artifices de style, et en même temps d'anathèmes revêtus d'un tour biblique. La passion de Rousseau, parfois même la rhétorique de Thomas se mêlant aux premières impressions de cette âme nourrie de la Bible, alternant avec des prédictions mystiques, apocalyptiques, et produisant cette succession d'effets qui vont toujours en s'exagérant et cherchant à se surpasser, telle est l'impression que nous laisse cette Correspondance,
Je ne connais pas de spectacle plus navrant que cette peinture de l'humanité sous ce sombre pinceau qui l'outrage et la déshonore à plaisir. Quand
1. Dans le Peuple constituant ^ après l'insurrection de juin 1848, à propos du général Cavaignac.
on quitte ces tristes pages, il semble que l'on sorte d'un de ces cercles de l'enfer du Dante, où l'on voit s'agiter, sous une pluie de feu et dans les lacs glacés, la troupe hurlante des damnés. On a besoin, après cela, de revoir la belle lumière du jour, de retrouver le visage aimé de quelque enfant radieux, le sourire et l'étreinte d'un ami. On a besoin de croire au printemps et à la vie.
L'hyperbole, c'est la forme littéraire de l'absolu en politique. Lamennais est de cette race d'esprits chhnériques et violents qui prétendent imposer à l'ensemble si complexe et si délicat des choses humaines le mécanisme rigide d'un système , qui traitent la vie sociale à la façon d'un syllogisme , qui ne veulent pas voir, entre l'idée pure et le fait, cette multitude d'obstacles qu'on ne supprime ni par le mépris ni par la colère, et dont il faut bien tenir compte, si l'on veut agir sur la réalité. Race éternelle et toujours renaissante qui use dans la pure chimère de grands dons et de grandes forces.
L'absolu ne transige ni avec les hommes ni avec les choses. De là l'intolérance et l'absence complète de sens pratique. L'intolérance de M. de Lamennais n'est plus à prouver. La Correspond dance, qui n'est qu'un long réquisitoire contre son temps et contre son pays, en témoigne suffisamment. L'absence de sens pratique se marque