NOUVELLES ETUDES MORAI.ES
les décrets de ce genre qui, sans rien empêcher' et sans rien prévenir, ajoutent Tintérét du martyre à la célébrité des noms et à Tattrait des livres ainsi désignés. Nous ne réclamons pour la vérité religieuse ou philosophique que le droit communies droit, si elle sait en user, doit lui suffire, et nous ne> comprenons pas pourquoi il ne profiterait qu'à l'erreur.
Heine eut ici, avec le bénéfice des sympathies publiques , l'avantage d'avoir affaire à un assez triste. adversaire, M. Menzel, le dénonciateur de Ja Jeune Allemagne. Mais il se moque un peu dtl monde et de la Haute Diète germanique quandâl demande à* Leurs Seigneuries de la Diète, dans une lettre célèbre, de lever momentanément l'interdit sur ses écrits pour la belle raison que voici : «.Je me flatte, s'écrie-t-il dans une touchante péroraison, qu'aussitôt que vous m'aurez permis de me défendre, il me sera aisé de démontrer péremptoirement que ma plume a été guidée, non par une pensée irréligieuse et immorale, mais par une synthèse hautement morale et religieuse, à laquelle depuis longtemps ont rendu hommage la plupart de nos plus illustres auteurs, tant poètes que philosophes. » Je sais bien que, dès le lendemain, en écrivant à son éditeur, le grand railleur livre le secret de cette comédie : « A tout hasard, j'ai cru nécessaire de passer la main sur les vieilles per-
IffiSTMISÈKESTyON.ÏDŒEU. 287
ruques,.«t une lettre enfantine,^ sucrée 'et respectueuse, n'aura pas manqué dé; faire «on effet.... Messeigmurs î Vos Seigneuries I On ne leur avait pas encore offert cela, « Voyez, toa la Haute Diète, c'est pourtant un homme qui aides sentiments ihu* mains, cet homme qui ne nous traite pa« comme des chiens! Et c'est i ce noble écrivain que nous avons voulu poursuivre I » Et trente-six mouchoirs de I poche seront baignés de larmes confédérées.^ » Voltaire a joué quelques-uns de ces bons tours,;et la dédicace de Mahomet %,u pape Benoît XIV est Je chef-d'œuvre du genre.
Heine voudrait être sérieux quand il parle de' sa synthèse morale et religieuse^ Quelle est-elle' donc, cette fameuse synthèse à laquelle il fait de si fréquentes allusions ? Il l'a très-nettement exposée dans plusieurs de ses lettres à Tun de ses disciples dévoués, Henri Laube. Selon lui, la plupart des radicaux allemands , français , cosmopolites n'ont compris que le côté extérieur de la Révolution; les questions les plus, profondes leur ont échappé. Le vrai problème ne concerne ni les formes, ni les personnes, ni rétablissement d'une république ou les Umites d'une monarchie, mais le bien-être matériel du peuple *. « L'ancienne religion spiritualiste a été salutaire et nécessaire aussi longtemps que la ma-