‹ Nouvelles études morales sur le temps présentChapitre 28 sur 36 · De tout un peu, p · texte numérisé non relu

De tout un peu, p

qu'on l'explique, il est un fait que rhistoire comparée des races a mis hors de doute, c'est que de toutes les races, la plus naturellement religieuse^ la race monothéiste par excellence, c'est la race sémitique. Nous n'expliquerons cela ni par la conformation particulière du cerveau des Sémites, ni par celte proposition célèbre qu'ils ont vécu long* temps dans le désert et que « le désert est monothéiste. » Nous constatons le fait, voilà tout, — Or, bien qu'il semble au premier abord paradoxal de rechercher l'élément religieux de la race à travers les plaisanteries immodérées et les blasphèmes dont est remplie la poésie de Heine, pour qui sait discerner les influences secrètes et les mouvements des âmes, il n'est pas douteux que de tous les poètes contemporains, aucun n'a été plus intimement préoccupé de l'idée religieuse que ce poète si souvent impie et révolté. Je dirai presque qu'il en est obsédé. C'est une lutte étrange entre l'instinct secret de la race qu'il porte en lui, et le doute qu'il a puisé dans les enseignements contradictoires de son temps comme de son propre cœur. Il raille, il blasphème ; mais une force inconnue le ramène comme malgré lui à ce Dieu dont il ne peut secouer le joug, tout en le maudissant. Impiété sans doute, mais impiété irritée comme celle de Lucrèce^ impiété lyrique, bien difl'érente de l'athéisme scientifique, sec et froid comme toute négation qui se

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croit sûre d'elle-même. Henri Heine n'est pas davantage ce pur hégélien, spectateur complaisant des tableaux variés de l'histoire qui ne sont pour lui que des évolutions nécessaires de l'idée, juge indulgent qui ne s'applique qu'à saisir la loi secrète de chaque'phénomène historique, la raison d'être de chaque religion. Non; c'est de la colère qu'il a contre Dieu ; il s'emporte; ne s'apercevant pas que la colère procède en une certaine manière de la croyance. On ne s'irrite pas contre des chimères*. Tant qu'il reste de la passion dans une âme, c'est le signe qu'il y reste encore de la foi. — Pour tous ceux qui ont vécu dans l'intimité intellectuelle de Henri Heine, il est évident que l'idée toujours présente de Jéhovah est une des sources de son ly^ risme. Elle est dans son sang -, elle a coulé dans ses veines. Ses injures et ses défis sont une forme dé cet . instinct qu'il ne peut arracher de son cœur. Il a beau combattre et railler le dieu de sa race, « le Dieu transcendant de la foudre , » à certains accents profondément humains j troublés et tristes; on sent qu'il tremble parfois sous les coups qu'il ose défier. Le poète juif a pu être un révolté, il n'a pu réussir à devenir un athée.-

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.Malgré tant de saillies du pliis vif et an plus charmant esprit répandues dans chaque lettre, à ' tout propos et hors de propos, quelque cbosft'feit de la Correspondance d'Henri Heine une lecbire pro- . fondement triste. On y voit s'étaler au grand jour trop de misères morales. • Oh! les poêles I s'écrie quelf|ue part Henri Heine, ne les observons jamais de trop près 1 Us soat comme ces charmantes lumières qui, par les beaux soirs d'été, brillent d'un si vif éclat sur les gazons et le feuillage, qu'on les prendrait pour les étoiles de la terre.... On croirait que ce sont des diamants et des émeraudes, de précieux joyaux que les enfants d'un roi, jouant dans le jardin, out suspendus aux haies et y ont oubliés.... On les prendrait pour des gouttes ignées du soleil, qui, perdues dans tes hautes herbes, se reposentà la fraîcheur de la nuit, jusqu'à ce que, le matin revenu, l'astre de flamme les fasse remonter jusqu'à lui... Hélasl ne cherchez pas de jour la trace de ces étoiles, de ces diamants, de ces gouttes de soleil ! vous ne trouvez plus à leur place qu'un pauvre petit ver de terre, d'une hiide couleur, qui rampe misérablement le long du che>

min, dont l'aspect vous dégoûte^, et que, cependant, par une étrange pitié, votre pied ne veut pas écraser \ »

« Cette goutte de soleil » qui était la poésie de Heine, de combien de petites passions elle fut obscurcie, ternie, souillée! — La Correspondance est rhistoire d'une douloureuse maladie dont Heine souffrit toujours, maladie qui lui est commune avec plusieurs poètes de notre temps : un amourpropre irritable, emporté, parfois même furieux et délirant, une sorte d'épilepsie morale qui a ses crises, ses accès, et dont l'étude est navrante. — Cette maladie fut la vraie cause de tous les malheurs dont Henri Heine accusa sans cesse soit la fatalité de sa race soit une conspiration imaginaire. C'est elle qui l'engagea dans de violentes querelles, toujours renaissantes, où il compromit son talent et discrédita même sa gloire.

11 n'était vraiment pas armé pour ces épreuves de la vie littéraire qui exigent tant de sang-froid, de possession de soi-même ou de dédain. On le voit, dans la Correspondance, épier tous les bruits qui se font autour de son nom, aux aguets de tous les échos qui lui renvoient la louange ou l'injure. Il sollicite de chacun de ses amis soit des témoignages publics, soit des protestations contre les té-

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