‹ Nouvelles études morales sur le temps présentChapitre 6 sur 36 · NOUVELLES' 'ÉLUDES 'MORALES · texte numérisé non relu

NOUVELLES' 'ÉLUDES 'MORALES

de "très-sérieux. Je me hâte d'arriver à quelçuB chtjse de plus caractéristique. Un triste résuîftait qui ressort des chiffres habilement interrogés par Ml de Boismont, c'est que Tinstruction entre pow beaucoup dans les éléments de la question. Il est vrai de dire, et M: de Boismont n'y a pas manqué^ que cette instruction est souvent puisée à de» sources malsaines, dans une littérature corruptrice, ou encore dans les publications violentes de Tespritde parti, et que ces influences ne sont de nature ni à former le jugement ni à rectifier le sens moral. Elles agacent les âmes, elles prédisposent à la révolte contre la règle ; le suicide n'est souvent qu'une des formes -de cette révolte' des^ntelligences aigries par le paradoxe ou - des volontés irritées contre 'les maux inséparables de» la société. 11 n'en est pas moins douloureux de penser qu'à mesure que l'instruction' s'étend, elle semble répandre avec elle Tidéedu suicide, extrême^* ment rare parmi les populations ignorantes. Ayons» le courage de voir le mal et de le signaler. Il est incontestable que la demi-science, non dirigée et soutenue par une forte éducation morate, propage les tentations dépravées de l'imagination, les dé-sirs' insensés, et, avec l'esprit de scepticisme, le' dégoût de la vie pratique.' Et le remède où est-îl ?' A Kteu ne plaise que. nous le cherchions dans ri^ gnorancel Combattons la demi-science; toujours*

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eaviense et défiante, par la vraie science q«i véh pand le calme dans les âmes.. Et en favorisant de tatEt' notre pourvoir Tinitialion intellectuelle du peufie, n'oublions pas que ce serait lui rendre le plus détestable service^ si nous ne nous' efforcions en même temps de fortifier en lui toutes les nobles croyances et les saines convictions. Aimons le peuple, éclairons-le, mais si nous l'aimons vraiment, ne le flattons pas. Soyons sesamis, non ses courtisans, et ne lui ménageons pas lesvérités sévères.

Les centres considérables > où s'accumule la vîe humaine, exercent une grande action sur le développement du suicide. C'est .à Paris que se trouve le maximum des morts volontaires^ et rirrftuence de'PaÉTis rayonne sur les départements voisins. Un antre fait, qui du reste se rapproche beaucoup de celui que nous venons d'énoncer, c'est que l'éléva*tionou l'abaissement du chiffre dans tous les départements est en rapport direct avec la foroe relative des populations urbaines. La conclusion qu'il en faut tirer, c'est que là où la vie est plus active, la tentation' de la micni est plus fré-»quente. Les rivalités d'amour^-^opre, la conour*renoe, l'exaltation des idées, l'impatience du bien*- Ôtre, les ardeurs du désir, toutes les amorces de la volupté facile et de la; débauche, voilà ce qm fait le péril des graflMles villes pour les imagina*'

tiens vives ou les âmes faibles. Transportez à Paris un paysan du fond des Landes ou de la Bretagne, et vous verrez, si c'est une âme facile à s'émouvoir, comme la fièvre des désirs s'allumera vite en lui ! Or, qu'on ne l'oublie pas, dans tout désir il y a un germe de passion, dans toute passion une semence de mort. Presque toujours il arrive que le suicide naît d'une passion vive, irritée par un obstacle.

J'ai indiqué quelques faits généralisés qui mettent en lumière certaines influences, comme celles du sexe, de 1 âge, du célibat, de la demi-instruction sans contre-poids, sans correctif. Enfin, j'ai marqué l'action dangereuse qu'exercent les grands centres de population, où la vie humaine, multipliée dans un étroit espace, court le risque de s'exciter à l'exr ces, au grand préjudice de la raison et de la moralité publiques. Il faut maintenant descendre dans l'analyse détaillée des causes particulières. Nous n'adopterons pas exactement la division que M. de Boismont a suivie et qui répartit ces causes en deux groupes ; les causes prédisposantes et les causes déterminantes. Il nous a semblé qu'il y avait beaucoup de vague et de confusion dans cette classification très-artificielle. Sans prétendre au mérite d'une division irréprochable, je veux en proposer une qui soit plus claire ; elle se réduit à répartir les causes du suicide en trois grou-

pes : les causes psychologiques, où l'organisme joue le principal rôle, les causes mixtes ^ où se rencontre la double influence de lame et du, corps, les causes morales qui tiennent essentiellement aux passions.

Dans le premier groupe, je prendrai tout spécialement l'hérédité et les influences climatériques.

Rien n'est triste comme cette transmission héréditaire dont les exemples abondent. On frémit en voyant ainsi des familles entières exposées ou succombant à cette tentation du suicide. Les preuves sont là, malheureusement, ne permettant pas le doute sur Texistence de cette loi douloureuse, qui non-seulement multiplie la mort volontaire, mais qui souvent répète le genre de mort, à.travers de longs intervalles, dans la filière des générations. Cette page, où M. de Boismont accumule les autorités les plus décisives, nous a paru caractéristique, et nous la citons en l'abrégeant : Esquirol énumère de nombreux exemples de membres de la même famille, se tuant ou devenant aliénés. Gall a connu une famille dont la grand'mère, la sœur, la mère, se sont suicidées ; la fille de cette dernière a été sur le point de se tuer et le fils s'est pendu. Falret parle d'une famille composée de six enfants, nés d'un père atrabilaire et morose : l'atné, à quarante ans, se précipite, sans motifs^ d'un troi-

sième étage; le second a des peines et s'étranglera tpente-cinq ans; le troisième se jette d'une fenêtre eniessayant de voler dans l'air; le quatrième se tir€ un coup depistcdet; un des cousins s'était jeté dans la rivière pour une cause futile. M. Moreau citeoin jeune hommequi étaitafîecté de penchant au suidde; json père et son oncle s'étaient «tués. Un frère, qui venait lui rendre visite à Charenton, était désespéré des idées horribles qui le tourmentaient lui-même, et ne pouvait se défendre de . la conviction qu'il finirait par succomber. Mais il «st difficile de rencontrer un fait présentant une plus triste combinaison de cas semblables et de suicides que le suivant, rapporté parGazauvieilh: « D ..^., fils et neveu de parents suicidés^ prend une femme ^ fille et nièce de parents suicidés; lise pend, et sa femme épouse, en secondes noces, un mari dont la mère, Ja tante et le cousin germain seisonttués. » Nous trouvons, dans un des curieux tableaux qui accompagnent le travail de Cazaur vieilh, des exemples où la répétition héréditaire aarive^ non pas seulementàla reproduction de4'acte> maissouvent, après de très-longues années d'inter* valle, à la copie la plus exacte du genre de moft Le :n* 2 se noie en 1804^ son neveu se noie .en

Le n* 9 se pend en 1807, son neveu se pend ea >1823;f

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Le n^ ^4 s'est pmduen 1817; son grand-oncte s'était pendu en 1803;

Lem* 29 s'esti pmdu en .181:7, sa fille se pend en 1820;

Le n*> 30 s'est pendu en 1817, sa sœur en 182!, son aïeule en 1802;

De n*» 61 s'est pendu en 1827, son 'grand-pàre en 1799 ; son frère et sa sœur ont tous deux essayé de se tuer.

Ne croit-on pas, en lisant cette liste effroyable; quion fait un mauvais rêve ou bien qu'on lit un conte d'Hoffmann, dans lequel les personnages se-^ raient devenus des numéros? Mais le fantastique de^ la plus sombre imagination n'approchera ja-* mais d'une pareille réalité. Il y a au fond de cette pauvre nature humaine des mystères de douleuE devant lesquels la raison reste consternée.

Le climat prédispose au suicide. On a remarqué depuis longtemps que le spleen naît de préférence et se nourrit dans les brouillards britanniques^i Mais ce n'est là qu'une prédisposition générale, eb il y a des cas où certaines influences météorologie^ ques déterminent des morts presque immédiates. Les' extrêmes de température y contribuent po«r une forte part. On nous rappelle que, pendawt l'expédition d'Egypte, l'élévation de la température» donna lieu à un certain nombre de suicides, et quenntensité du froid, lors de la retraite de' Moscou;

eut le même effet sur un grand nombre de soldats. Le docteur Dietrich cite divers faits analogueis, nés d'une impulsion presque mécanique^ qui se manifeste chez les marins et qu'il nomme the horrors. « Le mal se déclare, dit-il, généralement dans la saison d'hiver, lorsque, après une longue et pénible traversée, les marins, ayant mis pied à terre, se placent sans précaution autour d'un foyer ardent, et se livrent, suivant l'usage, aux excès de tout genre. C'est à leur rentrée à bord que se déclarent les symptômes du terrible mal. Geux^pie l'affection atteint sont poussés par une puissance irrésistible à se jeter dans la mer, soit que le vertige les saisisse au milieu de leurs travaux, au sommet des mâts, soit qu'il survienne durant le sommeil, dont les malades sortent violemment en proférant un hurlement affreux. »

Je range dans les cames mixtes la folie, le délire, l'imitation contagieuse, la faiblesse de caractère, l'exaltation, l'hypocondrie, et cette espèce particulière de mélancolie qui tient autant du tempérament que de l'inertie morale.

Vouloir soutenir, comme on l'a fait, que tout suicide est un acte de folie, c'est aller évidemment contre le sens commun et contre la science. Il n'en est pas moins incontestable que la proportion des suicides causés par la folie est considérable. Sur les 4595 cas observés par M. de Boismont, il en a

noté 652 qui rentrent dans cette catégorie. Les causes de la folie sont multipliées à l'infini : ce sont des monomanies diverses, ce sont des craintes chimériques, c'est la peur de la police à la suite d'un crime réel ou imaginaire, ce sont des chagrins ou des maladies, ce sont encore des hallucinations et des terreurs superstitieuses. Une des formes les plus extraordinaires de la folie-suicide, c'est l'imitation contagieuse. Les exemples que nous cite M. de Boismont sont vraiment extraordinaires. Une femme qui avait l'idée de se tuer, apprend qu'une de ses amies vient de mettre fin à ses jours ; elle se donne aussitôt la mort de la même manière. Quelquefois cette influence ne se fait sentir qu'au bout d'un laps de temps considérable. Une femme, en entrant dans sa chambre, trouve son mari pendu ; elle reste anéantie ; revenue à elle, son caractère change; elle devient morose et mélancolique : elle parle toujours de mourir, mais ce n'est que douze ans après qu'elle met son projet à exécution, en se pendant à son tour. L'influence de l'imitation se manifeste encore à l'occasion de quelque événement extraordinaire ou qui a eu certain retentissement; c'est ainsi qu'un suicide accompli par des malheureux qui se sont jetés du haut des tours de Notre-Dame, de la colonne Vendôme, de l'arc de triomphe de l'Étoile, a été plusieurs fois immédiatement suivi de

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saicides* semblables. Il y a un fait curieux à noter, efest rimpsession . que produisent des v,éciisc^éàM genre sur certaines personnes. On en voit^fiâ «vouent ou qui laissent deviner, à un frisson, >à«n iiBgard, que, placées.dans les mêmes ciroonst^iûes^y leur vie n'aurait tenu, qu'à un fil.. L'habiludeide parler d'un sujet lugubre, devant des enfants- toutjours faciles à émouvoir,, suffît pour exercer une action contagieuse sur leurs jeunes imaginatiQns. L-imitation, dans le fiuicide,.aJDfecte, en général, la plusibizarre.fîdélitéi dans la reproductionrde.Kacte» Cette, fidélité ne s'étend pas seulement au choix «Les mêmes moyens,.. mais souvent au choix du même Ueu, et à la plus minutieuse représentation deJa première scène. Sous TEmpire, un soldat se etua dans une guérite;, plusieurs soldats successivement choisissent cette guérite pour se tuer. On brûle. la guérite et tout est dit. Du temps du gouverneur Serrurier, un invalide se pend à. une porte; dans l'espace d une quinzaine de jours, douze invalides se pendent à la même poste; le gouverneur la fait murer; la porte dispairue, personne ne se pend plus.

La.peur joue un rôle considérable dans la production de la. folicrsuicide. M. de Boismont a noté soixante^neuf cas qui rentrent dans cette classe. Ga sont desimaUieureux qui se croient trabisy dé- NUSâs^rieni butte aiix^perséoitions de leurs enne-

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nûs^ JieauGOup se croient Fobjet des pouvsuâiesrâa la^police. Ësquirol nous fait observer que,, de. naa joans, cette monomanie de. Ia> police a remplacé ila; peur du démon. Les. suicides, dus à des hallu/cinatiûns-.ne sont pas . rares. Un ^honune se voit .saas. cesse au n[iilieu d'une scène d'incendie et de-capnage ;, un autre s'imagine être poursuivi panâe£^> spectres; d'autres prétendent voir autour d'eux des figures menaçantes; ils se donnent.lamort parce qu'on ne cesse de leur dire des injures ou; de tenir sur leur compte des propos infâmes, quf eux seuls, entendent. Unhalluciné se tue en s'écriant : «Une me reste que peu d'argent; depuis, deux moisf. je vis aux dépens de ma sœur ; mais ce qui me détermine à en unir, c!est d'avoir entendu dire dans la rue ; voici celui qui s'est conpé la gorge. »

Souvent, la folie se produit sous la forme de délire aigu ou de lièvre chaude ^ et. alors elle rentare dans les causes physiologiques» Nous plaçons paomi les causes mixtes la faiblesse • et l'exaltation du caractère, parce que nous croyons fermement qu'il n'y a pas là une pure altération des organes, mais en même temps une sorte d'inertie morale ou d'excitation passionnée sur lesquelles, la volonté bien dirigée aurait eu toutes ses prises. Le caractère dépend, sans doute, en une certaine mesure, du tempérament, mais il relève aussi de la liberté, on ne se fait pas le caractère que l'on veut; mais on

peut le modifier, le fortifier par une application soutenue, et sans nier la part d'un certain fatalisme physiologique dans les dispositions innées des individus, on ne saurait contester les influences . décisives de r effort volontaire sur ces natures molles ou déréglées. Sauf des cas trèsrares, il faut garder la place de la responsabilité, au moins à l'origine de ces déviations morales. Il n'y a peut-être eu qu'une époque, dans la vie de certains hommes, où ils aient été vraiment responsables. Mais presque toujours , il y a eu cette heure dans leur vie , et s'ils ont lâchement transigé avec les emportements ou les abattements déraisonnables d'un caractère mobile ou inerte, ils doivent, en une certaine mesure, porter la peine de cette faiblesse. Ils ont été, en partie, les artisans de leur propre infortune ; ce malheur même est plus qu'un malheur, c'est presque toujours un châtiment. Cela ne diminue pas la pitié que nous inspirent ces infortunés, dont le caractère semble n'avoir pas de contre-poids et qui ne peuvent supporter le moindre obstacle. Beaucoup d'entre eux, dit M. de Boismont, pleurent, rient pour les motifs les plus futiles. Un de ces malheureux est nommé contre-maître dans une fabrique importante : il s'imagine qu'il n'a pas les capacités pour remplir son emploi, et qu'il perdra sa place ; il ne peut supporter cette idée et se pend. Un autre met fin à

ses jours, parce que son nom est celui d'un voleur très-connu. — Par contraste, on rencontre des gens qui sont toujours dans un état d'exaltation. Cette disposition est très-favorable à la folie suicide. Dans les trente individus de cette catégorie, il y en avait qui étaient inégaux d'humeur, boudeurs, emportés, turbulents, /juinteux, susceptibles a l'excès, se brouillant avec tout le monde. — L'exaltation chez les jeunes personnes est fréquente et doit être surveillée avec le plus grand soin. Pour ces organisations malheureuses, tout devient un motif de mort.

Une classe très-nombreuse est celle des suicides causés par des mélancolies sans cause appréciable, par des dégoûts insurmontables, par cette maladie à la fois physique et morale, que le moyen âge appelait Yacedia, que les Anglais appellent le spleen^ et que nous nommerons simplement Vennui de la vie. M. de Boismont en a compté près de trois cents. Il remarque qu'il est une époque dans la vie, où cet ennui maladif paraît se lier aux modifications que subit l'organisation sexuelle. Les jeunes gens sentent naître' alors en eux des idées toutes nouvelles; ils recherchent la solitude, se plaisent dans leurs propres pensées, qui ne leur retracent que des objets mélancoliques. Ils poursuivent un fantôme qu'ils ne peuvent atteindre. Leur sensibilité est surexcitée. Les plus légères

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