md., p
riant, ajoutant que pour le moment il n'avait personne à lui désigner, mais qu'il se souviendrait de son obligeance.
Nous n'avons pas besoin de rappeler en détail ce que ces polémiques coûtèrent de temps et de forces au poëte, ce qu'elles firent perdre de dignité à son caractère et d'élévation à son talent. Que de belles inspirations anéanties dans ces vaines colères qui ne peuvent plus nous émouvoir I Le châtiment de ce mauvais emploi du talent, c'est rindififérence publique et le rapide oubli. Toutes ces violences nous laissent froids. La personnalité est une mauvaise conseillère pour le génie même. Il s'amoindrit en s'y abandonnant et se déconsidère.
En vain cet amour-propre maladif veut-il justifier ses excès et ses emportements, en s'identifiant avec de grandes idées et de grandes causes. Il est trop facile, dans la plupart des cas, de discerner la fragilité et la vanité de ces excuses. Examinez d'un peu près cette lutte avec le comte Platen, lutte si regrettable de tout point, Platen ayant pour lui tout ce qui, avec un talent véritable, rend un homme vraiment fort dans une polémique pareille : de la considération et des amis. Heine a beau vouloir enfler le sujet de la querelle, soutenir dans ses lettres qu'il s'agit de tout autre chose que d'un simple tournoi littéraire, qu'il s'agit « de la Révolution elle-même entrant dans la littéra-
^ ture; que ce n'est rien moins qu'un épisode de la "^ guerre sociale; que c'est le prostitué eJBTronté des aristocrates et des prêtres qu'il a voulu détruire, » on sent trop bien qu'il y a surtout là une personnalité exaspérée, et quand on relit V Œdipe romantique, qui fut l'occasion de cette lutte à outrance, on s'étonnerait des proportions qu'elle a prises, si l'on n'apercevait bientôt les vraies causes : des ■ allusions à la nationalité d'Henri Heine, à cette nationalité juive qu'il considérait comme la fatalité attachée à sa vie ; tout cela mêlé à des épigrammes contre sa manière poétique, contre ce qu'il pouvait y avoir d'artificiel et de voulu dans son talent poétique. — Tous les genres d'amours-propres blessés à la fois et du même coup I C'en était trop : dès lors plus de repos, plus de trêve dans la vengeance. On sait le reste. C'est une triste histoire. Le rôle de Heine se relève un peu dans les rudes combats qu'il soutint pour la Jeune Allemagne^ à laquelle, selon l'arrêt de proscription intellectuelle de la Confédération germanique, appartenaient nonaimément, avec le célèbre poëte, Charles Gutzkow, Henri Laube, Théodore Mundt. Cette école littéraire était accusée d'attaquer la religion chrétienne et d'ébranler les bases de Tordra social; les gouvernements allemands étaient sommés de procéder contre elle avec la rigueur qu'autorisaient leurs législations respectives.— Nous n'aimons pas*